La Fonderie des Mémoires
Lire le chapitre 12: The Girl in the Photograph
La fumée était encore chaude quand Elias revint sur les ruines de son atelier. Les charpentes calcinées s'élevaient comme des doigts noirs vers un ciel que l'aube teintait d'orange sale. La ruelle puait le pétrole brûlé et le caoutchouc fondu. Bert avait refusé de l'accompagner—mauvais pressentiment, avait-il dit. Elias n'avait pas insisté. Il ne lui faisait plus confiance.
Il écarta une poutre fendue du bout de son pied bot, puis s'accroupit. C'était là, contre le mur du fond, derrière la plaque de fonte où il rangeait ses limes. Sa cachette. Il repoussa les débris avec précaution—la chaleur avait tordu le métal, mais la cavité qu'il avait creusée dans la brique était encore en partie intacte.
Il glissa la main dans l'ouverture. Ses doigts touchèrent d'abord le coffret de bois qui contenait sa machine—il l'avait sauvée la veille. Il tâtonna plus loin, dans la poussière et les gravats. Sa main rencontra un objet plat. Du papier, protégé par une enveloppe de cuir graissé qu'il avait oubliée là, des années auparavant.
Il tira l'enveloppe. Le cuir craqua doucement. L'intérieur contenait une photographie encadrée de laiton terni et un bout de papier plié en quatre, jauni aux bords.
Elias souffla la suie qui recouvrait le verre. Son souffle resta suspendu dans sa gorge.
C'était Lila.
Elle avait huit ans peut-être, sur la photo. Une maigre robe grise, des tresses rousses qui lui tombaient sur les épaules, le menton levé avec cette expression butée qu'il connaissait si bien. Elle se tenait au premier rang d'un groupe d'une vingtaine d'enfants, tous vêtus de la même robe uniforme. Derrière eux, la façade massive en briques rouges d'une institution—un orphelinat, sans doute. Une enseigne en métal surplombait la porte, mais la photographie avait mal vieilli, et le nom était illisible.
Un steward de l'orphelinat de la Paroisse de Saint-Giles, si je me souviens bien.
"Qu'est-ce que t'as trouvé ?" La voix de Bert venait de la ruelle.
Elias se retourna. Bert se tenait à l'entrée, les mains dans les poches de son tablier sale, le visage encore chiffonné de la nuit presque sans sommeil. Il n'avait pas croisé le regard d'Elias depuis que le feu avait pris.
"Rien d'important," répondit Elias en glissant la photo dans sa veste. "Des restes."
Bert hocha la tête, sans insister. Elias n'aima pas la façon dont ses yeux parcouraient les décombres, comme s'il cherchait quelque chose de précis. Le mur du fond. La porte de la réserve. L'endroit exact où se trouvait son atelier secret.
Elias se força à regarder ailleurs. Il replia le papier—une adresse, écrite devait être d'une main féminine fine et penchée. *11, allée du Charbonnier, près de l'embarcadère de Blackwall.* Il n'y avait pas de nom, pas de date. Juste une adresse.
"Sinistre, cette photo, non ?" dit Bert en désignant un reste de cadre photographique qui dépassait des cendres—une image que Myler avait prise lors d'une commande, des mois plus tôt. "Tout ce qui reste, c'est des bouts de papier et du métal tordu."
"Le métal, ça se refond," répliqua Elias sans relever. "Le papier, une fois brûlé, c'est fini."
Bert remua la mâchoire. "Tu veux que je t'aide à fouiller ? Y a peut-être encore des outils dans la cave."
"Non." Le mot sortit plus sec qu'il ne l'aurait voulu. Elias se releva, brossa la cendre de ses genoux. "Occupe-toi de tes commandes. Je reviens à l'atelier dans l'après-midi."
Bert sembla hésiter, puis haussa les épaules et tourna les talons. Elias resta immobile jusqu'à ce que ses pas s'évanouissent dans le bruit lointain des tramways à vapeur. Il sortit alors la photo de sa veste, la tint à la lumière blafarde du matin.
Lila.
Des années. Il avait cherché pendant des années, après l'incendie qui avait tué leurs parents—pas un incendie accidentel, lui avait-on murmuré, mais il n'avait jamais su le fin mot. Sa sœur avait disparu dans la confusion, envoyée dans un orphelinat de la paroisse, lui avait dit un voisin. Puis la trace s'était perdue. Elias avait supposé qu'elle était morte, ou partie, ou qu'elle ne voulait plus entendre parler du frère qui n'avait pas su la protéger.
Et voilà qu'elle existait. Dans sa main. Vingt enfants, une institution dont le nom avait été noyé par les ans.
