La Digue
Lire le chapitre 14: The Antenna of Power
La pluie tombait en rideaux obliques sur les toits de Bermondsey quand Finn déposa Tess sur le matelas humide de la planque d'Anya. Les ampoules basses projetaient des ombres dansantes sur les murs de brique suintante. Tess grimaça, sa main pressant le pansement grossier que Finn avait confectionné avec un morceau de sa propre chemise.
« Tu ne peux pas me laisser ici, murmura-t-elle.
— Je dois y aller maintenant. Demain, c'est trop tard.
— Et si Carver te trouve ? Si tu tombes, tout est perdu.
Finn s'accroupit près d'elle. Il lui prit la main, les doigts entrelacés aux siens. Sous la pâleur de son visage, elle ressemblait à un spectre de la fille qui avait guerroyé à ses côtés dans les canaux.
« Écoute-moi. Anya reviendra avant l'aube. Elle a le stock de provisions planqué dans le conduit au-dessus de la porte. Si je ne suis pas revenu dans vingt-quatre heures, tu prends la barque amarrée au quai Franklin, tu descends vers Greenwich, et tu trouves Danny. Tu lui dis que son niveau, pas sa valve, son niveau...
— Le niveau, pas la valve, répéta Tess, les yeux déjà lourds. Finn, j'ai peur qu'on se soit trompés.
— Sur quoi ?
— Sur le fait qu'on a le temps. »
Finn l'embrassa sur le front. « Je n'ai pas l'intention d'être en retard. »
Il remonta son capuchon et glissa dans la nuit. Les rues de la zone basse étaient noires, les réverbères depuis longtemps noyés sous la montée des eaux. Il naviguait par mémoire, par les vibrations du béton sous ses semelles, par l'odeur du sel et du fioul. L'antenne se dressait à l'horizon, comme une épine de métal plantée dans la brume, au-delà du mur d'enceinte qui séparait les hautes zones de la misère liquide.
Il atteignit la barrière nord après quarante minutes de marche forcée. Un poste de contrôle mal éclairé flanquait le passage. Deux gardes, des types de la sécurité privée plutôt que des enforcers municipaux — leurs vestes bleu marine portaient le logo d'une société de surveillance, pas l'aigle de la ville. Finn savait que Carver avait externalisé le contrôle des zones tampons. Plus de paperasse, moins de responsabilité.
Fin. Il s'accroupit derrière un tas de gravats, observant la routine des gardes. L'un fumait, l'autre faisait les cent pas. Il y avait un point aveugle entre deux projecteurs, à l'endroit où le mur s'incurvait vers l'ancien pont routier. S'il pouvait atteindre l'écoutille d'entretien juste sous le niveau de l'eau...
Il retint son souffle et se déplaça. S'accrochant aux échelles rouillées, se laissant glisser dans l'eau sombre qui clapotait contre la base. Le liquide était glacé, chargé de détritus. Il palpa le béton sous la surface jusqu'à ce que ses doigts rencontrent le bord métallique de l'écoutille. Le loquet était libre — les équipes d'entretien négligeaient souvent les accès les plus incommodes.
Il s'engouffra dans le tunnel. L'obscurité était totale, aucune lumière parasite. Il avança à l'aveugle, ses mains courant sur les parois suintantes. Le passage remontait en spirale, et il émergea dans une galerie technique qui courait sous le périmètre de l'antenne. À travers une grille, il aperçut la base de la tour : des projecteurs balayaient une zone dégagée, où stationnaient deux véhicules de surveillance.
L'antenne montait à deux cents mètres, une structure de pylônes entrecroisés, hérissée de paraboles et de capteurs. Il y avait une échelle d'entretien sur le flanc est. Le problème : elle était gardée. Deux hommes en tenue tactique au niveau du premier palier, les armes visibles. Et plus haut, il distinguait les silhouettes d'au moins deux autres gardes sur les passerelles intermédiaires.
Finn maudit son absence d'accès municipal. Avec la clé de Carver, il aurait pu se glisser dans l'ascenseur de service, se fondre dans le personnel. Sans elle, il n'avait que ses mains et sa connaissance des systèmes.
Il entreprit l'escalade par le tube d'évacuation des eaux usées qui longeait la tour. Un conduit ventru, large de soixante centimètres à peine, où il devait se contorsionner. La graisse et la rouille couvraient ses vêtements. À mi-hauteur, ses crampons glissèrent sur une paroi huileuse. Il se rattrapa de justesse, ses ongles crissant sur le métal gorgé de sel.
