La Longue Tromperie
Lire le chapitre 12: The Relic's Secret
La salle des archives oubliées sentait le métal froid et la poussière. Kaelen tenait le fragment de Log contre sa poitrine, le souffle court. Son autre main tremblait autour du Heartstone — la clé que Maris lui avait confiée, un losange d'obsidienne strié de veines lumineuses qui pulsaient comme un cœur artificiel.
Elle lui avait dit comment faire. Il n'avait pas tout compris, mais l'essentiel était là : insérer la pierre dans l'encoche sous le boîtier du Log, là où la coque semblait intacte, là où les archives officielles n'avaient jamais osé regarder.
— Respire, murmura-t-il pour lui-même.
Il retourna le fragment, cherchant la fente à tâtons. Ses doigts trouvèrent un renfoncement à peine perceptible, presque invisible à l'œil nu. Le Heartstone s'y emboîta avec un clic net, et une lumière ambre se répandit le long des arêtes du Log.
Un panneau coulissa. À l'intérieur, nichée dans un compartiment capitonné de mousse synthétique, une capsule d'échantillonnage — étiquette biométrique encore brillante, code-barres fraîchement apposé.
Kaelen la saisit entre deux doigts. L'étiquette portait le sceau du département de quarantaine. Un sigle rouge, triangulaire, qu'il avait vu dans les manuels d'entretien de l'école technique : *Pathogène de classe A*. Et en dessous, en caractères pâles :
*"Peste Fondatrice — souche primitive non stabilisée."*
Il relut trois fois. La Peste Fondatrice n'avait jamais existé — c'était le mensonge officiel, le prétexte inventé par les familles pour maintenir leur emprise. Sauf que ce n'était pas un prétexte. C'était un flacon. Un flacon réel, tangible, suffisant pour anéantir une génération entière.
Ses doigts se resserrèrent autour de la capsule. Sa sœur Lyra avait disparu en enquêtant. Et le Log, dans ses profondeurs cryptées, venait de lui révéler que la peste n'était pas qu'un instrument de terreur passé. La souche était datée. Elle avait été scellée après l'arrivée. Mais la signature d'autorisation, tout en bas, portait le sceau du capitaine actuel.
Bel.
La technocrate.
Kaelen sentit son estomac se nouer. Les manifestants des ponts inférieurs, la grogne qui montait depuis des mois, les réparations sabotées, les allocations bloquées — Bel avait un problème de légitimité à régler. Et quoi de mieux qu'une menace réelle, profilée, prête à être réactivée, pour justifier un état de siège permanent ?
Il remit la capsule dans son compartiment, referma le panneau d'un geste sec. Il n'avait plus que peut-être quatre heures avant l'aube artificielle. Il fallait sortir d'ici, garder ce Log, trouver Bel ou Serein — ou quelqu'un qui saurait quoi faire.
Un bruit. Derrière lui. Métallique.
Il se retourna, le Heartstone toujours dans une main, le Log dans l'autre.
Trois gardes de Lord Cassian se tenaient dans l'embrasure de la chambre de service, armes levées, visières baissées. Derrière eux, plus grand que la porte, se dessinait la silhouette d'un quatrième homme — silhouette dont Kaelen connaissait parfaitement les épaules carrées et la cape noire ornée des insignes de commandement des ponts supérieurs.
— Voss, dit Cassian, sa voix grave résonnant dans le silence de câbles et d'air recyclé. Tu as pris la mauvaise habitude de fouiller là où on ne t'a pas invité.
Kaelen chercha une issue — une grille d'aération, une trappe — mais les gardes avaient couvert les angles, bloquant les trois issues possibles. Sa main trouva une barre de maintenance sur le mur. Il l'empoigna, sachant pertinemment qu'elle ne lui servirait à rien contre trois fusils à impulsion.
Cassian fit un pas en avant. Ses bottes crissèrent sur le sol poussiéreux.
— Personne n'arrive à cet endroit sans savoir exactement où il va. Pas avec cette précision. Pas avec ce plan. Et pourtant, te voilà, le petit réparateur obstiné, avec un artefact historique entre les mains et cette expression que je connais bien : celle de quelqu'un qui croit savoir quelque chose.
Kaelen serra le Log plus fort. Le Heartstone, dans son autre main, semblait brûler.
— Je sais ce que vous avez fait, dit-il, la voix plus ferme qu'il ne l'avait prévue. La peste. Le vrai vaisseau. Vous avez menti pendant des générations pour garder le contrôle.
Cassian pencha la tête, un sourire mince apparaissant sous sa barbe soignée.
— Tu l'as très bien dit : la peste. La vraie. Tu crois que je suis le monstre ici, Voss ? Tu crois que j'ai orchestré tout cela ?
Il s'approcha encore. Les gardes n'avaient pas bougé, stats, attente.
— Le mensonge du vaisseau ? C'était nécessaire. Les familles, les ponts, cet équilibre fragile que nous maintenons depuis des siècles — tu crois que la vérité aurait été meilleure ? Tu crois que tes camarades des ponts inférieurs auraient accueilli l'arrivée comme une révélation lumineuse ?
Kaelen cracha par terre.
— Ils ont le droit de savoir.
— Ils ont le droit d'être maintenus en vie. Et la Peste Fondatrice, cette souche que tu tiens dans ta jolie petite capsule, est précisément là pour garantir cela.
Un frisson parcourut l'épine dorsale de Kaelen. Le capitaine. Bel.
— Vous ne pouvez pas...
— Je ne fais rien. Mais Bel, elle, a un plan. Elle va la libérer, Voss. Pas largement — suffisamment pour créer une nouvelle pandémie, suffisamment pour justifier un écrasement total des dissidences, suffisamment pour qu'on n'ait plus jamais à discuter de vérité ni d'arrivée.
Le visage de Kaelen se vida.
— Et vous le laissez faire ?
Cassian rit doucement, un son feutré, presque paternel.
— Je suis peut-être le méchant dans ton histoire, réparateur. Mais suis-je le pire ? Essaie de comprendre. Bel ne veut pas protéger son pouvoir. Elle veut purifier. Elle veut assainir. Et son assainissement commence par une souche que personne ne sait produire exiger.
Il fit un geste. Les gardes avancèrent d'un même pas.
Kaelen leva le Heartstone, cherchant désespérément un contact, un masque, un réflexe — mais un choc le frappa dans la nuque, et le monde bascula dans un flash blanc.
Quand il revint à lui, il était couché sur le sol de la chambre, les bras ligotés derrière le dos, le Log et le Heartstone emportés. Cassian se tenait au-dessus de lui, tenant la capsule d'échantillonnage entre deux doigts gantés.
— Tu aurais pu être utile, Voss. Mais tu as choisi la mauvaise pièce de l'échiquier.
Il se tourna vers les gardes.
— Emmenez-le. On va lui offrir un procès digne de ce nom. Ce serait dommage de priver le peuple de spectacle.
Kaelen sentit les mains puissantes des gardes le tirer vers la porte, le monde glissant dans un voile de douleur et de rage impuissante.
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