La Couturière de Versailles
Lire le chapitre 25: A Cruel Bargain
Les mains liées dans le dos, Camille sentait la corde mordre ses poignets à chaque mouvement. La pièce sentait le renfermé et la cire, une antichambre quelconque du palais que Drouet avait réquisitionnée pour leur tête-à-tête. Il se tenait devant la fenêtre, le locket doré pendu à son cou comme un trophée, la petite aiguille chantante posée sur le bureau entre eux, telle une promesse muette.
« Vous avez sept jours, mademoiselle Dubois, dit-il sans se retourner. Sept jours avant la pleine lune. Et je suis un homme patient, mais pas éternellement. »
Camille ne répondit pas. Elle cherchait la faille, la sortie, n'importe quoi qui pourrait la délivrer de cette emprise. Mais les murs étaient nus, la porte fermée à double tour, et deux gardes en faction derrière elle.
Drouet se retourna enfin. Son visage était froid, poli, sans aucune trace de la brutalité dont il était capable. C'était pire que la colère : c'était du calcul.
« Vous savez ce qui va arriver, n'est-ce pas ? demanda-t-il en s'approchant. Vous venez d'ailleurs. Vous connaissez l'avenir. »
Camille soutint son regard. « Je ne sais pas de quoi vous parlez. »
Un sourire mince étira ses lèvres. « Ne jouez pas avec moi, mademoiselle. Vous portez des dessous d'une facture impossible. Vous parlez de choses qui n'existent pas encore. La femme de l'opéra m'a dit que vous utilisiez des mots étranges — *zipper*, *machine* — et que vous saviez lire des textes que personne d'autre ne pouvait déchiffrer. Vous êtes venue d'ailleurs, comme Aubin Morel, comme les autres. »
Camille garda le silence. Chaque mot qu'elle prononçait pouvait être tordu, utilisé contre elle.
« Voici mon offre, continua Drouet en s'asseyant en face d'elle, les coudes sur les genoux. Je vous rends votre liberté, à vous et à votre amant Étienne Marchetti. Vous partez, vous vivez, vous disparaissez si vous voulez. En échange, vous me dites ce qui va arriver à la France dans les années à venir. »
L'air se figea dans les poumons de Camille.
« Vous voulez que je vous raconte l'avenir ? »
« La Révolution, dit Drouet, les yeux brillants d'une avidité mal dissimulée. Les réformes. Qui survivra, qui périra. Je sais que quelque chose de grand se prépare — l'air est chargé de poudre depuis des années. Mais vous, vous savez. Vous pouvez me dire comment naviguer ces tempêtes. »
Camille sentit une nausée monter. Ce qu'il demandait n'était pas simplement une information. C'était la clé qui lui permettrait de manipuler l'histoire, de sauver ceux qu'il voulait, d'éliminer ses ennemis avant qu'ils ne deviennent puissants. Des milliers de vies pendaient à ses lèvres.
« Non », dit-elle, et sa voix était plus ferme qu'elle ne s'y attendait.
Le visage de Drouet se durcit. « Ce n'est pas une demande, mademoiselle. »
« Vous pouvez me menacer autant que vous voulez, je ne vous dirai rien. »
Il se leva d'un mouvement brusque, contourna la table et vint se pencher au-dessus d'elle, si près qu'elle pouvait sentir son eau de Cologne et le cuir de ses vêtements. « Vous êtes courageuse, c'est admirable. Mais vous n'avez peut-être pas compris la situation. Votre ami Étienne — ce cher financier si dévoué — est accusé de trahison. Vous savez ce que cela signifie à Versailles ? »
Camille déglutit. Les mâchoires serrées, elle ne répondit pas.
« Mort, dit-il doucement. Roue ou pendaison, selon l'humeur du tribunal. Je pourrais faire en sorte que son procès soit expéditif. Une simple lettre, un témoignage, et il sera condamné avant la fin de la semaine. »
« Vous ne pouvez pas faire cela », souffla Camille, la voix cassée.