Vers le sommet, le conduit se terminait en cul-de-sac, une grille ronde donnant sur une plateforme technique. Il poussa : elle était verrouillée de l'extérieur, un cadenas lourd barrait l'accès. En dessous de lui, les voix des gardes montaient, ponctuées de certains hennissements d'un talkie-walkie. L'un d'eux rit. Fin se plaqua contre la paroi.
« Vous avez vu la nouvelle directive ? Les drones partiront en essaim dès que le signal est donné. Disparaître la totalité de la zone sud en moins de quinze minutes.
— Ils disent que les brassards d'évacuation ne sont même pas distribués encore. Une blague. »
Finn serra les dents. Leur conversation confirmait ses craintes : demain, la zone basse serait engloutie. Pas d'évacuation réelle. Un sacrifice.
L'escalade le conduisit plus haut encore, le long d'une échelle extérieure qu'il atteignit en se faufilant entre deux poutrelles. Le vent le fouettait, la pluie cinglait ses yeux. À cinquante mètres du sommet, il s'arrêta : deux gardes stationnaient devant la porte qui menait au transmetteur principal. Ils étaient armés, équipés de lunettes de vision nocturne. Il n'y avait aucune faille, aucun passage alternatif. L'antenne était un piège calibré.
Il se laissa glisser vers une plateforme inférieure, décidant de tenter un autre angle — déterminer le câblage principal pouvant être intercepté depuis le rez-de-chaussée du bâtiment adjacent. Mais à peine avait-il posé le pied sur la passerelle qu'une lumière crue l'aveugla.
« Bouge pas ! »
Un garde émergea de l'ombre, à deux mètres de lui, son fusil d'assaut braqué. Finn leva les mains, le cœur martelant sous ses côtes. Derrière le garde, un second montait l'échelle.
« Espèce de rat. Comment t'es passé à travers ? »
Finn chercha une issue. Il n'y en avait aucune. L'eau goudronnée de la Tamise brillait en contrebas, à près de deux cents mètres. Il pouvait sauter, risquer la noyade plutôt que la capture. Mais il ne reverrait jamais Tess, jamais Danny. Et la zone basse serait noyée demain.
Le garde fit un pas de plus. Sa radio grésilla.
« Contrôle à Poste Nord. On a un intrus sur la tour Alpha.
— Reçu. Gardez-le en place. Soutien en route. »
Une seconde. Une fraction de seconde pendant laquelle le garde détourna les yeux vers la radio. Finn s'élança, pas sur la gauche, percutant le garde de l'épaule. Le type bascula, son arme claqua sur la plateforme, mais le deuxième garde tira. Le projectile siffla près de l'oreille de Finn, qui roula sur le métal trempé de pluie, le bord de la plateforme s'ouvrant sous lui.
Il tomba.
Sa main attrapa une barre, à l'arraché, son épaule hurlant sous l'impact. Il se balança dans le vide, accroché à un rail métallique à soixante mètres au-dessus du sol. Les doigts glissaient sur le métal huileux. Au-dessus, le garde s'alignait pour un second tir.
Puis le ciel s'ouvrit dans un fracas de rotors. Un drone de surveillance — mais un modèle modifié, peint en gris sombre — fonça à travers les faisceaux, ses propulseurs hurlants. Il vira brusquement, écrasant un projecteur au passage en une pluie d'étincelles, avant de viser directement le garde qui venait de tirer.
L'homme plongea à couvert, hurlant dans sa radio. « Drone non identifié ! Drone hostile ! Où est le système anti-aérien ? »
Finn hissa la jambe sur la plateforme. Puis il vit le drone virer une seconde fois, sa caméra dirigée vers lui. La voix d'Anya cracha dans un haut-parleur de fortune, grésillante mais claire :
« Monte, imbécile ! Le temps que j'ai volé est limité. Et j'ai une faveur à te demander. »
Elle fit descendre un câble. Pendant que les gardes appelaient les renforts, Finn saisit, grimpa, atterrit sur l'échelle. « Anya ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
« J'avais un vieux drone de surveillance péché dans les marais. J'ai mis une heure à le faire marcher. J'ignore combien de temps je peux tenir.
— Anya, Tess est dans la planque.
— Laisse-la. Carver n'est plus mon problème immédiat. Grimpe ! »
Finn commença son ascension vers le transmetteur, le drone d'Anya tournant en couverture au-dessus de lui. Derrière, les sirènes commençaient à retentir. Il avait, peut-être, une chance. Mais pour combien de temps ?
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