La Longue Tromperie
Lire le chapitre 8: The Escape and the Map
La cellule sentait l'humidité et le métal rouillé. Kaelen comptait les fissures dans le plafond pour la troisième fois quand un déclic mécanique brisa le silence. La serrure de la porte grésilla, puis un léger *hiss* hydraulique annonça l'ouverture.
Il se leva d'un bond, le cœur cognant.
Serein se tenait dans le couloir, une main posée sur le panneau de contrôle, l'autre tenant un petit outil noir qu'elle rangea dans sa poche. Elle portait encore sa robe d'inquisitrice, mais sans l'éclat cérémoniel — les broches retirées, les plis défraîchis. Elle ressemblait à quelqu'un qui avait passé la nuit à marcher dans des conduits.
— Suis-moi, dit-elle sans préambule. On a environ quatre minutes avant que la ronde ne remarque l'anomalie sur la serrure.
Kaelen franchit le seuil, les jambes encore engourdies. Il serrait le médaillon de Lyra dans sa paume, comme un talisman. L'image de la salle de bal — les regards, l'accusation, les gardes — tournait encore dans sa tête.
— Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-il en trottinant derrière elle.
Serein ne ralentit pas. Elle tourna à gauche dans un corridor étroit, puis poussa une porte sans marquage qui donnait sur un escalier de service.
— Parce que je suis la seule personne à bord qui sait que la vérité ne sert pas ceux qui la détiennent. Elle sert ceux qui la libèrent.
Kaelen n'était pas convaincu. Mais il avait peu de choix, et le médaillon de Lyra dans sa poche était plus lourd que tout ce qu'il avait porté depuis des années.
Ils descendirent trois volées de marches, puis Serein s'arrêta devant une grille d'aération rouillée. Elle la souleva sans effort apparent — les charnières avaient été huilées récemment — et se glissa à l'intérieur. Kaelen la suivit, le métal froid contre son dos, rampant dans un conduit à peine assez large pour ses épaules.
L'espace sentait la poussière et le vieux câblage. La lumière ne provenait que de la lampe frontale de Serein, qui projetait des ombres mouvantes sur les parois.
Après une centaine de mètres, le conduit s'élargit en une petite cavité — un ancien nœud de maintenance, avec un banc de métal plié et des étagères vides. Serein s'accroupit, coupa sa lampe, et tira un rouleau de papier de sa ceinture.
— Voilà.
Elle déploya une carte dessinée à la main, les traits de craie grasse sur du papier recyclé. Kaelen s'agenouilla, scrutant les lignes.
— C'est le niveau cinq, dit-il, reconnaissant les sections de tuyauterie.
— Le niveau cinq, oui. Mais regarde ici.
Son doigt effilé suivit un couloir qui serpentait vers le centre — un passage que Kaelen ne reconnaissait pas. Sur les plans officiels, cette zone était marquée comme un réservoir d'eau vide depuis le lancement.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un passage oublié. Il mène directement sous la salle inférieure du Pont de Commandement. Les anciens plans ne le mentionnent plus depuis que le pont a été reconstruit après l'incident des moteurs. Mais il existe. J'y suis passée deux fois en quinze ans.
Kaelen étudia la carte. Des croix indiquaient des points de contrôle, des triangles des zones de détection, des cercles des trappes de maintenance.
— Pourquoi tu ne l'as pas utilisé toi-même ?
Serein releva la tête. Ses yeux étaient d'un gris pâle, presque translucide, comme si la lumière les traversait sans les toucher.
— Parce que je ne peux pas approcher le cabinet scellé sans éveiller les soupçons de mes supérieurs. Une inquisitrice qui fouille dans le Log officiel ? On me débiterait en pièces avant que je puisse prononcer un mot. Toi, tu es déjà un fantôme dans les machines. Personne ne te regarde.
— Sauf ce soir, dit Kaelen sèchement.
— Sauf ce soir, confirma-t-elle. Ce qui te rend encore plus utile. Ils cherchent un agitateur dans les cellules, pas un rat dans les conduits.
Elle plia la carte et la lui tendit. Kaelen la prit, mais au lieu de la ranger dans sa veste, il se baissa et la glissa sous la semelle intérieure de sa botte droite. Le cuir épais la masquait parfaitement.
— On ne sait jamais qui fouille nos poches, dit-il.
Serein hocha la tête, un infime sourire aux lèvres.
— Intelligent. Demain soir, vingt-deux heures, au nœud de ventilation de la pompe à eau niveau trois. Celui qui grince quand on ouvre la grille. Tu t'en souviendras ?
— La pompe à eau qui grince. Oui.
Il se releva, les jambes douloureuses à force de rester accroupi.
— Et après ? Si on obtient le Log, qu'est-ce qui se passe ?
Serein le regarda longuement, comme si elle pesait quelque chose. Puis elle dit :
— Après, j'ai un plan. Mais il nécessite que tu fasses confiance à une inquisitrice, et c'est peut-être la chose la plus difficile qu'on te demandera.
Kaelen pensa à Lyra. À son rire, à la façon dont elle disait que le ciel ne mentait pas. Il n'avait pas besoin de faire confiance à Serein. Il avait besoin de la vérité.
— J'ai survécu à un incendie criminel, à une cellule, et à une nuit entière de mensonges aristocratiques. Me faire confiance est la partie facile.
Serein sourit de nouveau — cette fois, un sourire plus franc, presque humain.
— Alors à demain, technicien Voss.
— À demain, inquisitrice.
Elle repartit dans le conduit en rampant, et Kaelen resta seul dans la cavité sombre, la carte contre sa cheville comme une seconde peau. Il ferma les yeux. Quelque part au-dessus de lui, les lumières du Pont de Commandement brillaient, gardant un secret vieux de plusieurs générations.
Il allait le leur arracher.
Quand il sortit du conduit par une grille du niveau sept, l'aube artificielle commençait à s'allumer dans les couloirs — une lumière douce qui imitait un soleil qu'aucun d'entre eux n'avait jamais vu. Kaelen marcha vers son quartier, les mains dans les poches, le médaillon de Lyra contre sa poitrine.
Il ne savait pas si Serein était sincère. Il ne savait pas si le Log contenait réellement la preuve de l'arrivée. Mais il savait une chose, avec une certitude qui lui brûlait les entrailles :
Le ciel ne mentait pas.
Et lui, il allait trouver ce ciel.