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La Digue

Lire le chapitre 7: The Courier

L'échelle métallique vibrait sous leurs semelles quand Finn poussa la trappe du haut. Un souffle d'air humide, chargé d'algues et de gasoil, remonta du puits — l'odeur du bief. Il se glissa le premier, la main de Tess agrippée à son épaule, l'autre fermée sur le sac qui contenait le drone. En bas, l'eau clapotait contre les parois du tunnel de maintenance, noire et grasse, cachant Dieu sait quelles épaves.

— On est dans le bief quatre, murmura Finn. Encore dix minutes de rames et on passe sous le mur du milieu.

Tess ne répondit pas. Elle scrutait l'obscurité entre les piles de béton, comme si elle attendait que quelqu'un en surgisse. Finn l'aida à s'installer dans l'embarcation, un raflot qu'il connaissait par cœur, puis il poussa sur sa perche. Le bateau glissa en silence, la proue fendant l'eau lourde.

Elle parlait vite, tout bas, comme si chaque mot pouvait se retourner contre elle.

— Vous comprenez ce que vous avez volé, Finn ? Ce n'est pas un simple balise. C'est un minuteur. Un minuteur calibré pour l'ensemble de la zone résidentielle. Le réseau entier.

Il ne répondit pas, concentré sur les courants invisibles. Il connaissait chaque recoin de ce tunnel, chaque angle mort. Mais il savait ce qu'il transportait — plus qu'un colis. Une bombe à retardement qui s'appelait vérité.

— Dr Chen, dit-il enfin. Il travaille à quoi, exactement ?

— Il a déserté le projet il y a deux ans, quand il a compris ce qu'on lui faisait construire. Les vannes, les drainages, les vannes de sécurité. Les quatre districts sacrifiés pour sauver la haute ville. Chen a documenté tout ça. Il a gardé les plans, les codes. Il peut prouver la séquence, les chiffres exacts.

Finn garda le regard droit devant lui. Les murs du tunnel passaient, zébrés de mousse et de graffitis effacés par l'humidité. Il pensait à son père, à ses cartes. À une époque où les repères étaient encore faits de papier et de boussoles, pas de chaînes de données et de trahisons programmées.

— Pourquoi il est resté dans les docks ? demanda-t-il. S'il savait, pourquoi s'exposer ?

— Parce qu'il n'a nulle part où aller. Et parce que c'est un entêté. Il a passé sa vie à construire des choses pour qu'elles durent. Il ne peut pas voir ce projet dévorer des gens.

Finn poussa plus fort sur sa perche, avalant les mètres. Devant eux, le tunnel s'élargissait. Il distingua la lumière blafarde des lampes solaires de la zone portuaire, accrochées aux grues rouillées comme des lucioles fatiguées.

— Vous croyez qu'il voudra témoigner ? dit-il. Ou publier ?

Tess resserra son sac sur sa poitrine. Elle fixait les ballasts lointains, les silhouettes des vieilles docks qui profilaient leur squelette dans la brume.

— Chen ne veut pas témoigner, Finn. Il veut finir ce qu'il a commencé. Il croit qu'on peut détourner le système, inverser la séquence. Que si on a les bons codes, on peut empêcher les vannes de se fermer.

Finn la regarda enfin. Ses yeux clairs, épuisés, portaient une lueur qu'il avait déjà vue chez des ingénieurs — quand ils croyaient avoir trouvé la faille dans un système que personne d'autre ne voyait.

— Vous le croyez ?

Un silence. Le bateau passa sous un ponton effondré.

— Je croyais qu'on allait publier. Maintenant, je ne suis plus sûre. Chen dit que publier, c'est prévenir les gens mais pas les sauver. Qu'il faut une preuve vivante, pas un article posthume.

Finn sentit l'ondulation d'un courant chaud, signe que la marée commençait à tourner. Il amena l'embarcation contre le quai de béton, éteignit sa lanterne, et aida Tess à monter. Autour d'eux, les vieux entrepôts s'élevaient comme des tombes dressées, leurs toitures éventrées par les tempêtes passées.

— Alors on va le voir, dit-il. Vous et moi. Et on décidera ensemble.

Tess hésita, puis acquiesça. Ils marchèrent entre les rails rouillés, leurs pas étouffés par le sable et les débris. Au loin, une silhouette improbable : un vieux conteneur de recherche amarré à une plateforme flottante, son dôme de vitre terni éclairé d'une lampe à pétrole.

Dr Chen ouvrit avant qu'ils aient frappé. Petite homme nerveux, les cheveux gris en bataille, des lunettes cerclées sur le nez, une blouse blanche couverte de taches de graisse et de thé séché. Il regarda Finn, puis Tess, puis le sac qu'elle tenait.

— Vous êtes en retard, dit-il. Et vous avez attrapé du monde.

Finn serra les poings.

— On a attrapé un problème, plutôt. Et un plan.

Chen les fit entrer. À l'intérieur, une caverne de machines : des écrans tête haute, des carters ouverts, des circuits imprimés alignés sur des tables comme des insectes épinglés. Une odeur d'ozone et d'huile de coude. Il ferma la porte derrière eux, puis baissa un rideau de plastique.

— Montre-moi le drone, dit-il.

Tess le sortit de son sac. Chen le saisit avec une délicatesse de chirurgien, l'exposa sous une lampe à led, inspecta chaque soudure, chaque module.

Un long silence. Il remit ses lunettes, puis releva la tête. Ses yeux semblaient plus vieux que son visage.

— Le minuteur est actif. Je le savais déjà — Mesures à distance. Mais regardez ça.

Il retourna le drone et désigna un point précis, un microprocesseur gravé d'un symbole que Finn connaissait pour l'avoir peint des dizaines de fois sur des caisses en bois, il y a bien longtemps, dans un autre monde.

— Le timbre du constructeur. C'est un modèle attribué au secteur privé du port, dit Chen. Mais ce processeur n'a jamais quitté la haute zone. C'est une pièce de la fonderie centrale.

Finn plissa les yeux.

— Qu'est-ce que ça change ?

— Ça change que le minuteur n'est pas une simple alarme. C'est une clé de synchronisation. Une clé qui a été fabriquée chez vous, Finn. Dans l'atelier de votre ancien employeur, sous la zone intermédiaire. Quelqu'un de l'intérieur a conçu le tout.

Un froid remonta le long de la colonne de Finn. Il pensa à son père, à l'atelier, aux heures passées à graver des noms dans des plaques de cuivre — avant qu'il ne parte, avant que le monde ne s'écroule.

— Qu'est-ce que vous dites ? Que ma famille…

— Je dis qu'il faut trouver le fabricant. Et que le fabricant n'est pas un inconnu. C'est l'ingénieur qui a signé les plans initiaux. Un homme que vous avez peut-être côtoyé sans le savoir.

Chen sortit d'une poche de sa blouse une photo froissée, aux bords jaunis. Il la tendit à Finn.

Finn la regarda, puis son esprit fit brutalement naufrage.

Le visage de son frère Danny, plus jeune de dix ans, souriant devant une maquette de barrage. Sur la photo, il tenait un schéma technique — une vanne de drainage hydraulique.

— Il n'est jamais parti à l'étranger, dit doucement Chen. Il a travaillé sur le projet. Il a conçu la séquence. Et il est encore là.

Finn lâcha la photo, les mains tremblantes. Le monde sous ses pieds se fissura — et l'eau monta, dans sa poitrine, froide et infinie comme la marée qui dévorait Londres.