La Longue Tromperie
Lire le chapitre 18: The Internal Enemy
La passerelle de combat résonnait encore des derniers coups de feu quand Maris poussa la porte du sas. Derrière elle, la coursive de Deck 1 s'était tue, mais l'air sentait la poudre brûlée et le métal fondu. Leurs hommes — une poignée de mécaniciens, de foremen, et des volontaires des fermes — s'éparpillaient le long des parois, vérifiant les angles morts, les doigts sur les détentes.
Kaelen s'appuya contre le mur, la main plaquée sur son épaule. La douleur était devenue une chaleur sourde qui lui montait au cou, brouillant sa vision par intermittence. La fièvre n'était plus une menace lointaine ; elle cognait à l'intérieur de ses tempes comme un marteau.
« Deck 1 sécurisé, dit Maris en s'approchant. Les portes blindées sont verrouillées derrière nous. Bel ne pourra pas envoyer de renforts avant qu'on atteigne le Nexus.
— Et les systèmes de vie ? demanda Kaelen, la voix rauque.
— Fonctionnels. On a coupé les caméras, mais l'oxygène circule encore. »
Il hocha la tête et fit un pas. Ses jambes flanchèrent. Maris le rattrapa par le coude, les yeux plissés.
« Tu tiens à peine debout.
— Je tiens. »
Elle le lâcha, mais ne le quitta pas des yeux. Il savait ce qu'elle voyait : la peau terreuse, les pupilles dilatées, la sueur qui perlait à son front malgré l'air froid du pont.
« On a besoin de toi en état de parler, pas en état de tomber, dit-elle. On va faire une pause technique. Vingt minutes. »
Il voulut protester, mais un frisson lui parcourut l'échine. Ses doigts tremblaient.
« Vingt minutes, concéda-t-il. Pas plus. »
Elle le guida vers un renfoncement près d'une console éteinte, le fit asseoir dos au panneau, puis s'accroupit devant lui. Elle défit le pansement sommaire qu'il portait depuis le combat dans les couloirs de maintenance. La plaie suintait un liquide jaunâtre ; la chair autour était rouge, chaude.
« C'est infecté », dit-elle, le ton plat.
« C'est une balle. Ça s'infecte. »
« Pas aussi vite que ça. » Elle retira son gant et posa la main sur sa joue. « Tu brûles. »
Un crachotement monta de la radio de Maris. Elle la décrocha de sa ceinture et la porta à son oreille. Kaelen entendit une voix hachée, saturée de parasites, puis un mot qui le fit toutefois se redresser : « cassian ».
Maris écouta en silence, le visage se fermant progressivement. Quand elle rangea la radio, elle le regarda avec une expression qu'il connaissait bien : celle d'un rapport à faire qui ne porterait pas de bonnes nouvelles.
« Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda Kaelen.
— Il a diffusé un message sur le canal interne. Il dit que nous avons libéré un agent pathogène dans le système de ventilation pour créer un écran de fumée. Il recommande le confinement des quartiers infectés. Nos quartiers.
— Personne n'y croira.
— C'est déjà fait. » Maris s'assit en tailleur face à lui. « Une heure après ton discours, des toux ont commencé à se déclarer sur les decks intermédiaires. Pas une épidémie, juste assez pour semer la panique. Des cas isolés, soigneusement choisis.
Kaelen ferma les yeux. Le cœur de la manœuvre était la contagion — la crainte, la distance. Cassian n'avait pas besoin de tuer sa rébellion ; il lui suffisait d'instaurer la peur de la toucher. Les fermiers qui s'étaient tus, les intermédiaires qui hésitaient, tous allaient reculer devant la menace invisible.
«C'est faux, dit-il. On n'a rien relâché.
— Je le sais. Toi tu le sais. Mais eux ? »
Un homme en combinaison de technicien s'approcha, hésitant, et tendit un écran à Maris. Elle y jeta un coup d'œil, puis tendit l'appareil à Kaelen.
L'écran montrait une vidéo granuleuse : un homme en combinaison de radiologie, masque étanche sur le visage, introduisant un vaporisateur dans une bouche de ventilation sur le Deck 12. La date horodatée correspondait à leur propre infiltration du pont de communication.
« C'est un montage », dit Kaelen.
« Peu importe, dit Maris. Ce qui compte, c'est la façon dont l'image s'installe. Avec le verrouillage des ponts supérieurs, personne ne peut vérifier les faits. Ils ont une heure de guerre de l'information pour nous faire passer pour des empoisonneurs. »
Kaelen s'appuya contre le panneau, les yeux rivés au plafond métallique. Dans sa poitrine, la colère le disputait à la fièvre. Il avait cru que la vérité suffirait. Qu'une fois le secret dévoilé, les gens comprendraient. Mais Cassian n'avait pas à gagner la bataille du vrai — seulement celle du doute.
