Lumen Reads

La Fille de l'Imprimeur

Lire le chapitre 9: An Uneasy Alliance

Le commissaire avait exigé la caution dans les vingt-quatre heures. Élise avait promis, le cœur serré, en regardant les gendarmes fouiller son atelier une seconde fois, moins par négligence cette fois que par méthode. Ils étaient repartis avec trois caisses de caractères d'imprimerie "pour examen", et le silence de la boutique résonnait comme une tombe.

Elle était en train de compter ce qui lui restait – quatre cents francs, peut-être moins, quand on tiendrait compte des dettes aux fournisseurs – lorsqu'on frappa à la porte. Trois coups nets, sans hésitation. Pas un client. Pas un voisin.

Elle ouvrit. Antoine Lefèvre se tenait sur le seuil, son manteau gris perle constellé de fines gouttes de pluie, son chapeau à la main comme s'il rendait visite à une dame.

"Vous auriez pu prévenir", dit-elle, sans bouger pour le laisser entrer.

"J'aurais pu. Mais j'avais peur que vous refusiez."

Il attendit. Elle céda, moins par politesse que par curiosité – et parce qu'elle avait besoin de comprendre cet homme qui savait trop de choses et n'avait rien dit à la police.

Dans l'atelier, il inspecta les presses muettes, les casiers à demi vides. Il ne toucha rien, mais son regard enregistrait tout. Élise croisa les bras.

"Vous êtes venu pour admirer les dégâts ?"

"Je suis venu avec une proposition." Il se tourna vers elle. "Votre père imprimait des pamphlets révolutionnaires. Vous le saviez. Vos mains le savent." Il désigna ses doigts, où une tache d'encre bleu-nuit persistait sous l'ongle. "Vous avez nié devant le commissaire. J'ai confirmé votre version. Mais la police reviendra. La prochaine fois, ils ne trouveront pas seulement un brouillon. Ils trouveront la presse, le coupable, et une famille ruinée."

"Vous le savez déjà. Pourquoi revenir ?"

Antoine sortit une feuille de sa poche intérieure. Une copie du pamphlet que son père imprimait – _L'Ami du Peuple_, le titre en lettres grasses, le texte appelant à la résistance contre la monarchie de Juillet. "Ceci circule encore. Trois douzaines d'exemplaires saisis cette semaine dans le Marais. Le préfet est nerveux. Le roi est plus nerveux encore." Il laissa la feuille tomber sur l'établi. "Ils ont besoin d'un coupable. Pas d'une presse. D'un visage."

Élise sentit sa gorge se serrer. "Vous êtes venu me proposer de devenir ce visage ?"

"Non." Il la regarda droit dans les yeux. "Je suis venu vous proposer un marché. Vous gardez votre boutique. Vous gardez votre nom. Mais vous travaillez pour moi."

Un silence. Le tic-tac de la pendule sur la cheminée semblait amplifier chaque seconde.

"Travailleuse pour un journaliste ?" Elle lâcha un rire sans joie. "Je suis compositrice, pas secrétaire."

"Je sais ce que vous êtes." Il avança d'un pas. "Vous êtes celle qui a imprimé ces pamphlets. Vous êtes la plume clandestine de votre père – ou sa main. Et vous êtes en danger, Mademoiselle Moreau. Un danger que vous ne pouvez pas mesurer, parce que vous ne savez pas qui vous tenez en face."

"Vous ?" Elle le défia. "Un Lefèvre. Le fils du prêteur qui tient mon frère."

Antoine se figea. Pour la première fois, elle vit une faille dans son armure de journaliste – un bref vacillement, comme une bougie dans un courant d'air.

"Vous avez vu mon père."

"Pas vu. Subi." Elle sortit la lettre de son père, la posa à côté du pamphlet sur l'établi, ne révéla pas la photo miniature. "Il détient mon frère, prisonnier sous un faux nom à la Petite Roquette, comme otage pour que la presse reste muette."

