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La Garde de Nuit du British Museum

Lire le chapitre 5: Old Wounds

La porte de pierre se referma derrière lui avec un grondement sourd, comme un estomac qui digère. Eamon cligna des yeux dans l'obscurité totale. L'air était sec, chargé de poussière ancienne. Il tâta sa ceinture, trouva sa lampe torche, l'alluma.

Le faisceau révéla un couloir étroit, les murs couverts de fresques égyptiennes fanées. Mais ce n'était pas un passage du musée qu'il connaissait. Les hiéroglyphes étaient inversés, comme si quelqu'un avait peint l'envers du monde.

— Hé.

La voix le fit sursauter. Il fit volte-face, la lampe braquée devant lui, le cœur cognant contre ses côtes.

Maggie se tenait à l'entrée du couloir derrière lui, une tasse de café à la main, l'air parfaitement à l'aise. Elle était en uniforme de sécurité, comme lui, mais elle portait les années avec une autorité que vingt ans de service dans ce bâtiment lui avaient conférée.

— Maggie, souffla-t-il. Tu m'as fait une de ces peurs.

— T'as vu un fantôme, mon petit ? demanda-t-elle, un sourcil arqué.

Le couloir derrière lui était maintenant vide de porte. Juste un mur de briques anciennes. Eamon jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, puis revint vers elle.

— Je... j'ai eu un moment. Une attaque de panique. Ça va passer.

Maggie le dévisagea longuement. Ses yeux clairs ne cillaient pas.

— Tu sais que c'est la troisième fois ce mois-ci que tu me sers cette excuse ?

Eamon passa une main sur son visage, sentant la sueur froide qui y perlait.

— Je gère.

— Tu gères tellement bien que t'étais en train de parler tout seul devant un mur, il y a deux minutes. J'ai tout vu sur les caméras.

Il sentit son estomac se serrer. Les caméras. Bien sûr. Il était gardien de nuit au British Museum, l'un des bâtiments les plus surveillés de Londres. Et il venait de faire un spectacle de magicien dans la salle grecque.

— Qu'est-ce que t'as vu exactement ? demanda-t-il, la voix prudente.

Maggie but une gorgée de son café avant de répondre, lentement, comme si elle goûtait ses mots.

— J'ai vu un homme qui a peur. Et j'ai vu une porte qui n'aurait pas dû être là.

Le silence s'étira entre eux, lourd comme un drap mouillé.

— Maggie, je...

— Tais-toi. Elle leva une main. J'ai vu des choses dans ce musée, Eamon. Des choses qui n'existent nulle part ailleurs. Des ombres qui bougent toutes seules. Des statues qui pleurent. Des sons qui sortent des murs à trois heures du matin quand personne n'est censé être là.

Elle fit un pas vers lui. Son parfum – du tabac froid et de la lavande – emplit ses narines.

— Alors tu vas pas me raconter que t'as eu une attaque de panique, parce que je sais ce que ça fait, une vraie. J'ai vu mon mari en avoir une dans une ruelle de Belfast en 98, et ça avait pas cette tête-là. Ça avait une tête de mort, pas une tête de type qui vient de voir un miracle.

Eamon ouvrit la bouche, se ravisa, puis la referma.

Elle marqua un temps.

— Je sais pour l'Afghanistan.

Le mot le frappa comme une balle. Il recula d'un demi-pas.

— Quoi ?

— Danny Lastran. Ton équipier. L'accident.

Sa mâchoire se contracta.

— C'est pas dans mon dossier. C'est classifié.

— Le musée, dit Maggie, a ses propres secrets. Ses propres fichiers. Ses propres... amitiés. Elle parlait doucement maintenant, presque maternelle. On fait des vérifications sur les gens qu'on engage. On sait d'où ils viennent. Et certaines de nos sources ont une longue mémoire.

Il voulut lui demander comment elle savait. Il voulut demander comment le British Museum avait accès à des informations militaires classifiées. Mais quelque chose dans la façon dont elle le regardait lui dit qu'il ne recevrait pas de réponse directe.

Le faible bourdonnement du Codex résonnait encore quelque part dans sa tête, comme une dent cariée.

— Ce qui s'est passé là-bas, dit-il lentement, ce n'était pas... un accident.

Maggie hocha la tête, comme si elle attendait ces mots depuis longtemps.

— Je sais.

