La Liste de la Veuve
Lire le chapitre 34: The Pharaoh's Trap
Le sable brûlait à travers les semelles de ses bottes, une chaleur qui remontait le long de ses jambes comme une fièvre. Élodie plissa les yeux contre l'éclat blanc de l'après-midi, scrutant la ligne tremblante de l'horizon. Derrière elle, Ashworth avançait en boitant, la main pressée contre son flanc, et elle ralentit pour l'attendre sans qu'il le remarque.
Le guide, un homme nommé Selim, marchait devant eux d'un pas régulier, son burnous bleu fouetté par le vent sec. Il les menait depuis trois jours vers le sud-est, à travers des étendues de cailloux et de dunes basses, prétendant connaître un passage sûr vers Nantes.
Il mentait.
Elle vit le changement avant de le comprendre. Selim ralentit, puis s'arrêta, la tête légèrement inclinée comme s'il écoutait quelque chose dans le vent. Mais ce n'était pas le vent qu'il entendait. C'était le cliquetis métallique des fusils qu'on armait, là-bas, derrière la crête de la dune.
« Couchez-vous ! » hurla-t-elle.
La détonation déchira l'air en même temps que sa phrase. Ashworth plongea vers la gauche, roulant sur le sable dans un grognement de douleur, et Élodie tira son pistolet de sa ceinture, s'accroupissant derrière un affleurement rocheux à peine assez haut pour la cacher. Selim, lui, ne bougeait pas. Debout, les bras légèrement écartés, il contemplait les soldats français qui surgissaient de derrière la dune en criant, leurs uniformes bleus rendus gris par la poussière.
« Traître », souffla-t-elle.
Ashworth tira. Un soldat s'effondra en avant, mais ils étaient huit, peut-être dix, et ils avançaient en demi-cercle, disciplinés, couvrant leurs flancs. Élodie visa et tira, touchant un second homme à l'épaule, puis elle saisit le bras d'Ashworth et l'entraîna vers la descente derrière eux.
« Courez ! »
Il voulut protester, mais son visage blêmit sous l'effort et il trébucha. Elle le rattrapa, passa son bras sous le sien, et ils dévalèrent la pente sablonneuse dans une glissade de pierres et de poussière. Les balles sifflèrent au-dessus de leurs têtes, martelant le sol à leurs pieds.
Ils coururent. Longtemps. Assez longtemps pour que le soleil décline et que la fusillade s'éteigne derrière eux, absorbée par la distance et le silence croissant du désert. Élodie s'arrêta enfin, les mains sur les genoux, la poitrine en feu. À côté d'elle, Ashworth s'effondra sur le sable, le visage gris, la main pressée contre sa blessure rouverte. Le sang suintait entre ses doigts, sombre sur le tissu clair.
Elle déchira un morceau de sa chemise, le lui tendit. « Comprime. Nous devons trouver de l'eau. »
Il acquiesça, trop épuisé pour parler. Le soleil glissait vers l'horizon, teignant le désert d'ambre et de cuivre. Élodie se redressa et scruta les alentours. Rien. Pas de route, pas d'oasis, pas un arbre. Juste la monotonie du sable, doucement ondulée comme une mer figée.
« Il les a menés à nous », dit-elle enfin, la rage sourde dans la gorge. « Je le savais. Je l'ai vu dans ses yeux, depuis le premier jour. »
Ashworth leva la tête, ses traits tirés. « Selim est à eux maintenant. Ils le garderont, ils le tortureront. Il sait où nous allons. Il sait pour Moreau. »
« Il sait ce que nous lui avons dit. Rien sur Moreau. »
« Il sait assez pour nous faire pendre. »
Élodie s'accroupit, resserra le bandage de fortune autour du flanc d'Ashworth. « Nous pouvons atteindre la côte en trois jours sans guide. Nous avons une boussole, une carte. »
« Ils nous chercheront. »
« Ils chercheront un homme et une femme, affamés et sans eau. Nous n'avons pas le choix. »
Silence. Le vent se leva, porteur d'une fraîcheur soudaine. Ashworth la regarda, et dans ses yeux elle vit autre chose qu'une douleur physique. Une décision qui pesait déjà avant qu'il ne la prononce.
« Nous ne partons pas. Je vais le chercher. »
Élodie cligna des yeux. « Quoi ? »
« Selim. Je vais revenir le chercher. »
« Il a failli nous faire tuer. Il nous a vendus à la garnison française. Et tu veux le sauver ? »
Ashworth ferma les yeux un long moment. Quand il les rouvrit, il avait l'air plus vieux, plus las, mais aussi plus résolu. « Il m'a sauvé la vie à Alep, il y a trois ans. Sa famille a caché des agents britanniques pendant deux mois. Il nous devait rien, Élodie. C'est nous qui lui devons. S'il a été capturé, c'est parce qu'il nous accompagnait. »
« C'est parce qu'il nous a trahis. »
« Les deux ne sont pas incompatibles. » Il se mit debout avec difficulté, appuyant un instant sur son genou, puis se redressa. « Un homme peut avoir une dette ancienne et une trahison récente. Cela ne m'autorise pas à l'abandonner. »
La colère monta en elle, chaude et amère. Elle pensa à Pierre, à la façon dont les principes et l'honneur l'avaient conduit devant un peloton d'exécution. Ashworth allait se faire tuer pour un guide qui les avait vendus. Pour un principe. Pour une dette.
