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La Ligne Au Dela Des Dunes

Lire le chapitre 2: — AZHAR

Le voyage dura presque dix-huit heures avec une escale à Istanbul.

Julien passa la moitié du trajet à relire des dossiers techniques. Les notes internes employaient des expressions prudentes : difficultés de coordination, rendement inférieur aux prévisions, tensions entre équipes, aléas climatiques majeurs.

Dans le métier, cela signifiait généralement que les problèmes étaient plus graves que les mots.

À l’aéroport d’Azhar, un homme tenait une pancarte JULIEN MOREL.

— Monsieur Morel ?

Julien répondit en arabe.

L’homme éclata de rire.

— Enfin ! Quelqu’un qui ne me demande pas de répéter mon anglais trois fois. Youssef Benali.

Un autre ingénieur les rejoignit. Silhouette fine, pantalon de chantier trop large, casquette basse, foulard remonté jusqu’au nez.

— Camille Delcourt. Structures.

La voix était basse, volontairement neutre. Julien n’y prêta guère attention.

Le quatrième passager les attendait déjà dans le 4x4.

Hugo Perrin venait de terminer son master. Il avait des lunettes impeccables, un ordinateur neuf et une confiance intellectuelle que le désert allait bientôt maltraiter.

— J’ai lu tout le dossier, annonça-t-il. Le problème de sable mobile n’est pas si compliqué, théoriquement.

Youssef regarda Julien.

Julien regarda Youssef.

Ils décidèrent ensemble de ne pas répondre.

La ville disparut derrière eux. La route traversa une plaine sèche avant de s’enfoncer dans les dunes rouges.

Youssef expliqua que plusieurs kilomètres de plateforme préparée avaient été dégradés après une tempête. Les protections habituelles n’avaient pas suffi. Certains secteurs avaient été ensevelis, d’autres affouillés.

— La température au sol dépasse parfois soixante-dix degrés, ajouta-t-il. Et l’air approche cinquante.

Hugo cessa de parler de théorie.

Puis un pneu éclata.

Le véhicule partit en travers, heurta une bosse et bascula dans une cuvette de sable.

Le monde devint bruit, poussière et airbags.

Julien reprit ses esprits avec un goût de sang dans la bouche.

— Tout le monde répond !

— Vivant, lança Hugo.

— Ça va, dit Camille.

Youssef jura en arabe.

Ils sortirent par la portière supérieure. Personne n’avait de blessure grave. Le téléphone de Youssef, lui, était détruit. Les autres n’avaient aucun réseau.

— Le chantier ? demanda Camille.

— Deux ou trois heures à pied, répondit Youssef.

Julien demanda où se trouvait la route principale.

— Quinze minutes derrière nous.

— On repart vers la route.

Ce fut la première décision vraiment utile de la journée.