La Digue
Lire le chapitre 26: The Wave Warning
La première détonation fut sourde, presque polie. Puis le mur bougea.
Finn sentit le tremblement monter à travers la coque du *Dérive*, un frisson continu qui vibrait dans ses semelles et remontait le long de ses mollets. Il posa une main sur le bois de la barre, les yeux rivés à la faille qui courait désormais le long du mur-barrière, pareille à une cicatrice mal refermée. Mais ce n'était pas la fissure qu'il avait calculée. Celle-là était plus large. Plus profonde. Et du filet d'eau qui s'en échappait naissait déjà un grondement.
— Danny, murmura Tess à côté de lui, la radio encore collée à l'oreille. Qu'est-ce qu'il a fait ?
Finn ne répondit pas. Il fixait la masse sombre du mur, les projecteurs de la zone basse qui le balayaient inutilement, et le mince rideau d'écume qui s'épaississait à la base de la faille. Son plan était précis. Contrôlé. Dix secondes de transfert de vannes, trois kilos de charge, une fissure suffisante pour couper le circuit. Pas ça. Pas ce rugissement qui grossissait, qui prenait de la hauteur, qui commençait à tourner.
— Il a avancé le timing, dit-il, la voix plate. Il a raccourci la fenêtre.
Un silence. Puis la sirène monta.
Pas les sirènes d'alerte basse de la Peste Brume, éraillées et souvent muettes. Celle-là venait de l'intérieur du mur, une note pure et grave qui traversa l'eau comme un coup de poing. Les haut-parleurs du Central crépitèrent, et une voix mécanique tomba sur la zone, froide comme les pavés détrempés :
« Code rouge. Loi martiale en vigueur dans les secteurs est et nord de la zone basse. Toute circulation non autorisée sera interceptée. Toute assistance aux contrevenants sera punie. »
La voix se tut. Et le mur gémit.
— Finn, dit Tess, sa main serrant son bras. La faille...
Il l'avait vue. La déchirure s'ouvrait comme une bouche, et dans son ombre quelque chose se soulevait. L'eau, d'abord. Lentement. Puis le grondement devint une présence physique, une pression qui poussait l'air devant elle. Finn se retourna vers le canal, vers la flottille rassemblée dans l'ombre des entrepôts de la Peste Brume — les bateaux de pêche, les barques de transport, les radeaux de fortune, tout ce qui pouvait flotter et porter un corps. Il compta. Soixante embarcations. Peut-être cinq cents âmes.
— Alerte générale, dit-il. Distribution de gilets. Largage des amarres d'attente.
Tess le regarda. Il lut la question dans ses yeux. *Les gens ne sont pas prêts. Les quais ne sont pas préparés. Ce n'était pas le plan.*
— On n'a plus le temps pour le plan, dit-il. Attache-toi.
Elle grimpa sur le plat avant du *Dérive*, cala ses pieds contre les taquets et tira une corde autour de sa taille. Finn fit vrombir le moteur, l'orienta face au canal large, au cœur de la Peste Brume, là où l'eau froide et plate s'étendait vers l'embouchure des égouts. Derrière lui, quelque chose craqua — un bruit d'os et de pierre, le bruit d'une ville prise dans une main géante.
Le mur se déversa.
Pas une crue progressive, pas un montant montant centimètre par centimètre. Une lame. Un mur d'eau noir haut de dix mètres qui sortit de la faille comme un souffle, qui effaça les grues du quai sud, qui avala les hangars de réparation de la fonderie, qui fit exploser les vitres des ateliers désaffectés en une volée de lumière qui scintilla un instant avant de disparaître. La lame poussa devant elle un vent chargé de vapeur et de gravats.
Finn abaissa l'accélérateur. Le *Dérive* frémit, cabra, puis plongea dans l'élan.
— Tout le monde face à la vague ! cria-t-il dans sa radio, la voix rauque. Pointe avant dans l'axe ! Ne vous mettez pas de travers ! Si vous gîtez, vous chavirez !
Derrière lui, la flottille s'ébranla. Les moteurs toussèrent, les rames plongèrent. Il y eut une cacophonie de cris, de grappins qui raclaient les coques, de pères et de mères qui tiraient leurs enfants hors des cabines. Mais la lame approchait, et les plus lents comprendraient bientôt que la seule chose qui les sauverait, ce n'était pas de fuir le mur, mais de le chevaucher.
— Tess ! lança-t-il sans la regarder. Prépare la pompe de cale. Dès qu'on retombe, on évacue l'eau.
— Et si on retombe pas ? répondit-elle.
— On retombera.