Il porta la photo à ses yeux, plissa les paupières. Derrière le groupe d'enfants, sur le mur de briques, une plaque de rue en émail bleu. Presque illisible—mais Elias avait passé des années à travailler le métal, et il connaissait la forme des lettres gravées dans la fonte.
*CHARGES STREET*.
Il resta là, accroupi dans les cendres de sa vie, à regarder le visage de sa sœur disparue jusqu'à ce que les premières cloches de la ville sonnent les sept heures.
Il trouva le bureau du registre des pupilles dans une arrière-salle de la mairie du district, derrière un comptoir de chêne taché d'encre. Il était déjà venu ici autrefois. On ne l'avait pas oublié.
"Vous, encore." La vieille femme à la visière verte leva un sourcil. "J'vous ai déjà dit, monsieur Thorne. Le registre de Saint-Giles a brûlé en '52. Toutes les admissions entre 1845 et 1855 sont perdues."
Elias déposa la photo sur le comptoir. "C'est une photo pas un registre. Elle date d'à peu près cette époque. L'orphelinat avait une enseigne en métal, derrière les enfants."
La femme bent le cou, examina le cliché. Ses yeux firent plusieurs allers-retours entre le groupe et le visage d'Elias.
"Cette fillette, là ?" Elle tapota le verre du doigt, à l'endroit où Lila se tenait. "Elle vous ressemble."
"Je suis au courant."
"Paroisse de Saint-Giles." Elle retourna la photo, examina le verso, puis la posa. "Mais l'orphelinat de Saint-Giles n'était pas sur Charges Street. Il était sur l'avenue des Saules. Les sœurs ont déménagé à Charges Street en 1853, après un différend avec le curé du quartier. Et ils n'étaient plus des sœurs à cette époque—le gouvernement avait confié la gestion à des administrateurs."
"C'était peut-être le déménagement."
"Pas cette année-là." Elle pressa ses lèvres minces. "En 1854, on a transféré ce qui restait d'enfants au *Pénitencier Millbank*. Les registres de Millbank sont incomplets—le bâtiment à moitié effondré en '57—mais je peux vérifier les listes de placement." Elle sortit un gros volume ficelé de cuir noir et l'ouvrit avec les gestes prudents d'un archiviste. Ses doigts coururent sur les colonnes de noms. "Filles... 1854... transfert d'octobre... vingt-trois fillettes..."
Elias retint son souffle quand elle s'arrêta.
"Il n'y a pas de *Thorne* sur cette liste." Elle releva les yeux vers lui. "Mais il y a une marque. Voyez-vous cette croix à l'encre rouge ? Ça veut dire que l'enfant a été retirée du registre par une tierce personne. En général—" elle huma l'air avec méfiance "—un travail pour les maisons de correction, ou d'autres établissements privés."
"Quel genre d'établissements ?"
La femme vérifia les pages précédentes, les lèvres remuant en silence. "Une délégation d'orphelins a été envoyée à un atelier de l'embarcadère de Blackwall en décembre 1854. Un fabricant qui prenait des apprentis. Le nom est ici..." Elle plissa les yeux. "*Compagnie Forge-Fondée. Gérant : Monsieur H. Ackroyd.*"
Elias sentit une décharge électrique lui traverser la nuque. *Allée du Charbonnier.* C'était à deux pas de l'embarcadère de Blackwall. Le papier qu'il avait trouvé dans l'enveloppe—cette adresse.—cette adresse qui était dans la même enveloppe où la photo avait été conservée.
Il remercia la femme d'un hochement de tête et sortit dans la rue. La brume du matin enveloppait les chevaux de trait et les fiacres. Il prit la photo, la regarda une dernière fois, puis son regard glissa vers le mot écrit au crayon au verso d'un vieux ticket: *"A. sait où est L. – il faut payer pour savoir."*
Ce n'était pas un indice. C'était une menace. Le signataire n'avait pas laissé de nom, seulement une corne de brume gravée grossièrement—le blason de la Compagnie Gantham, qui transportait du charbon sur la Tamise.
Elias replia le papier dans sa veste. Il regarda vers le sud, au-delà des toits, là où les cheminées des usines cracaient leur suie vers un ciel sale.
Bert avait dit qu'il rentrerait pour l'après-midi. Mais Elias ne rentrait pas. Il y avait une adresse à l'embarcadère de Blackwall, une compagnie qui fabriquait de l'acier pour l'Empire, et une petite fille aux tresses rousses qui souriait sur une vieille photo.
Il n'y avait pas de temps pour Bert. Il y avait à peine assez de temps pour une vie entière de rattrapage.
Il partit vers l'est, la photo collée contre son cœur qui battait à se rompre.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.