La Dernière Mêlée
Lire le chapitre 25: The Ultimatum
Les semelles de Camille claquaient sur le marbre du couloir présidentiel. Elle n'avait pas frappé. Les deux assistants de Moreau s'étaient levés, bouche ouverte, mais elle était déjà passée. La porte en chêne massif s'ouvrit sous sa poussée.
Moreau leva les yeux de son bureau, surpris mais pas décontenancé. Il referma lentement le dossier qu'il consultait, croisa les doigts.
« Camille. Quelle… visite impromptue. »
« Vous allez le tuer. »
Pas de préambule. Le mot tomba entre eux comme un caillou mortel.
Le président haussa un sourcil. « Le docteur a été très clair sur les risques, et Julien a été très clair sur sa décision. C'est son corps. Son choix. »
« Vous lui avez présenté la chirurgie comme une option raisonnable. Vous lui avez caché que sa vertèbre ne s'est pas consolidée depuis trois mois, que le moindre impact peut le laisser paralysé à vie. Vous l'avez bourré d'anxiolytiques et vous avez pris les décisions à sa place. »
Moreau se leva, contournant son bureau en appuyant les mains sur les accoudoirs de son fauteuil en cuir. Il était plus grand qu'elle ne le pensait, plus imposant vu de face.
« Vous croyez que j'aime ça ? » Sa voix monta d'un cran. « Vous croyez que je dors la nuit quand je regarde ce garçon ? Il est la seule chose qui tient ce club debout. La finale dans soixante-douze heures, nous perdons le sponsor principal. Soixante-douze heures. Ce n'est pas moi qui ai mis la corde à son cou, c'est la saison. »
« La dette. » Camille croisa les bras. « Vous ne m'avez jamais dit quelle dette le club devait rembourser. Qu'est-ce que c'est ? Un emprunt bancaire ? Un investisseur privé ? »
Le silence s'étira. Moreau détourna le regard une fraction de seconde, et Camille sut qu'elle avait touché quelque chose.
« Un emprunt », dit-il, trop vite.
« Un emprunt auprès de qui ? »
« Du groupe Vidal. »
« Le groupe Vidal. L'immobilier. » Camille secoua la tête. « Non. Vous ne mentez pas bien. Un club comme celui-ci, avec vos relations, vous auriez trouvé un financement classique en une semaine. Vous êtes trop fier pour accepter un prêt immobilier. Vous êtes beaucoup trop fier. »
Moreau passa la main sur sa nuque. Il sembla vieillir de dix ans en une seconde. Quand il parla, sa voix était plus basse, presque fatiguée.
« Ce n'est pas le club qui a la dette. C'est moi. »
Camille cligna des yeux.
« Une dette de jeu. » Le mot sortit comme un crachat. « Le casino de Monte-Carlo. Les cartes. J'ai voulu… doubler. J'ai perdu. J'ai emprunté aux mauvaises personnes pour rejouer. J'ai perdu encore. »
Il s'approcha du mur, où trônaient les photos des équipes championnes des années soixante-dix, les visages en noir et blanc, les maillots d'époque.
« Ils m'ont donné une échéance. La finale. Si le club gagne, l'argent du sponsor et des droits télé couvre une partie. Et j'ai un accord. Ils savent qu'un club qui gagne vaut plus qu'un club qui coule. Ils veulent leur mise, avec les intérêts. Mais si on perd… » Il se retourna. « Ils prennent le club. Ils prennent tout. Ils prennent ma femme, ma maison, ma fille, tout ce que j'ai construit. »
Camille ne trouva pas les mots. L'homme devant elle n'était plus un président arrogant, mais un joueur acculé contre une table de blackjack invisible.
« Je suis désolée », dit-elle, et elle le pensait sincèrement.
Moreau rit, un son bref et amer. « Votre empathie est charmante. Elle ne paiera pas mes intérêts. »
Il fit un pas vers elle, et son visage se durcit.
« Et puisque vous êtes là, parlons de votre petit problème, voulez-vous ? »
Il ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit une feuille, qu'il tendit à Camille. Elle reconnut son dossier universitaire. Le tampon de l'université de Montpellier était visible, mais le cachet en filigrane était légèrement flou. Une contrefaçon.
« Diplôme de masseur-kinésithérapeute, mention bien. Sauf que la vraie Camille Roussel est née en 1979 à Clermont-Ferrand, et vous… comment dire… avez emprunté son identité il y a six ans quand vous avez fui Paris. »
Le sang de Camille se glaça.
« Je ne sais pas ce que vous fuyiez », dit Moreau, la feuille toujours tendue entre eux, « et je m'en fiche. Mais moi, je sais ce que je fuis. Des hommes qui brisent les jambes à ceux qui ne remboursent pas. »
Il plia la feuille en deux, la plaça dans sa poche intérieure comme un trophée.
« Vous avez deux options. Vous restez à votre place, vous signez le communiqué qui discrédite Julien Lacombe — un geste purement formel, il ne doit pas rejouer si le docteur est si inquiet, mais nous sauverons les apparences — et vous gardez votre licence, votre identité, votre liberté. »
Il fit un autre pas, tout près d'elle maintenant. Son eau de Cologne était lourde, écrasante.
« Ou vous continuez à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas, et je vous détruis. Vous ne travaillerez plus jamais dans la santé. Vous irez en prison pour fraude, et Julien saura que la femme qui prétend le sauver n'est elle-même qu'un mensonge ambulant depuis six ans. »
Camille recula, sentant le battant de la porte contre son dos. Sa gorge était sèche, les mots qu'elle avait préparés moururent dans sa bouche.
« La finale dans soixante-douze heures », dit Moreau, s'asseyant à son bureau avec la nonchalance d'un homme qui venait de remporter un pli. « Et votre décision est attendue avant le coup d'envoi. Je vous souhaite une bonne réflexion, mademoiselle Roussel. »
Il ouvrit son dossier, indiquant que l'entretien était terminé.
Dehors, dans le couloir désert, Camille s'appuya contre le mur, le souffle court. Chaque sortie de secours se fermait une à une. Le club, la presse, le traître à l'intérieur, Moreau. Et lui, Julien, qui l'attendait dans le noir, blessé et méfiant, alors qu'elle portait sur les épaules la vérité qu'il exigeait.
Elle sortit son téléphone. Son pouce hésita au-dessus du nom de Julien. Trois lettres. Une décision.
Elle appuya.
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