La Dette du Vigneron
Lire le chapitre 24: The Cellar Confrontation
Les volets claquaient contre la façade quand Alex franchit la grille du domaine. La pluie battait les vignes, transformant les rangs en boue grise. Sa main chercha la clé du cellier dans sa poche, tremblante. Il avait vu les photos que Roussel lui avait montrées à l'hôtel — le Comptable, Bodin, avec son visage de notaire et ses yeux morts. Et maintenant, cette urgence qui lui vrillait le ventre : les Bouchard allaient détruire le domaine. Toutes les preuves. Les caves. Les archives.
Il poussa la porte de chêne. L'odeur de moisi et de vieux vin l'enveloppa, familière, presque réconfortante. Mais quelque chose n'allait pas. Une lumière vacillait au fond du couloir, là où la galerie principale s'enfonçait vers la voûte aux millésimes.
Alex s'avança, retenant son souffle. La voix de son père lui revint, un souvenir d'enfance : *Quand tu descendras, compte tes pas. Chaque pierre peut mentir.*
Il compta. Dix-sept pas. Dix-huit. La pierre à sa gauche n'était pas à sa place — deux centimètres, à peine, mais son œil de banquier avait appris à repérer les écarts. Une trappe ? Non. Plutôt une niche secrète que son père n'avait jamais mentionnée dans ses lettres. Il y glissa la main et ses doigts rencontrèrent un cadre métallique froid.
Le revolver.
Un .38 Smith & Wesson, nickelé, chargé de six balles. Il l'avait caché ici après avoir découvert la voûte, sans en parler à personne, même pas à Léa. Paranoia de banquier. Mais cette paranoïa l'avait peut-être sauvé.
Au bout du couloir, la porte de la voûte était ouverte. La lumière crue d'une lampe torche balayait les murs. Alex se colla au chai, le revolver serré dans sa main moite. Il entendit des voix étouffées, puis le grincement d'un casier qu'on déplace.
"— les registres. Tout. Brûle ce qui brûle, noie ce qui flotte."
La voix de Leclerc. Le régisseur. Pendant vingt ans, il avait servi son père avec une loyauté que tout le monde croyait absolue. Et maintenant, il obéissait aux Bouchard.
Alex franchit le seuil de la voûte.
La pièce était en désordre. Des caisses de bouteilles anciennes gisaient éventrées, leurs flacons réduits en éclats. Sur la table centrale, une pile de registres comptables attendait d'être déchiquetée. Deux types se tenaient de part et d'autre de Leclerc — des silhouettes massives, mal rasées, avec des ceintures porte-outils qui ressemblaient davantage à des holsters. Celui de droite tenait un bidon d'essence.
« Personne ne bouge. »
Les trois hommes se figèrent. Leclerc se retourna, les yeux écarquillés, puis un sourire mauvais étira ses lèvres.
« Moreau. Vous devriez être en train de pleurer dans un hôtel à Dijon. »
« Vous avez toujours été mauvais pour les pronostics, Leclerc. »
L'un des types — celui au bidon — laissa tomber le jerrycan et plongea la main sous sa veste. Alex n'hésita pas. Il leva le revolver, visa la cuisse, tira.
La détonation claqua comme un coup de fouet dans l'espace clos. Le balles fracassa la bouteille de Bourgogne sur l'étagère derrière le type. Pas le corps. Du sang et du vin mêlés éclaboussèrent la pierre. Le type jura et sortit un SIG Sauer, trop lentement.
La deuxième balle d'Alex l'atteignit à l'épaule. L'homme pivota, tomba à genoux. Le SIG glissa sur le sol, hors d'atteinte.
Le deuxième type — celui qui n'avait pas bougé — esquissa un geste vers sa ceinture. Alex braqua le canon sur lui.
« Essaie. Je te jure que je rate pas deux fois. »
Le type leva les mains lentement. Leclerc en profita pour s'élancer vers la porte de la voûte.
« Restez ! »
Mais le régisseur courait déjà, droit vers la sortie qui donnait sur la cour. Alex se tourna vers les deux types. Ils ne bougeaient pas, mais leurs yeux suivaient Leclerc, et quelque chose dans leur expression lui dit que la fuite du régisseur était une diversion.
Le type au SIG ramassa son arme.
Alex tira une troisième fois. La balle siffla au-dessus de la tête de l'homme, s'enfonça dans la pierre. Le type se recroquevilla, les mains sur les oreilles, abandonnant le pistolet.
« Sur le sol. Tous les deux. Maintenant. »
Ils obéirent. Deuxième homme compris, à contrecœur. Alex recula vers la porte, gardant le canon levé. Son cœur martelait ses côtes. À chaque pas, il sentait le métal froid du revolver contre sa paume, l'odeur de poudre qui se mêlait au moisi.
Dehors, un moteur démarra dans un rugissement. Puis une plainte de pneus, suivie d'un impact sourd. Un cri.
Alex franchit la porte de la voûte. La cour était éclairée par les phares d'une voiture de gendarmerie qui bloquait la sortie. Une Land Rover bleue avait percuté son flanc avant, et Leclerc — le visage rouge de rage — était extrait du véhicule par deux agents en armes.
Derrière eux, la silhouette de Roussel émergea de l'obscurité, un pistolet-mitrailleur au poing.
« Moreau ! Vous êtes blessé ? »
Alex baissa les yeux. Une tache sombre s'étalait sur sa chemise, au niveau des côtes. Il ne l'avait pas sentie. L'adrénaline, peut-être. Ou le verre brisé qui avait volé lors du premier tir — un éclat de bouteille de 1961, mortel comme une lame.
Il s'appuya contre le chambranle de la porte, le revolver toujours ferme dans sa main.
« Les registres. Ils sont sur la table. Et les deux dans la voûte. Leur patron... Bodin. Le Comptable. Il est censé arriver pour superviser la destruction. »
Roussel hocha la tête et se tourna vers ses hommes. Alex sentit ses jambes vaciller, et la pierre froide du mur lui soutint le dos.
« Il s'appelle Bodin. Jean-Pierre Bodin. Il faut que vous le trouviez. »
« On s'en occupe. »
Roussel jeta un coup d'œil à la chemise ensanglantée d'Alex, puis au revolver dans sa main. Pendant un long moment, il ne dit rien. Ce silence était un jugement.
Alex sentit ses doigts se nouer autour du métal nickelé. L'arme de son père. L'arme qui l'avait sauvé. Il la posa soigneusement sur une table de pierre, à côté d'une bouteille intacte de Gevrey-Chambertin 1990.
« Voilà. La preuve. Tout est là — les registres, les noms, les transactions. »
Il n'avait peut-être plus de revolver. Mais il avait encore la vérité. Et pour la première fois depuis qu'il avait hérité de ce domaine, il crut que la vérité suffirait peut-être.
La sirène d'une ambulance déchira la nuit comme une déchirure dans le tissu du silence bourguignon.
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