Le mur d'eau roula devant eux, opaque, massif, pas encore déferlant. Finn tenait la barre, les bras tendus, les genoux fléchis pour absorber le choc. Il vit les premières embarcations de la flottille — les barques légères, les skiffs — prendre la lame de face et disparaître un instant dans la pente noire avant de resurgir, dégoulinant, à moitié pleines d'eau. Il vit une barge de fret, trop chargée, qui tournait trop tard, offrant son flanc à la vague. Elle gîta. Se retrouva à la verticale. Et dans un fracas de bois et de ferraille, elle roula, éjectant dans l'écume trois silhouettes qui crièrent avant que la lame ne les avale en une gorgée.
Finn ferma les yeux une seconde, serra les mâchoires. Puis il ouvrit la manette.
Le moteur hurla. Le *Dérive* fendit la surface, et la vague monta devant eux comme une colline noire à l'horizon.
— Accroche-toi ! cria-t-il.
Ils prirent la pente. Le nez de la barque se leva, l'étrave perça le vent d'écume, et pendant trois secondes interminables, le monde disparut derrière un rideau d'eau. Le moteur gémit sous-marin, hoqueta, engouffré, puis l'axe maritime du *Dérive* bascula. Derrière eux, la vague passa sous la coque, la souleva par la poupe, et Finn sentit la barque bondir, attendre, comme suspendue au-dessus de rien.
Puis l'eau les rattrapa.
La quille claqua sur la pente arrière de la vague avec un bruit de baleine qui souffle. Une douche écrasante s'abattit sur Tess, sur ses épaules, sur les planches du pont. Finn se tordit les poings autour de la barre et luttait contre les vibrations, les vibrations du bois qui cherchait à se briser. Il se retourna. Derrière lui, le canal n'était plus le canal. C'était une étendue blanche, confuse, où les toits des entrepôts émergeaient comme des îles noires, où les mâts des bateaux coulés raclaient le ciel.
Au milieu de ce chaos, la flottille remontait.
Il les compta. Cinquante-deux. Huit manquaient à l'appel. Mais les survivants avaient pris la vague, ils grimpaient maintenant sur la crête mouvante, et Finn les regarda faire — regards paniqués, corps agrippés aux mâts, enfants plaqués contre les poitrines des mères. Ils étaient vivants parce qu'ils avaient tourné face à la mort. Il pouvait travailler avec ça.
Tess se releva, cracha de l'eau, tira sur sa corde pour desserrer son nœud coupant.
— Les panneaux de la zone sont tombés, dit-elle, les doigts tremblants autour de son sac étanche. L'alimentation générale est coupée. Mais j'ai encore le réseau local. Si je monte l'antenne du mât...
— Ils ont déclaré la loi martiale, dit Finn. Ils vont brouiller les fréquences dans dix minutes.
— Alors c'est dans dix minutes que ça passe. Ou jamais.
Elle déroula le câble, hissa l'antenne filaire capturée dans le repaire de Danny, l'accrocha au crochet du mât du *Dérive*. Finn jeta un coup d'œil derrière lui. La vague s'étalait maintenant dans la Peste Brume, ralentie par les ruines, mais la faille du mur continuait de cracher son flot. Et plus bas dans le canal, dans l'ombre de la rive est, Finn vit autre chose : une silhouette sur une barque trop basse, couverte de suie, qui remuait. Seule. Vivante.
Le vent porta le cri, déchiré, méconnaissable :
— C'ÉTAIT LA CHARGE ! PAS LA POUDRE ! PAS...
Finn cligna des yeux. La silhouette laissa tomber sa rame, s'assit lourdement. Et Tess, qui venait d'achever sa connexion de câbles, releva la tête et regarda vers la rive est, vers le canal éventré.
— Finn, dit-elle. Cette voix... C'était Danny. Et il a dit *poudre*.
Le mât au-dessus d'eux se mit à vibrer. Dans son combiné de poche, la fréquence basse de la zone s'anima — une tempête de parasites, puis une voix qui perçait, fragile mais nette. La voix du haut-fonctionnaire, enregistrée des heures plus tôt, les mots exacts de son ordre de destruction de la zone basse, projetés à travers la ville par les ondes locales rebelles que Danny avait épargnées.
Tess leva son combiné vers Finn. Le visage de l'officiel apparaissait en poussière sur le petit écran, et dans le reflet pâle des eaux montantes, les premières barques de la Peste Brume commencèrent à s'approcher, attirées par la lumière et la voix. Un homme en ciré usé, le visage tailladé de plaies que la lame n'avait pas faites, écarta les bras.
— On l'a eu, Delaney. On l'a eu.
Mais la faille continuait de s'élargir. Et au pied de la rive est, la silhouette isolée ne bougeait plus.
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