"Jean-Luc." Le nom sortit sans réfléchir. Antoine se reprit trop tard.

Élise se raidit. "Vous connaissez mon frère ?"

"Je connais le dossier. Les informateurs de mon père tiennent des listes. Jean-Luc Moreau, 24 ans, étudiant en droit, arrêté après une manifestation en 1846, détenu sans procès." Il détourna le regard. "Le sort de beaucoup de jeunes hommes, ces années-ci."

"Le sort que votre famille a arrangé."

"Ma famille." Le mot semblait lui brûler la bouche. "Ma famille a fait beaucoup de choses que je ne cautionne pas. C'est pourquoi j'ai rompu avec eux il y a six ans." Il releva la tête. "Mais je n'ai pas cessé de les surveiller. La bibliothèque de mon père, rue Quincampoix, contient des registres, des lettres, tout ce qui lie les détentions arbitraires aux faveurs politiques. Je peux vous y donner accès."

"Contre quoi ?"

"Contre votre plume." Il la fixa. "Vous continuez d'imprimer pour les révolutionnaires – mais vous me dites d'abord ce qui sort de votre presse. Les noms. Les réseaux. Les plans. Vous devenez mon informatrice au cœur du mouvement. Et moi, je deviens votre protection ici."

Un marché de voleurs. Élise comprit en un éclair qu'il ne cherchait pas seulement à démanteler les révolutionnaires – il cherchait à contrôler le récit. Un journaliste qui veut être la seule source. Le seul à connaître la vérité avant qu'elle n'éclate.

"Et si je refuse ?"

Antoine haussa une épaule, geste qui fit remonter son manteau. "Alors vous serez seule quand la police reviendra. Et elle reviendra."

Élise regarda la feuille du pamphlet, les caractères en plomb étalés sur l'établi, la lettre de son père. Une semaine. Elle avait une semaine pour son frère. Et maintenant, cet homme lui offrait une porte d'entrée vers les archives de son père – le même père qui détenait Jean-Luc.

Une porte qu'elle pouvait transformer en piège.

"J'accepte", dit-elle lentement. "Mais à une condition."

"Laquelle ?"

"Vous ne posez plus jamais de questions sur ce que je fais dans cet atelier. Vous me donnez accès rue Quincampoix, et vous me laissez tranquille dans mes affaires. Si la police vient, vous êtes mon alibi. Sinon, vous êtes mon ennemi."

Il sourit – un sourire mince, presque admiratif. "Vous êtes redoutable, Mademoiselle Moreau."

"Je suis une Moreau. C'est dans le sang."

Il remit son chapeau, ouvrit la porte, mais se retourna avant de franchir le seuil. "Une dernière chose. Quand vous imprimerez votre prochaine œuvre, choisissez bien vos mots. Les mots sont des armes. Et certaines armes se retournent contre ceux qui les manient."

Il disparut dans la pluie. Élise resta seule, le cœur battant, les doigts tremblants.

Elle savait ce qu'elle allait faire. Elle n'allait pas espionner les révolutionnaires pour lui. Elle allait utiliser cette accès – cette prétendue collaboration – pour entrer chez son père, trouver les registres, localiser Jean-Luc et le sortir.

Par la cage ouverte, elle volerait.

Mais au fond d'elle, une question demeurait : pourquoi ce journaliste conservateur s'intéressait-il autant à elle ? Pourquoi avait-il reconnu le nom de Jean-Luc si vite ? Pourquoi n'avait-il pas dénoncé son père à la police ?

Elle rangea le pamphlet dans le tiroir secret, sous la presse. Ses doigts rencontrèrent le bord du compartiment caché – et une enveloppe qu'elle n'y avait pas placée.

Le papier était épais, au chiffre doré. Elle l'ouvrit.

_Demain minuit. La chapelle Saint-Merri. Vous saurez qui a tué votre père._

_Signé : L_

La lettre de son père, la menace de "L" – Letellier. La main qui tenait son frère. Maintenant, une invitation.

Ou un piège.