« Tu ne peux même pas marcher jusqu'à cette dune », dit-elle durement.
« Alors tu m'aideras. »
Elle le regarda, et quelque chose dans son visage la retint. Ce n'était pas de l'entêtement. C'était de la certitude. Elle avait vu cette expression une fois, sur le visage de Pierre, la veille de son arrestation, quand il lui avait dit qu'il devait témoigner quoi qu'il arrive.
« Il est capturé où ? » demanda-t-elle, en sortant la carte de sa poche.
Ashworth se pencha, traçant une ligne du doigt. « Il y a un campement à un jour de marche au nord-est. Une garnison réduite, peut-être une douzaine d'hommes. Nous pourrions le sortir pendant qu'ils dorment. »
« Une douzaine d'hommes. » Elle éclata d'un rire sans joie. « C'est la mission la plus insensée que tu aies jamais proposée. »
« Est-ce que cela signifie que tu acceptes ? »
Elle plia la carte, la glissa dans sa manche. « Cela signifie que si tu meurs en chemin, je t'enterrerai dans le sable et je continuerai seule vers Nantes. »
Le crépuscule tomba rapidement, comme un rideau. Ils marchèrent en silence vers le nord-est, contournant les zones les plus découvertes, les ombres s'allongeant devant eux. Ashworth avançait lentement, mâchoires serrées contre la douleur, mais il avançait. Une fois, Élodie lui offrit de faire halte. Il refusa.
« Pas encore. Nous sommes proches. »
Ils atteignirent le campement peu avant minuit. Les feux brûlaient bas, la sentinelle sommeillait adossée à un muret de pierre. Élodie compta les silhouettes. Dix. Peut-être onze. Les tentes étaient dressées en cercle, et au centre, ligoté à un poteau, Selim était assis dans la poussière, la tête pendante.
Ashworth posa une main sur son bras, un geste bref, et ils rampèrent vers le périmètre. La lune était haute, la nuit claire. Trop claire. Élodie dégaina son couteau, rasa le mur de pierre jusqu'à la sentinelle, et appuya la lame contre sa gorge.
« Un son », murmura-t-elle. « Un seul. »
L'homme trembla, se figea. Elle défit la courroie de son fusil, le jeta silencieusement dans le sable, puis le poussa et le ligota rapidement, bâillonné avec un morceau de son propre uniforme.
Ashworth était déjà auprès de Selim. Le guide leva la tête, et son regard croisa celui d'Ashworth. Il ne prononça rien. Il n'y avait rien à dire. Ashworth trancha les liens et aida Selim à se lever. Ils retraversèrent le camp en douceur, franchirent le muret, et commencèrent à courir.
Derrière eux, une voix s'éleva. Un cri. Puis un coup de feu, et puis plusieurs.
Ils coururent. Longtemps. Le terrain changea, se fit rocailleux, puis sableux, puis ferme. Élodie ne regardait pas derrière elle. Elle ne regardait que l'ombre d'Ashworth devant elle, la silhouette fragile mais obstinée qui ne tombait pas. Finalement, ils s'effondrèrent dans une cuvette de terre grise, haletants.
Quand elle releva la tête, la nuit avait pâli à l'est. Le désert s'étendait devant elle, et là — elle cligna des yeux — il était vert. Vert sur une étendue de plusieurs centaines de mètres, improbable, irréel. Une oasis fantôme.
« Regarde », souffla-t-elle.
Ashworth se redressa, suivit son regard. « Ce n'est pas une illusion. C'est une nappe phréatique. Nous pouvons nous ravitailler. »
Selim, derrière eux, se signa et murmura quelque chose en arabe qu'elle ne saisit pas. Il marcha vers l'oasis, les mains ouvertes, puis s'arrêta soudain.
« Il y a quelque chose. Là. »
Élodie s'avança. Au milieu de l'herbe rase, une pierre taillée, à peine plus haute que son genou, se dressait dans l'ombre d'un palmier mort. Une croix avait été grossièrement gravée dans sa surface.
Elle tomba à genoux sans comprendre pourquoi. Les lettres étaient irrégulières, creusées par une main malhabile ou pressée. Elle leva la main et les toucha, et son cœur se serra si fort qu'elle crut qu'il allait éclater.
P. MARCHAND. 1803.
Ses doigts glissèrent sur les lettres usées par le vent. Pierre. Elle ouvrit son col, retira la montre qu'elle portait contre sa peau depuis des mois, celle qu'elle avait prise dans sa chambre le matin où on était venus lui annoncer qu'il était mort. Elle la tourna dans sa main, sentit le poids de l'or tiédi par son corps.
— Il est mort ici, dit-elle d'une voix qu'elle ne reconnaissait pas. Il n'est jamais allé en Égypte avec l'armée. Il est venu pour chercher quelque chose. Et quelqu'un l'a tué.
Elle déposa la montre contre la pierre. Du bout des doigts, elle effleura le sol. Le vent souffla, chaud, et pendant un instant elle crut sentir une présence, douce comme une main sur son épaule.
Puis Ashworth posa la main sur son bras.
— Il faut partir. Les tirs nous ont signalés.
Elle hocha la tête et se releva. Mais cette fois, quand elle se redressa, elle n'était plus tout à fait la même. Le poids de la mission s'était alourdi. Sous ses pieds, la terre d'Égypte n'était plus un passage vers Nantes. C'était un cimetière. Et celui qui avait tué Pierre était peut-être encore là.
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