« J'ai déjà fait pire. » Son sourire était mauvais. « Mais voici une alternative. Je pourrais faire en sorte qu'il soit juste un peu... brisé. Qu'il perde sa position, sa réputation. Que plus jamais personne ne lui confie un écu. Ou alors je pourrais le laisser s'échapper, et vous avec lui, si vous m'accompagnez dans cette conversation. »
Camille ferma les yeux. C'était un marché de démon : l'avenir de la France contre la vie d'Étienne. Et quoi qu'elle choisît, Drouet gagnerait quelque chose. Si elle parlait, elle trahissait son monde, sa connaissance. Si elle restait silencieuse, Étienne mourait.
« Vous avez jusqu'à demain matin », dit Drouet en se dirigeant vers la porte. « Réfléchissez bien. »
Le claquement de la porte résonna comme un glas. Camille resta seule dans le silence, les mains toujours liées, le cœur cognant contre ses côtes.
C'est alors qu'elle l'entendit. Un bruit à peine perceptible, derrière elle, comme un raclement d'ongle contre la pierre.
Elle tourna la tête. Un volet discret, à hauteur de sa cheville, pivotait lentement. Un visage apparut dans l'ouverture — pâle, couvert de suie, mais familier.
Étienne.
« Mon Dieu », murmura Camille, et sa voix se brisa de soulagement.
« Chut », souffla-t-il. Il était allongé dans ce qui semblait être un conduit d'aération, le corps tordu dans une position invraisemblable. « J'ai réussi à m'échapper de la cellule, il y a des passages de service que les gardes ne connaissent pas. Mais Drouet a fermé cette pièce à clé, je ne peux pas ouvrir la porte. Il faut que tu trouves un moyen. »
« Il a la clé sur lui », dit Camille. « Et mes mains sont liées. »
Étienne jura entre ses dents. Il était trop loin pour l'atteindre, sa main tendue ne touchant même pas sa manche. Ils restèrent là, à quelques centimètres l'un de l'autre, impuissants.
« Écoute », dit-il, la voix pressante. « J'ai vu quelque chose en chemin. Drouet n'était pas seul, il avait des complices — mais il y a aussi des gens qui ne sont pas à lui. Des domestiques qui parlent entre eux de mauvaises choses. Et l'odeur... »
« L'odeur ? »
« De la fumée. Faible, mais présente. Quelque part dans les étages inférieurs de l'aile. »
Camille plissa les yeux. Un incendie ? Était-ce une coïncidence, ou... Mais elle n'eut pas le temps d'explorer cette pensée, car soudain, le bruit d'une course résonna dans le corridor. Des voix, des cris, des ordres.
La porte s'ouvrit à la volée. Un garde entra, le visage rouge, la respiration saccadée.
« Monsieur Drouet ! Monsieur Drouet ! »
Drouet surgit de la pièce voisine, le visage relevé en une expression irritée. « Qu'est-ce que c'est ? »
« Le feu ! Dans les cuisines du nord ! Il se propage vers les appartements de la reine ! »
La seconde d'inflexion fut suffisante.
Étienne se redressa d'un mouvement souple, passe-partout déjà en main — il avait dû le voler à l'un de ses gardes. Il inséra la lame dans la serrure, et avant que Drouet puisse se retourner, la porte claqua en arrière, le heurtant à l'épaule. Camille se jeta en avant, trébuchante, et Étienne attrapa son bras pour la stabiliser.
« Cours ! »
Ils foncèrent dans le corridor. La fumée commençait à âcre le passage, filtrant par les interstices des portes. Derrière eux, Drouet hurlait des ordres : « Fermez les issues ! Ne les laissez pas fuir ! »
Mais l'incendie était capricieux. Le feu gagnait du terrain, les flammes léchaient les tapisseries, le bois des poutres craquait dans la chaleur. Des domestiques couraient dans tous les sens, des seaux d'eau se renversaient, des cris de panique s'élevaient. Dans la confusion, deux prisonniers étaient plus légers que des purs-sang.
Ils tournèrent à droite, à gauche, plongèrent sous un échafaudage de bois que des ouvriers avaient abandonné, escaladèrent une échelle de service qui menait à l'extérieur. L'air frais de la nuit les frappa comme un mur. Camille haleta, la poitrine en feu, puis se courba en deux, les mains sur les genoux, essayant de respirer.
