La Fille de l'Imprimeur
Lire le chapitre 18: The Trap Springs
Le jeudi suivant, la pluie battait les vitres du bureau de la rue Saint-Jacques lorsqu'un fracas sourd ébranla la porte. Élise leva les yeux de la composition qu'elle vérifiait – un nouveau pamphlet sur les bataillons de la Garde nationale, dont elle devait remettre le texte à Antoine dans moins d'une heure.
« Ouvrez au nom de la loi ! »
La voix était métallique, administrative, sans réplique possible. Élise compta mentalement ses hommes : Marcel, le vieux pressier qui l'aidait depuis la fermeture de l'atelier paternel, et la jeune Rose, qui lui servait de coursier depuis qu'elle avait publié son premier numéro du *Courrier des Femmes*. Trois personnes seulement – une cage trop petite pour contenir un traître.
« Rose, le panier sous l'escalier. Vite. »
La jeune fille obéit sans poser de question, saisit la corbeille de linge sale qui dissimulait les exemplaires encore humides du pamphlet et fila par la ruelle derrière la boutique. Marcel, lui, regarda Élise avec un calme que les années d'atelier avaient rendu inébranlable.
« On ouvre ? murmura-t-il.
— Pas tout de suite. Prends la valise sous la presse. Les matrices du dernier numéro. »
Elle n'avait pas le temps de sauver la presse elle-même – cette lourde machine de fonte et de bois que son père avait utilisée pour son journal clandestin, celle que les hommes du chevalier avaient déjà failli confisquer un mois plus tôt. Mais elle pouvait sauver les caractères, les matrices, le texte. La matière grasse d'une imprimerie ne résidait pas dans le fer, mais dans les lettres.
Marcel disparut dans l'arrière-boutique. Élise attendit, mains tremblantes, que le martèlement reprenne. Il ne vint pas. Au lieu de cela, un silence soudain, suivi d'un ordre étouffé : — Par le toit. Passez par la cour des voisins.
On ne cherchait pas seulement à la prendre sur le fait. On cherchait à la piéger.
Elle tira le loquet, laissa la porte claquer contre le mur. Deux hommes en redingote grise se tenaient sur le pavé mouillé, flanqués d'un sergent de ville qui baissait les yeux, mal à l'aise. Une voiture attendait plus loin, attelée et couverte – une voiture de préfecture.
« Mademoiselle Moreau ? — Je ne connais personne de ce nom, répondit-elle en s'effaçant pour les laisser entrer.
— Allons, ne jouons pas cette comédie. C'est vous, ça. » L'homme sortit une affichette de sa poche – son portrait dessiné d'après un signalement de police, ressemblant vaguement. Il sourit, découvrant des dents jaunies. « Nous savons où vous imprimez. C'est une dénonciation anonyme qui nous a conduits ici. »
Élise sentit le sol se dérober. Une dénonciation. Quelqu'un dans son petit cercle – trois personnes – avait parlé.
Le sergent de ville entreprit de fouiller la pièce. Il fallait lui donner quelque chose à trouver. Elle guida son regard vers les caisses de papier, les chiffons encrés, les restes du petit matériel qu'elle avait abandonnés là quand elle avait transporté la véritable presse dans une cave de l'impasse des Peupliers. L'anxiété la dévorait : Marcel n'était toujours pas revenu.
« C'est tout ? demanda l'homme en redingote après une dizaine de minutes.
— Vous voyez bien. Une boutique vide, des dettes, rien d'autre. Je suis ruisselé. »
Il la dévisagea, cherchant une faille. Elle soutint son regard, la gorge sèche. Trois personnes. Qui avait pu la trahir ? Marcel était un vieux compagnon de son père – mais un vieil homme endetté pouvait céder à la pression. Rose était de bonne volonté mais naïve – un amoureux indiscret, une confidence à une voisine. Et puis il y avait les autres, les distributeurs du journal, ceux qui vendaient sous le manteau les numéros du *Courrier des Femmes* dans les ateliers de couture du Temple.
Le sergent de ville ressortit de l'étage, une liasse de correspondances à la main. Des lettres sans importance – des commandes de papier, des remerciements d'abonnés. Le délégué les parcourut d'un œil distrait et les rendit.
