La Longue Tromperie
Lire le chapitre 4: The Question of Lyra
La fumée avait à peine quitté ses poumons que deux hommes de la Garde du Capitaine le saisirent par les bras, dans le corridor du secteur Archives. Kaelen ne se débattit pas. Il laissa ses épaules s'affaisser, son visage marqué de suie, et il leur offrit un regard épuisé avant même qu'ils n'ouvrent la bouche.
— Incendie criminel, dit l'un d'eux, un homme au visage plat nommé Vikal. Vous étiez à l'intérieur du secteur scellé.
— J'étais dans le conduit de ventilation, répondit Kaelen d'une voix rauque. Quelqu'un a allumé un feu à l'entrée. J'ai failli mourir.
— Et pourquoi étiez-vous dans le conduit ?
C'était la question. Kaelen avait préparé la réponse en traversant les couloirs enfumés, les yeux irrités.
— Je réparais la boucle d'air du secteur ouest. Le registre des pannes le confirmera. Ensuite, j'ai pris le conduit pour éviter les zones de maintenance lourde. Personne ne m'a dit qu'une section scellée était interdite aux techniciens de mon niveau. La paperasse n'a pas suivi ma mutation temporaire.
Vikal plissa les yeux. Kaelen soutint son regard sans ciller. La vérité partielle était son meilleur bouclier : il avait bel et bien un ordre de maintenance pour la boucle d'air, tamponné par l'officier Renaud lui-même. L'incendie, lui, avait eu lieu après.
— Vous connaissez quelqu'un qui voudrait vous brûler vif ? demanda l'autre garde.
Kaelen haussa une épaule.
— La guilde des Électrons m'a pris un contrat la semaine dernière. Leur contremaître m'a dit de « surveiller mes réparations » si je ne voulais pas de problèmes. Je ne savais pas qu'ils en étaient à allumer des feux.
C'était un mensonge, mais un bon. La guilde des Électrons était connue pour ses méthodes brutales et ses querelles territoriales. Accuser un rival anonyme ne mènerait les gardes nulle part, sauf en rond.
Vikal lâcha son bras avec un grognement.
— Vous allez rester sous bracelet de surveillance jusqu'à la fin de votre mutation. Si vous quittez les Archives ou les decks autorisés, je le saurai.
— Parfait, souffla Kaelen. Je n'ai rien à cacher.
Ils le laissèrent dans le corridor, adossé à une paroi froide. La fumée s'accrochait encore à ses vêtements. Le secteur Archives était désormais scellé de l'intérieur, un ruban de garde fluorescent barrant l'entrée. Il ne verrait pas Elara avant des jours, peut-être des semaines.
Il lui fallait un autre angle.
Les quartiers de Jena se trouvaient dans les niveaux intermédiaires, juste sous la zone des officiers du pont. Une zone verte, luxueuse — l'herbe artificielle des jardins suspendus embaumait le corridor quand il arriva devant sa porte, deux heures plus tard. Le bracelet à son poignet émettait un bip discret pour chaque zone franchie, mais il n'avait pas encore atteint les limites autorisées.
Jena ouvrit après le troisième carillon. Elle avait les mêmes yeux bleu-gris que dans son enfance, mais son visage s'était affiné, ses cheveux tressés selon les modes des étages supérieurs. Son uniforme de commis au protocole était impeccable, orné de deux épingles en bronze.
— Kaelen, dit-elle sans chaleur. Il y a trop longtemps.
— Tu sais pourquoi je suis là.
Elle croisa les bras, adossée au chambranle.
— Ta sœur.
— Oui.
— Je t'ai déjà dit tout ce que je savais. Il y a quatre ans, quand tu es venu me voir.
— Tu m'avais dit que tu l'avais vue monter vers les ponts supérieurs. Pas où exactement.
Jena regarda par-dessus son épaule, dans le couloir vide. Puis elle soupira et s'écarta.
— Entre. Juste cinq minutes.
La pièce était petite mais propre, décorée de plantes artificielles et d'une reproduction de paysage terrestre — il supposa que c'était un paysage terrestre. Les images de l'ancienne Terre étaient rares. Kaelen s'assit sur le bord d'un siège trop moelleux, le bracelet de surveillance luisant à son poignet.
— Tu es suivi, remarqua Jena.
— Officiellement. C'est une longue histoire.
