La Longue Tromperie
Lire le chapitre 25: The Message from the Planet
La salle de communication résonnait encore de l'écho des dernières transmissions rebelles lorsque la console centrale clignota d'une lumière verte qu'aucun d'eux n'avait jamais vue. Maris se figea, la main suspendue au-dessus du clavier.
— Kaelen. Regarde.
Il s'approcha en boitant, la douleur de sa blessure irradiant dans tout son flanc. Sur l'écran, un signal entrant s'affichait, étiqueté avec une signature de protocole qu'il n'avait pas vue depuis son enfance. Le code d'appel personnel de Lyra.
— C'est impossible, murmura-t-il.
Maris actionna l'ouverture du canal. La voix qui en sortit était fatiguée, éraillée par des années d'air recyclé et d'efforts, mais indubitable. Lyra.
« Kaelen. Si tu reçois ce message, c'est que tu as trouvé le chemin vers la surface. Écoute-moi bien. Les colons ont construit un canon anti-vaisseau. Rudimentaire, mais suffisant pour déchirer la coque d'un pod d'atterrissage ou d'une navette. Ils l'ont monté il y a trois ans, quand ils ont compris que le Navire n'atterrirait jamais. Ils se préparent à se défendre contre n'importe quel seigneur de guerre qui tenterait de descendre. »
La voix de Lyra se brisa légèrement.
« Mais je peux le désactiver. J'ai gagné leur confiance, travaillé avec eux, prouvé que je n'étais pas une menace. Si vous prouvez que vous venez en paix — vraiment en paix — je couperai l'alimentation du canon et je guiderai votre descente moi-même. »
Un silence de statique. Puis, plus basse :
« Kaelen. Il faut que ce soit toi qui viennes. Pas Bel. Pas un autre. Si c'est toi, je saurai que c'est fini. Fini pour de bon. »
Le message s'interrompit. Kaelen resta immobile, le regard fixé sur l'écran devenu noir. Maris observait son profil, les mâchoires serrées, les yeux brillants.
— Elle est vivante, dit-elle doucement. Elle t'attend.
— Et elle veut une preuve, répondit Kaelen. Une preuve que les gens qui descendent ne sont pas une armée de conquête.
— Nous ne le sommes pas.
— Bel l'était. Et il est déjà en bas. Les colons ont probablement déjà vu son pod atterrir. Ils doivent penser que nous sommes avec lui.
Maris fronça les sourcils.
— Alors il faut leur dire la vérité. Toute la vérité. Que le vaisseau est arrivé depuis des générations. Que les castes dirigeantes ont menti. Que nous ne venons pas pour conquérir, mais pour rejoindre.
— Et qui les croira ? demanda Kaelen. Nous sommes des inconnus. Ils ont passé leur vie à se méfier du ciel.
Il se tourna vers la console, ouvrit un canal de transmission large. Tout le vaisseau pourrait l'entendre. Tout le vaisseau et, si les relais fonctionnaient encore, la planète en dessous.
— Alors on ne leur demande pas de nous croire, dit-il. On leur demande de voir.
Il activa le canal.
« Ici Kaelen Voss, du Pont du Navire. Aux colons de la surface. Aux habitants du monde que nous avons atteint. Nous avons renversé le capitaine Bel et son régime. Nous avons découvert la vérité que vos ancêtres connaissaient avant nous : le voyage est terminé. Le Navire est arrivé il y a des générations. Ce monde est notre destination. »
Il marqua une pause. Sa blessure le brûlait, sa fièvre revenait par vagues, mais sa voix restait ferme.
« Lyra Voss, ma sœur, nous a dit que vous avez construit un canon pour vous protéger. Je ne vous demande pas de le démonter. Je vous demande de le braquer sur le vrai ennemi. Bel est déjà chez vous. Il a fui quand nous avons ouvert sa voûte. Il essaiera de prendre le contrôle de votre colonie comme il a pris le contrôle du Navire. Ne le laissez pas faire. »
Une autre pause. Il entendait la respiration de Maris derrière lui, le bourdonnement des systèmes du Pont.
« Nous demandons une chose : un canal de communication pour prouver que nous venons en paix. Un canal pour négocier. Lyra vous fera confiance si vous lui faites confiance. »
Le silence qui suivit fut le plus long de sa vie. Puis, un grésillement. Une voix, inconnue, rauque, avec un accent qu'il n'avait jamais entendu — un accent forgé par une vie entière passée sur un autre monde.
« Ici Novo Haven. Canal ouvert. Nous écoutons. »
Kaelen ferma les yeux. Derrière lui, dans le couloir, des pas précipités. La porte s'ouvrit. Izri entra, le souffle court.
— Kaelen. La purge de gaz s'étend. Elle atteindra les niveaux intermédiaires dans moins d'une heure. Et la moitié de l'équipage refuse de descendre — ils veulent rester sur le Navire, continuer vers la deuxième colonie. Ils disent que la promesse originelle doit être tenue.
Kaelen rouvrit les yeux. Sur l'écran, la voix de Novo Haven attendait. Lyra attendait. Et derrière lui, son propre équipage commençait à se déchirer.
Il n'avait pas le temps de soigner sa fièvre. Il n'avait pas le temps de négocier entre les factions. Il avait un vaisseau qui se purgeait, un monde qui doutait, une sœur qui croyait en lui, et un capitaine déchu quelque part en bas, prêt à tout.
Maris posa une main sur son épaule.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
Kaelen regarda le canal toujours ouvert vers Novo Haven.
— On prouve qu'on vient en paix. Et on prie pour que la vérité suffise.
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