« Une cave, dit-il soudain à son collègue. Fouillez la cave en dessous. »
Élise ferma les yeux un instant. Elle avait transporté la presse quatre jours plus tôt, aidée de Marcel et de deux crocheteurs payés à l'heure. Mais elle avait laissé derrière elle un carton de plomb – des caractères d'un corps supérieur, trop lourds pour être déplacés dans la précipitation. Si quelqu'un savait où chercher…
Le sergent de ville redescendit cinq minutes plus tard, les mains vides. Élise sentit un élan de soulagement lui nouer la poitrine.
« Rien, chef. Il n'y a que des toiles d'araignée et des tonneaux vides. »
L'homme en redingote grise, un dénommé Corbin, selon la carte qu'il lui glissa en partant comme on laisse une carte de visite chez une personne de qualité, la fixa une dernière fois. « Vous pouvez jouer à la veuve éplorée, ma petite. Mais nous vous surveillons. Les geôliers du quartier ont une bonne mémoire pour les visages qui impriment. »
La voiture s'éloigna dans le crachin. Élise s'appuya contre le chambranle de la porte, les jambes flageolantes.
Marcel surgit de la ruelle, portant la valise comme un cordonnier porte son outil. Il la déposa à ses pieds.
« Tout est là, dit-il. Les matrices, le petit jeu de couleurs, les encres. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— On va à l'impasse des Peupliers. Il faut vérifier que la presse est intacte. »
Il hocha la tête, puis hésita. Élise connaissait ce regard – celui de l'ouvrier qui pense à sa paye, qui pense à sa sécurité, qui pense à son âge.
« Mademoiselle Moreau, dit-il avec précaution, la cave de l'impasse est une bonne cachette. Mais si le renard sait où chercher dans une garenne, il suffit de changer de terrier une fois. Deux fois. Pas trois.
— Que veux-tu dire ?
— Quelqu'un a parlé. Vous le savez aussi bien que moi. Tant que cette personne reste dans votre entourage, aucune cachette ne sera sûre. » Il s'essuya les mains sur son tablier avec un geste las. « Je ne vous demande pas de me croire innocent, ni de me croire coupable. Je vous demande de ne plus me dire où vous dormez, ni où vous travaillez. Ce que je ne sais pas, je ne peux pas le répéter – même sous la torture. »
Sous la torture. Le mot tomba sur le pavé, glacé. Élise regarda le vieux pressier, dont les mains tremblaient légèrement, et s'entendit répondre :
« Va chez ta sœur à Versailles, Marcel. Rentre aujourd'hui. Je te ferai passer un message quand la tempête sera calmée.
— Et vous ? Qu'est-ce que vous allez faire ?
— Ce que je devais faire ce soir. » Elle sortit de sa poche le brouillon du pamphlet sur les bataillons de la Garde nationale, couvert de sa petite écriture penchée. « Livrer ceci à Antoine. Et nous irons en Normandie plus tôt que prévu. Le marquis de L… doit trouver nos affaires dans son château quelques jours plus tôt que son agenda ne l'autorise. »
Devant l'air perplexe de Marcel, elle ébaucha un sourire qu'elle ne ressentait pas. « La fuite en avant, mon vieux. Quand le piège se referme, il n'y a plus qu'une issue : sauter par-dessus le bord. »
Le vieil homme hocha la tête, entrelaça le cordon de la valise et la lui tendit. Elle était lourde – le poids de son métier, le poids de sa liberté. Elle la hissa sur son épaule, enfonça son chapeau sous la capote et prit la direction de la place du Châtelet.
Le rendez-vous avec Antoine était dans vingt minutes. Elle allait arriver en retard, les mains pleines de plomb et l'esprit plein de soupçons. Trois personnes. Elle en aimait une. Elle soutenait une autre. Et la troisième – Rose, dont la naïveté faisait sourire les plus rudes – venait de disparaître depuis une heure avec le panier de copies.
Rose qui avait toujours une excuse pour entrer dans l'arrière-boutique. Rose qui lui demandait depuis une semaine de localiser la nouvelle presse. Rose qui semblait s'évanouir dans la nature précisément le jour où la police savait où frapper.
Élise accéléra le pas. Elle devait retrouver Antoine avant la tombée de la nuit. Et elle devait lui poser une question qui la brûlait depuis qu'elle avait vu le document dans les archives Lefèvre : qui, dans son rédaction, avait des informateurs dans la police de Paris ?
La pluie redoubla, dégoulinant de son chapeau sur le col de sa veste, comme une mise en garde qu'elle n'avait pas l'intention d'écouter.
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