« Je dois parler à nouveau, dit-il.
— Tu es en train de brûler de l'intérieur. Et si tu te montres maintenant, dans cet état, ça ne fera que confirmer leurs mensonges. Un leader fiévreux, délirant, qui accuse l'autorité de tous les maux. »
Elle prit son visage entre ses mains, le forçant à la regarder.
« Kaelen. Écoute-moi. Tu as donné à ce soulèvement une voix. Mais une voix ne suffit pas quand l'ennemi s'attaque aux corps. Il faut que quelqu'un avance, maintenant, pendant que la route est ouverte. Et ce quelqu'un, c'est moi. »
Il ouvrit la bouche pour protester, mais un accès de toux le plia en deux. Le goût du sang lui monta aux lèvres. Quand il se redressa, la vision de Maris se troublait, bordée de taches sombres.
« Je ne peux pas te laisser y aller seule », dit-il, la voix étranglée.
« Tu ne me laisses pas y aller. Tu me couvres. » Elle désigna la console éteinte derrière lui. « D'ici, tu peux surveiller les flux vidéo, garder le contact avec Teska et les autres. Et si ce que dit le capitaine Bel est vrai — qu'elle puisse encore manœuvrer — tu seras là pour l'arrêter. »
Il ferma les yeux un long moment. La fièvre lui faisait voir des formes onduler derrière ses paupières. Puis il hocha la tête.
« Va. Mais prends le sergent Ellard avec toi, et deux éclaireurs. Ne engage pas le contact avec Cassian. Il n'est pas ta cible.
— La cible, c'est la passerelle de contrôle des quarantaines, dit-elle. Si je coupe les systèmes de confinement, Cassian perd son arme principale : la peur du confinement. Les gens comprendront que la menace était factice quand les portes s'ouvriront.
— Et si Bel l'a anticipé ? Tout ce qu'elle a fait jusqu'ici sentait la préparation. »
Maris se releva, ajusta son harnais et vérifia le chargeur de son arme. Elle ne regardait plus Kaelen, mais la coursive qui s'enfonçait vers le cœur du vaisseau.
« Alors on improvisera. »
Elle lui pressa l'épaule saine, une fois, et s'éloigna. Derrière elle, deux hommes et une femme se détachèrent du groupe et lui emboîtèrent le pas. Leurs silhouettes disparurent au détour du corridor. Le bruit de leurs bottes s'estompa, remplacé par le ronronnement constant des systèmes du Deck 1.
Kaelen tendit la main vers la console et la réveilla. L'écran s'illumina d'une carte du vaisseau. Des points rouges indiquaient les positions de ses combattants, des points bleus celles des unités loyalistes. Au centre, comme un cœur sombre, le Nexus de commandement des quarantaines.
Il s'obligea à respirer lentement, à chasser le bourdonnement de la fièvre. Chaque point rouge qui avançait était un morceau de lui-même qu'il confiait à Maris. Chaque point bleu qui se déplaçait était une inconnue qu'il ne pouvait pas prévoir.
« Je déteste être à l'arrière », murmura-t-il.
Une toux le plia de nouveau. Quand il se redressa, sa manche était tachée de sang. Il la regarda un instant, puis reporta son attention sur l'écran. Il avait cessé d'être un soldat, et il se demandait — dans une heure, dans deux — s'il serait seulement encore vivant pour témoigner de leur victoire ou de leur échec.
Au loin, un bruit sourd ébranla les structures. Le Nexus. Maris avait atteint les premières défenses. Les points rouges clignotaient.
Kaelen regarda ses hommes mourir sur une carte.
Il n'avait rien d'autre à offrir.
De l'autre côté du sas, le silence des coursives du Deck supérieur l'observait. Il se demanda combien de temps encore le peuple du vaisseau pourrait distinguer le vrai du faux entre son message de libération et les mensonges de Cassian. L'assaut du Nexus n'était qu'un premier pas. Même s'ils prenaient le contrôle du confinement, même s'ils révélaient les secrets du pont de commandement, il restait la chambre la plus dure : celle de l'esprit des gens, verrouillée avec une peur que ni les balles ni les discours ne pouvaient ouvrir.
Sa sueur gouttait sur le clavier.
Il haletait, cherchant une position moins douloureuse pour son épaule, et il se répéta sans conviction que la panique était la seule véritable muraille qu'ils devraient franchir. Maris n'avait peut-être pas tort de le laisser ici, affaibli — mais il allait devoir s'armer autrement que par la force, puis-qu'au fond de lui sa bataille à lui commençait à peine, une bataille qui ne se gagnerait pas à mains nues.
Il laissa glisser la tête contre le panneau de métal, les yeux encore ouverts sur la carte mouvante au bleu et au rouge, et il attendit que son corps se taise assez longtemps pour lui laisser la place de penser au prochain coup.
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