— Tu as toujours une longue histoire, Kaelen. Elle croisa les jambes. Qu'est-ce que tu veux savoir de plus ? J'ai vu Lyra monter vers les ponts, oui, c'était un cycle avant sa disparition. Elle avait l'air… déterminée. Pas effrayée.
— Vers quel pont précisément ? demanda-t-il.
Jena hésita. Elle regarda ses mains, puis la porte.
— Il y a des choses que je ne suis pas censée savoir. Le protocole du pont est régi par le Capitaine et son état-major. Les commis ne vont pas au-delà du niveau douze, sauf pour les cérémonies.
— Mais tu y es allée.
— Une fois. Pour la cérémonie des Fondateurs. Elle se mordit la lèvre. J'ai vu Lyra deux jours avant cette cérémonie. Elle montait l'escalier de service vers le niveau quinze. Celui qui mène directement au Pont de Commandement. Elle tenait une carte à la main.
Kaelen sentit son pouls s'accélérer.
— Une carte d'accès ?
— Pas la tienne. Celle d'un officier supérieur. J'ai reconnu le rouge. Elle… Jena hésita encore. Elle s'est retournée avant d'entrer dans le sas. Elle m'a fait signe de me taire.
Le geste de sa sœur. Lyra, toujours prudente, toujours observatrice, qui lui faisait signe de se taire. Cette image lui serra la gorge.
— Elle t'a vue ?
— Oui. Et elle n'avait pas peur. Elle avait l'air… déçue. Comme si elle attendait quelque chose qui n'était pas venu.
— Quoi ?
— Je ne sais pas. Mais elle avait la même expression que toi en ce moment. Jena le regarda droit dans les yeux. Celle de quelqu'un qui a trouvé quelque chose et qui n'a plus envie de reculer.
Kaelen se leva. Son esprit tournait déjà.
— Le niveau quinze. L'escalier de service — il mène encore au Pont ?
— Officieusement, oui. Il a été condamné après l'incident du Drift, il y a six ans. Une ancienne voie d'urgence. Mais les serrures… Jena baissa la voix. Les serrures sont vieilles. Des modèles mécaniques, pas électroniques. Mon cousin en maintenance me l'a dit. Elles ne répondent qu'à des cartes physiques.
La carte de Lyra. Il l'avait encore, dans sa poche intérieure, le plastique tiède contre sa poitrine.
— Quand il y a des cérémonies, reprit Jena, il y a des patrouilles renforcées. Mais le reste de la semaine, les niveaux quatorze et quinze sont presque déserts. Sauf le mercredi de rotation, quand l'équipe de nuit du Pont change.
— Aujourd'hui, c'est quel jour ?
— Mercredi.
Kaelen sourit. Un sourire froid, déterminé.
— Cette nuit.
Jena pâlit.
— Kaelen, si on te prend là-haut, même avec ta mutation, c'est la réaffectation aux champs d'épuration. Peut-être pire.
— Je sais. Il se dirigea vers la porte. Merci, Jena. Pour tout.
Elle le retint par le bras, sa prise plus ferme que son apparence ne le suggérait.
— Lyra n'est pas partie par choix. Je le sais. Je l'ai entendue parler avec une autre personne, deux jours avant sa disparition, dans le niveau onze. Une voix grave. Des bottes d'officier.
— Tu ne me l'avais jamais dit.
— Parce que je ne savais pas si tu étais prêt à l'entendre. La voix disait : « Si tu continues, nous devrons te faire taire. » Et Lyra répondait : « Le ciel ne ment pas. »
Kaelen resta figé.
— Le ciel ne ment pas ?
— C'est tout ce que j'ai entendu. Jena relâcha son bras. Va-t'en, maintenant. Et sois prudent.
Il descendit les escaliers de service, le cœur battant. Le ciel ne ment pas. Le message de Lyra sur le terminal caché : ILS MENTENT. REGARDE LE VRAI CIEL. Sa sœur avait trouvé la même vérité que lui, et elle en était morte — ou disparue, ce qui revenait au même dans ce vaisseau.
Le bracelet de surveillance bourdonna à son poignet, lui rappelant les limites de sa zone autorisée.
Cette nuit, il irait au niveau quinze.
Cette nuit, il saurait ce qui était arrivé à Lyra — et peut-être ce qui était arrivé à ce vaisseau.
Qu'il soit autorisé ou non.