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La Garde de Nuit du British Museum

Lire le chapitre 2: The Codex Opens

Le couloir du département égyptien semblait plus long qu’à l’ordinaire. Eamon Cole ajusta sa torche, le faisceau dansant sur les vitrines poussiéreuses, mais son regard revint sans cesse vers l’étui de verre au centre de la salle. Le Codex des Échos reposait là, sous une cloche hermétique, ses pages de bronze sombre semblant absorber la lumière plutôt que la refléter.

Il consulta sa montre. Minuit moins une.

Le froid le frappa d’abord, comme une haleine de cave remontant les escaliers d’un vieux manoir. La température autour de la vitrine chuta de plusieurs degrés en quelques secondes, et son souffle se condensa en un nuage fugace. Puis vint le bourdonnement, plus fort que la veille, une vibration grave qui remontait le long de ses mollets et s’installait dans sa mâchoire, un peu comme le ronronnement d’un moteur à l’abandon.

— Juste une livraison, murmura-t-il pour lui-même. Une pièce temporaire. Rien à voir.

Il fit trois pas vers la cloche de verre et posa la paume sur sa surface tiède.

Le monde explosa.

Une décharge le projeta en arrière, les talons tournant sur le marbre poli avant que son dos ne heurte le socle d’une statue de Sekhmet. La douleur traversa son épaule, aiguë et brève. Sa lampe torche roula sur le sol, son faisceau traçant des arcs verticaux sur les murs avant de s’immobiliser contre la plinthe. Les lumières électriques du plafond vacillèrent une fois, deux fois, puis moururent complètement.

Le noir absolu. Puis un son.

Un déclic de pierre. Un glissement de grain. La Rosette de pierre, dans sa vitrine à l’autre extrémité de la galerie, s’embrasa d’une lueur ambrée, d’abord faible comme un feu de camp naissant, puis plus intense. Les trois écritures gravées sur sa surface — hiéroglyphes, démotique, grec — commencèrent à pulser en rythme, exactement au tempo de son cœur qui tambourinait contre ses côtes.

Les inscriptions quittèrent la pierre.

Elles s’élevèrent comme une fumée liquide, dessinant des lettres et des symboles qui flottaient un instant dans l’air, puis se projetèrent sur les murs de la galerie. Eamon se releva, l’épaule endolorie, et observa la transformation. Des hiéroglyphes couraient le long des frises supérieures. Des caractères grecs anciens s’enroulaient autour des colonnes de pierre. Du cunéiforme assyrien griffonnait sur les panneaux de bois sombres. En dessous, des glyphes mayas, des runes nordiques, des caractères arabes archaïques, des pictogrammes japonais anciens — une bibliothèque de langues mortes et vivantes, toutes émettant la même lueur pulsée, comme une conversation entre civilisations oubliées qui n’avaient jamais été censées se rencontrer.

Au centre de cette constellation d’écritures, le Codex commença à vibrer. Ses pages de bronze bougèrent, fit basculer doucement, puis une première page se souleva, comme si une main invisible la tournait. Une lumière blanche, pure, aveuglante, s’échappa de l’ouverture, et Eamon détourna le visage en levant un bras.

La lumière se rétracta aussi vite qu’elle était venue, laissant la galerie baignée d’une lueur crépusculaire bleutée, semblable à celle d’une luciole géante.

Le Codex était ouvert. Une double page pleine de symboles impossibles — des formes géométriques entrelacées, des spirales multiples, des figures à la fois humaines et bestiales, des points qui semblaient flotter au-dessus de la surface du bronze. Eamon s’approcha, prudemment cette fois, et crut reconnaître une structure. Une carte. Non — plusieurs cartes superposées, comme des calques lui appartenant à aucune ère précise, toutes convergeant vers un point unique. Un lieu qu’il connaissait.

Londres. La Tamise. Et au centre exact de la convergence, un bâtiment aux quatre tours familières.

Son musée.

Le symbole se déplaçait — non, se dilatait, comme une tache d’huile sur l’eau. Eamon recula, tira sa radio de sa ceinture, pressa le bouton d’appel.

— Conciergerie, ici Cole. Et un… il y a un problème dans la galerie égyptienne. Le Codex s’est ouvert. Je répète, le Codex s’est ouvert. Répondez.

Le haut-parleur grésilla dans le silence de la salle. Il pressa de nouveau.

— Bartlett ? Marston ? Vous me recevez ?

Un souffle statique, uniforme. Puis une voix déformée, à peine humaine, qui semblait couler du haut-parleur comme du métal fondu.

*« Écoute. »*

Eamon lâcha la radio qui claqua sur le marbre. Le son s’arrêta net. La lumière bleutée sembla s’intensifier, et il se rendit compte, un détail pris de retard, que les symboles sur les murs s’étaient réorientés. Tous. Leurs lignes se courbaient vers lui — vers le Codex — comme une assemblée silencieuse qui le regardait.

Son regard se posa sur le verre de la vitrine. Sur le socle métallique du Codex, il y avait une plaque d’inscription — fraîche, brossée, moderne. Il se pencha pour la lire. *« Codex des Échos, provenance inconnue, acquisition temporaire. Contenant : voix des vaincus. »* Au-dessous, en lettres plus petites, une note ajoutée à la main, comme si elle avait été gravée dans l’urgence : *« Ne le laissez pas parler. »*

Quatre mots. Trois d’entre eux soulignés d’un trait fin.

Les pages du Codex tournèrent d’elles-mêmes, une salve rapide et sèche, et la lumière bleutée se mua en un blanc laiteux qui coula le long des murs, le long du sol, se dirigeant vers la sortie de la galerie. Vers les escaliers. Vers la ville.

Eamon fit un pas pour bloquer le passage. La lumière glissa autour de lui, comme l’eau contourne une pierre. Il plongea la main dans le flux lumineux — rien. Aucune sensation. Le Codex continuait son travail, déversant sa lumière dans le musée, dans les couloirs, vers les collections du monde entier, dormant dans leurs vitrines, attendant ce signal.

Il se précipita vers l’autre issue, celle qui menait vers la grande nef, vers la sortie de service, vers la salle des horloges. Les ombres s’allongeaient contre les murs, et chaque vitrine qu’il dépassait semblait émettre un léger tintement, une vibration propre. La lumière le précédait toujours, suivant un chemin précis, une trajectoire qui ne devait rien au hasard.

Il s’arrêta dans l’embrasure de la porte menant à la salle des collections méditerranéennes. La lumière blanche s’accumulait sur une plinthe, juste devant la vitrine de la collection des scarabées. Un minuscule point doré y clignota, comme un œil ouvert dans l’obscurité.

Eamon pressa sa radio encore une fois, le pouce tremblant sur le bouton, et pour la première fois de sa vie, pria pour entendre une voix familière à l’autre bout.

Il n’entendit que le souffle de la lumière, un chuchotement granuleux, qui reprenait sans fin le même mot, avec une douceur écœurante :

*« … réveillez-vous… »*

Eamon fixa la radio morte dans sa main, puis le vitrail derrière la vitrine des scarabées. La lumière blanche pulsait, toujours plus insistante, comme un cœur qui apprend à battre.

Il n’était pas seul. Et quelque chose, dans le noir, venait de remuer.