« Ça va ? » Étienne était à côté d'elle, la main sur son épaule, le visage à la fois tendu et soulagé.
Camille hocha la tête. Puis, en se redressant, elle porta la main à son cou.
Le locket n'était plus là. Elle le savait déjà. Drouet l'avait sur lui. Mais en touchant l'espace vide, un poids dans sa poitrine s'alourdit.
« L'aiguille », dit-elle, la voix plate. « Le locket. Tout est resté avec lui. »
Étienne suivit son regard vers le bâtiment où les flammes montaient déjà vers le ciel, embrasant la nuit d'orangé.
« On ne peut pas retourner là-dedans. Pas maintenant. »
Camille savait qu'il avait raison. Elle savait aussi que la pleine lune était dans sept jours, et que sans la clé et l'aiguille, elle n'avait aucun moyen d'ouvrir le passage. Elle avait fui les griffes de Drouet, mais elle avait perdu plus que des objets.
Elle avait perdu les seules choses qui pouvaient la ramener chez elle.
Ils restèrent là un long moment, à regarder le feu dévorer la nuit. Puis, sans un mot, Étienne la prit par le bras et l'entraîna vers les jardins, vers l'obscurité protectrice.
Il était trois heures du matin quand ils trouvèrent refuge dans une remise abandonnée, non loin du Trianon. Camille s'assit sur une caisse retournée, le visage enfoui dans ses mains. Les images défilaient : Drouet et son sourire mauvais, le locket brillant à son cou, les flammes, la fuite. Et la certitude granitique qu'elle ne serait jamais assez rusée pour battre cet homme à son propre jeu.
« Camille », dit Étienne doucement, et elle releva la tête.
Il s'agenouilla devant elle, prit ses mains froides entre les siennes. Il avait le visage maculé de suie, une estafilade sur la pommette, mais ses yeux étaient calmes.
« Ce n'est pas fini. »
« Tout ce que nous avions est resté là-bas. L'angle de passage, la clé — nous n'avons plus rien. »
« Nous avons autre chose », dit-il. « Nous sommes vivants. Et Drouet ne sait pas que nous savons encore plus qu'il ne croit. Il ne connaît pas le nom de la grotte d'Apollon, ni la condition de la pleine lune. »
Camille le dévisagea. « Comment le sait-il alors ? »
« Il sait que la passage existe. Il a les objets. Mais il ignore le mécanisme. Il a sept jours, comme nous, pour comprendre. »
Un silence. Camille sentit un petit filet d'espoir, mince comme un fil, se glisser dans sa poitrine.
« Il nous reste à trouver un moyen de reprendre le locket et l'aiguille avant la pleine lune », dit-elle doucement.
« Ou à trouver un autre moyen d'ouvrir la passage », répondit Étienne. « Aubin Morel a écrit que le passage nécessite la lune et le chant de l'aiguille. Mais il a écrit aussi que le passage s'est ouvert une fois avant — quand une femme est arrivée, en 1778. Peut-être que ce n'est pas le seul chemin. »
Camille resserra sa prise sur ses mains. La nuit bruissait autour d'eux, pleine de dangers invisibles. Mais pour un instant, elle se sentit presque — légère.
« L'aube approche », dit-elle. « La reine m'attend au Petit Trianon. »
Étienne hocha la tête. « Alors tu dois y aller. Marie-Antoinette est peut-être notre dernière chance. Elle a le pouvoir de protéger ceux qu'elle veut, même contre Drouet. »
Camille se leva, épousseta sa robe souillée. Le feu avait laissé une odeur de cendres sur elle, mais sous cela, elle sentait encore sa propre peau. Elle était vivante. Elle avait encore une alliée — peut-être — au cœur du pouvoir. Il lui restait sept jours, beaucoup de volonté, et un nom : la grotte d'Apollon.
Au loin, la première lueur de l'aube pointait à l'horizon, rose et douce, comme une promesse.
Elle commença à marcher vers le Petit Trianon, et pour la première fois depuis cette nuit de cauchemar, elle avait une direction.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.