La Garde de Nuit du British Museum
Lire le chapitre 3: Scarab in the Dark
La lumière de la torche électrique dansait sur les vitrines comme un insecte nerveux. Eamon Cole retint son souffle. Le grattement venait de quelque part sous le plancher, près de la salle égyptienne, là où la poussière ancienne semblait plus épaisse que l'air lui-même.
Il pivota, le faisceau balayant le sol de marbre poli. Et il le vit.
Un scarabée doré, de la taille d'une paume, jaillit de l'ombre d'un socle de granit. Ses élytres luisantes reflétaient la lumière comme du métal précieux, et ses pattes minuscules produisaient un cliquetis sec et rythmé sur le sol. La créature filait droit vers le centre du musée, vers la salle où reposait le Codex des Échos.
— Pas question, murmura Eamon.
Il s'accroupit, posa sa torche par terre, et saisit la corbeille métallique qu'il avait laissée contre un mur lors de sa ronde précédente. Elle était lourde, pleine de vieux papiers et de tasses en carton. Il la souleva à deux mains, visa, et l'abattit avec un fracas qui résonna sous la coupole.
Le scarabée glissa de côté, rapide comme un éclair, et la corbeille frappa le sol vide avec un bruit sourd. Des débris de café séché éclaboussèrent le marbre. L'insecte fit une embardée, zigzagua entre les jambes d'une statue de pharaon, et se précipita vers un mur orné de fresques funéraires.
— Merde.
Eamon lança sa corbeille de secours, mais le scarabée avait déjà atteint la grille d'aération, basse, juste au-dessus du sol. Il s'y engouffra avec une aisance qui semblait presque délibérée, son corps doré s'effaçant dans les ténèbres métalliques.
Un silence épais retomba.
Eamon s'approcha lentement, le cœur cognant contre ses côtes. Il s'accroupit devant la grille ventilo, braqua sa lampe à l'intérieur. Le conduit métallique s'étendait sur quelques mètres avant de plonger dans l'obscurité. Mais quelque chose brillait encore dans le faisceau — une fine traînée de poussière, grise et scintillante, comme du sable fin mêlé de mica.
Il tendit la main, toucha le dépôt du bout des doigts. C'était sec, presque crissant, et une odeur étrange s'en dégageait : résine, myrrhe, et quelque chose de plus âcre, comme de la pierre chauffée par un soleil inconnu.
Puis il aperçut la lueur.
Dans le conduit, à quelques centimètres de son visage, une petite étincelle rubis clignotait. L'œil du scarabée. Il regardait Eamon — pas comme un insecte regarderait, mais avec une étrange fixité, comme s'il l'évaluait.
Un instant plus tard, la lueur bascula et disparut dans les profondeurs du bâtiment.
Eamon se releva, le souffle court. Le conduit d'aération desservait tout l'étage. Il pouvait mener n'importe où — les salles grecques, la collection assyrienne, les salles souterraines du trésor. Et le Codex n'était qu'à cinquante mètres.
Il consulta sa montre. 00 h 47. Son remplaçant n'arriverait qu'à six heures. Il était seul, avec un musée entier qui semblait se réveiller autour de lui.
Il fallait prévenir quelqu'un. N'importe qui. Il sortit sa radio, pressa le bouton.
— Central, ici Cole. Je signale une intrusion. Je répète, une intrusion dans le bâtiment principal, secteur égyptien.
Un grésillement répondit. Puis une voix, déformée par les interférences, grave et lente :
— ... éveille-toi, gardien. Écoute.
Eamon lâcha la touche comme si la radio était chauffée à blanc. Le souffle lui manqua. C'était la même voix que celle du chapitre précédent, celle qui avait prononcé "écoute" avant de mourir. Elle revenait.
— Qui est là ? dit-il, la voix rauque.
Silence. Puis, très nettement, un rire — bref, presque humain, mais trop sec, trop cristallin, comme des pierres qui s'entrechoquent. La radio s'éteignit dans un souffle statique.
Eamon la fixa un long moment. Ses mains tremblaient légèrement, et il les serra en poings pour les stabiliser — une habitude de soldat, un geste appris pour dissimuler la peur devant les hommes qu'il commandait. Mais ici, il n'y avait personne à impressionner. Juste des statues et des ombres.
Il réfléchit. Un scarabée animé, sorti de la collection égyptienne. Il avait vu les vitrines intactes lors de sa ronde précédente. Aucun verre brisé, aucune effraction. La créature n'était pas sortie d'une boîte : elle était née des objets eux-mêmes, comme les hiéroglyphes qui avaient dansé sur les murs une heure plus tôt.
Le Codex agissait. Et il ne se contentait pas de parler — il réveillait ce qui dormait depuis des millénaires.
Il ne pouvait pas attendre les renforts. Il ne pouvait pas appeler la police, ni sa direction. Que dirait-il ? Et le scarabée se dirigeait vers le Codex. Vers le centre du réseau.
Eamon se mit en marche, d'un pas rapide mais mesuré, sa lampe torche en main. Il emprunta le couloir central, passant devant les statues de granit dont les yeux semblaient le suivre dans l'obscurité. Il connaissait chaque salle, chaque vitrine, chaque angle mort. Il avait arpenté ces couloirs des centaines de nuits, quand le silence était une routine et la solitude une habitude.
Mais ce soir, le silence avait changé.
Il perçut un son très faible, à la limite de l'audible. Un bourdonnement, grave et continu, qui semblait émaner du sol lui-même. Il s'arrêta, tendit l'oreille. Le bourdonnement montait et descendait par vagues, comme une respiration.
Il suivit le son. Il le menait vers la salle égyptienne, au-delà du sarcophage de granit, jusqu'à la vitrine des amulettes sacrées. Et c'est là qu'il le vit :
La vitrine qui contenait naguère une collection de scarabées en faïence, perles et pierres semi-précieuses était vide. Tous les objets avaient disparu, comme volatilisés. Sauf un : un socle en or massif, d'une forme conique, où reposait, posé délicatement, un petit scarabée sculpté dans un jade noir.
Un seul œil.
Rubis.
Il brillait dans l'obscurité, fixant Eamon avec une placidité terrible.
Eamon ne fit pas un geste. Un souffle d'air froid, soudain, parcourut la pièce, portant une odeur de myrrhe et de sable. Le scarabée de jade bougea une patte. Puis une autre. Et il se retourna lentement sur son socle, pour lui faire face.
Eamon vit une fine fissure apparaître dans l'obscurité, derrière la vitrine — un mince trait de lumière dorée, comme si quelque chose, juste derrière le mur, commençait à s'ouvrir.
— Et maintenant, je fais quoi ? murmura-t-il, la main sur sa radio éteinte.
Le scarabée répondit par un son. Pas un grattement — un cliquetis, net, articulé, presque comme une syllabe prononcée par un insecte.
— Réveille-toi, gardien. Les portes s'ouvrent.
La voix de la radio. Mais cette fois, elle venait du scarabée. Et dans sa pupille de rubis, Eamon vit quelque chose qu'il n'avait pas vu depuis des années de guerre : non pas une menace — mais une invitation.
Il recula d'un pas. Le musée entier semblait retenir son souffle.
Et quelque part, au loin, la porte monumentale de la salle grecque gronda, comme si d'immenses battants de pierre venaient de se mettre en mouvement.