— Non, tu ne sais pas. Il y a des choses que tu ne peux pas—

— La vallée de Bamiyan, dit-elle simplement. Les statues de Bouddha. Le sable rouge. La chaleur. Et ce que t'as trouvé dans le sable.

Le sol se déroba sous ses pieds. Personne ne savait. Personne, sauf les deux autres types de son unité, et l'un était mort et l'autre avait disparu.

— Comment... souffla-t-il.

— Le musée te doit une dette, Eamon. C'est pour ça que t'es ici. C'est pour ça que t'es en poste de nuit. Ils t'ont placé là parce que tu as déjà vu ce que tes yeux refusent de croire.

Un bruit sourd retentit quelque part dans les profondeurs du musée. Un son de pierre qui se déplace. Maggie ne sembla pas y prêter attention, mais ses doigts se resserrèrent sur sa tasse.

— Les tunnels d'entretien, dit-elle. Ils s'étendent sous tout le musée. Plus bas que le public ne le sait jamais. Plus bas que les archives. On y accède par la salle des machines, derrière la chaufferie.

Elle glissa une main dans sa poche et en sortit une clé ancienne, en cuivre, ornée d'un scarabée gravé.

— C'est pour toi. Elle la tendit vers lui. Il la prit, sentant le métal froid et lourd dans sa paume. C'est un passage vers ce que les visiteurs ne verront jamais. Si ce que je pense se passe, tu en auras besoin.

— Qu'est-ce qui se passe, Maggie ? demanda-t-il, la clé serrée dans son poing.

— C'est le Codex, n'est-ce pas ? dit-elle, une lueur étrange dans son regard. Le nouveau venu. Celui qu'on a fait venir de Syrie.

Il hocha la tête.

— Il fait des choses. Des choses que je ne peux pas expliquer.

— Le Codex des Échos, murmura-t-elle, comme si elle citait un texte sacré. On dit qu'il ne s'ouvre jamais pour ceux qui veulent lire. Seulement pour ceux qui doivent écouter.

Un silence. Puis elle se tourna vers le couloir par lequel il était venu, maintenant un mur de briques ordinaires. Elle le regarda un long moment.

— Il y a quatre portes, dit-elle. Je les ai vues sur de vieux plans, dans les archives de la fondation. Quatre portes, une par direction cardinale, chacune scellée par une relique spécifique. Si elles s'ouvrent toutes...

— Quoi ?

— Le passé ne restera pas au musée, Eamon. Il ira se promener dans Londres.

Elle vida son café d'une traite, jeta la tasse dans une poubelle à proximité, et le regarda avec une intensité nouvelle.

— T'as douze minutes avant la fin de ta ronde. Utilise-les pour décider si tu veux descendre ou non.

— Comment je saurai où aller ?

— Tu le sauras. Le musée t'a choisi. Il te montrera.

Elle tourna les talons et s'éloigna dans le couloir de la galerie grecque, sa silhouette diminuant progressivement. Avant de disparaître complètement, elle s'arrêta et dit, sans se retourner :

— Et Eamon ? Ce Danny Lastran. Celui qui t'a envoyé un message la semaine dernière.

Le sang se glaça dans ses veines.

— Comment tu sais qu'il m'a envoyé un message ?

— Parce que je lis ce qui ne devrait pas être lu, dit-elle. Et parce que ton téléphone a vibré trois fois pendant que tu étais au milieu des statues. Il faut que tu regardes.

Elle disparut dans l'ombre.

Eamon resta seul dans le silence, la clé de cuivre glacée contre sa paume, le cœur battant la chamade. Il tira son téléphone de sa poche. Pas de signal dans les entrailles de pierre du musée. Il remonta vers la surface, vers la lumière jaune des lampes de sécurité, vers l'endroit où le signal revenait.

Les messages s'affichaèrent. Trois notifications d'actualités. Il ouvrit la première.

"Corps identifié près de la Tamise : Daniel Lastran, 34 ans, ancien soldat britannique, porté disparu il y a deux ans."

Il dut relire trois fois. Danny étaient morts. Danny le seul autre survivant de cette nuit-là. Danny qui, une semaine plus tôt, lui avait envoyé un texto cryptique :

"Les reliques se souviennent. Elles ont retrouvé la trace. Rapproche-toi du noir, Eamon. Il est temps que tu écoutes ce que disent les pierres."

Eamon baissa le téléphone. Sa main tremblait. Il regarda la clé de cuivre, puis la direction de la chaufferie.

Danny mort. Les reliques réveillées. Le passé qui se lève.

Il commença à marcher.