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Lire le chapitre 35: The Last Stand
La pluie battait les pavés quand Élise rejoignit les autres derrière le camion renversé. L'odeur de poudre et d'essence emplissait l'air du boulevard. Paul était adossé contre un mur, la main pressée sur son flanc, le souffle court mais les yeux vifs.
— Il va passer par là, murmura-t-il. C'est la seule route vers l'est qui n'est pas encore bloquée.
— Tu en es sûr ? demanda Marcel, le visage tendu sous sa casquette.
— Duras ne prend jamais les grands axes. Trop voyant. Mais la rue de Rivoli est coupée, les ponts surveillés. Il lui reste ce passage.
Élise vérifia le chargeur de son pistolet, volé à un officier ivre trois semaines plus tôt. Ses doigts tremblaient à peine. Antoine était allongé derrière une pile de sacs de sable, le bras en écharpe, la pâleur de sa peau accentuée par la lumière grise de l'aube. Il lui sourit faiblement.
— Tu devrais être à l'hôpital, dit-elle.
— Et rater ce moment ? Jamais.
Un sifflement lointain. Paul se redressa, grimaçant.
— Ils arrivent.
La voiture noire apparut au bout de la rue, roulant lentement, hésitante. Derrière elle, un camion militaire. Élise compta les secondes. La barricade de pavés et de ferraille bloquait le passage à cinquante mètres. Duras ne pourrait pas faire demi-tour — la rue était trop étroite.
La voiture s'arrêta. Portière ouverte. Un homme en imperméable sortit, un pistolet à la main. Duras. Il scruta les toits, les fenêtres fermées, puis fit un signe. Deux soldats du camion descendirent, armes levées.
— Il sait que nous sommes là, souffla Marcel.
— Bien, répondit Paul. Qu'il vienne.
Le coup partit sans avertissement. La vitre de la voiture explosa. Les soldats ripostèrent, et soudain la rue entière devint un enfer de détonations et de fumée. Élise tira, visa la silhouette de Duras, mais il s'était jeté derrière le camion. Une balle siffla à son oreille, ricocha sur le pavé.
— Antoine, couvre-moi ! cria-t-elle.
Il se redressa, tira trois fois. Un soldat tomba. Le second recula derrière le véhicule. Élise courut, baissée, longeant les murs criblés d'impacts. Elle atteignit une porte cochère et s'y adossa, le cœur cognant.
Duras était à quinze mètres, accroupi derrière l'arrière du camion. Il la vit. Leurs regards se croisèrent. Et il sourit.
— Élise Dubois, dit-il en élevant la voix. Quelle ténacité. Mais vous savez ce qui arrive aux rats qui refusent de quitter le navire ?
— Vous parlez de vous, Duras ?
Il rit. Un bruit sec, sans chaleur.
— Votre frère est un menteur. Votre réseau est une illusion. La guerre elle-même n'est qu'une passade. Vous vous battrez, vous mourrez, et dans cent ans personne ne se souviendra de votre nom. Est-ce que ça en vaut la peine ?
Elle arma son pistolet.
— Mes amis s'en souviendront. C'est suffisant.
Elle tira. La balle frappa le pneu du camion, qui s'affaissa avec un sifflement d'air. Duras jura et plongea derrière la roue. Un échange de coups de feu reprit entre Marcel et les deux derniers soldats du camion, qui tiraient depuis l'arrière du véhicule.
Un cri. Élise tourna la tête. Antoine était tombé, sa main ensanglantée pressée sur sa poitrine. Il avait pris une balle pour la couvrir. Elle voulut courir vers lui, mais il secoua la tête violemment.
— Reste ! Finis-le !
Duras en profita pour courir vers une ruelle adjacente. Élise jura et se lança à sa poursuite, ignorant l'appel de Paul derrière elle. La ruelle était étroite, sombre, encombrée de poubelles. Elle aperçut la silhouette de l'homme qui disparaissait dans l'ombre d'un portail.
Elle s'arrêta, haletante, le pistolet levé.
— Sortez, Duras. Il n'y a plus d'issue.
Silence. La pluie tambourinait sur le zinc des toits. Puis un frottement, à sa droite. Elle pivota.
Il était là, à trois mètres, son arme braquée sur elle. Une balle avait entaillé son front, et le sang coulait dans son œil, qu'il plissait sans baisser son bras.
— Vous avez raison, dit-il doucement. Il n'y a plus d'issue.
Ils restèrent face à face. Le temps semblait suspendu, lourd, irréel. Élise voyait tout : la fatigue dans les traits de l'homme, le léger tremblement de sa main, l'orgueil qui l'avait mené ici.
— Lâchez votre arme, dit-elle. Et vous vivrez.
Duras ricana.
— Vous me prenez pour un lâche ? Mourir en uniforme vaut mieux que vivre comme vous — écrasée, clandestine, invisible.
Il leva légèrement son arme. Élise sut avant de voir. Les heures d'entraînement dans la cave du général Leclerc lui avaient appris une chose : le geste précédait le coup d'une fraction de seconde.
Elle tira la première.
La balle frappa Duras en pleine poitrine. Il recula d'un pas, surpris, presque incrédule. Il baissa les yeux sur le sang qui s'étalait sur son manteau, puis releva la tête vers elle. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Sa main lâcha son pistolet, qui claqua sur le pavé. Il tomba à genoux, puis bascula sur le côté, sans un mot.
Élise resta immobile, le bras tendu, le canon encore fumant. Son souffle était rauque, irrégulier. Elle fit un pas en avant, puis un autre, jusqu'à ce qu'elle soit debout devant le corps. Elle le regarda longuement. Une partie d'elle s'attendait à ce qu'il se relève — un tour de plus, un mensonge de plus. Mais il ne bougeait pas.
Elle se retourna. À l'entrée de la ruelle, Paul était appuyé contre le mur, livide, un bras serré contre son flanc. Marcel venait derrière, soutenant Antoine, dont le sang coulait le long de son bras inerte.
— Élise, appela Paul. C'est fini ?
Elle hocha la tête. Puis elle l'entendit.
Un son lointain, modulé et persistant. Les sirènes. Non pas celles de la police allemande, mais celles des ambulances alliées, des véhicules militaires qui approchaient par le nord. Le bruit grandit, se multiplia, devint un chœur qui emplissait la ville entière.
Marcel laissa échapper un rire, presque incrédule.
— Ils arrivent. Les Américains, les Anglais, les Forces françaises... ils arrivent.
Antoine, adossé à lui, leva la tête vers le ciel gris qui commençait à s'éclaircir. Son visage était marqué, usé. Mais il souriait.
Élise baissa son pistolet. Le poids de la guerre, un instant, parut allégé.
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