La Lumière des Profondeurs
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Les jours dans l'obscurité se confondirent. Lucien perdit la notion du temps, ses seuls repères étant les arrivées irrégulières de nourriture—un bol de gruau, une tasse d'eau—et les interrogatoires périodiques. Les interrogatoires devinrent moins fréquents à mesure que les jours passaient, comme si la Régie se désintéressait de lui.
Il commença à se demander s'il sortirait un jour de la cellule. Peut-être le laisseraient-ils simplement là, oublié, jusqu'à ce qu'il meure de faim ou de folie. Ce serait une solution efficace, pensa-t-il. Pas de procès, pas de publicité, pas de questions gênantes. Juste un homme qui disparaissait.
Mais ensuite, ce qu'il estima être le dixième jour de son emprisonnement, quelque chose changea.
La porte de la cellule s'ouvrit, et au lieu des gardes habituels, une femme en civil entra dans l'embrasure. Elle était d'âge moyen, les cheveux striés de gris, le visage étrangement familier, bien que Lucien ne puisse pas la situer.
« Lucien Artaud, » dit-elle. « Je vous cherchais. »
Il la fixa, trop faible et désorienté pour répondre.
Elle s'agenouilla près de lui, l'expression adoucie. « Je m'appelle Claire Fontaine. Je suis journaliste au Journal Souterrain. J'enquête sur les restrictions électriques depuis des mois. Votre message—celui que vous avez envoyé par les canaux officieux—m'est parvenu. Il m'a donné les preuves dont j'avais besoin pour exposer les mensonges du Conseil.
— Le message, » croassa Lucien. Sa voix était rouillée par le manque d'usage. « Ça a marché ?
— Ça a marché, » confirma-t-elle. « L'histoire est sortie la semaine dernière. Le Conseil est en crise. La Directrice de la Régie a démissionné. La Garde enquête sur les dispositifs non autorisés. Les restrictions électriques ont été levées. Les niveaux inférieurs reçoivent la pleine puissance pour la première fois depuis des décennies. »
Lucien ferma les yeux, essayant de traiter l'information. Cela semblait impossible. Après toutes ces années d'obscurité, la vérité avait enfin éclaté au grand jour.
« Vos amis sont en sécurité, » poursuivit Claire. « Marc Tailleur est entré dans la clandestinité avant les arrestations. Amélie et Richard ont été libérés après un tollé public. Le Conseil ne pouvait pas se permettre d'être vu en train de punir des gens pour avoir dit la vérité.
— Et moi ? » demanda Lucien. « Suis-je... libre ? »
Claire hésita. « Il y a une audience prévue pour la semaine prochaine. Le nouveau Directeur de la Régie veut examiner votre dossier. Mais il y a de bonnes chances que vous soyez libéré. La situation politique est instable en ce moment. Le Conseil ne peut pas se permettre un autre scandale. »
Lucien acquiesça, bien que la nouvelle lui semblât lointaine, irréelle. Il avait passé si longtemps dans l'obscurité que l'idée de liberté ressemblait à un rêve.
Claire l'aida à se lever. Ses jambes tremblaient, ses muscles affaiblis par des jours d'inactivité. Elle drapa une couverture autour de ses épaules et le guida hors de la cellule.
En traversant les couloirs du centre de détention, Lucien vit les visages des autres prisonniers : des hommes et des femmes aux yeux creux, brisés par leur séjour dans l'obscurité. Il pensa aux gens qui avaient été là avant lui, ceux qui n'étaient jamais sortis. Leur sacrifice n'avait pas été vain. Leur vérité avait enfin été entendue.
Il émergea dans le hall principal de la station Châtelet, clignant des yeux dans la lumière vive. La station était bondée, comme toujours, mais quelque chose semblait différent. Les lumières semblaient plus brillantes, plus stables. L'air semblait plus frais. Les gens se déplaçaient avec une énergie nouvelle, un espoir nouveau.
Claire le conduisit à un petit café donnant sur le hall. Elle commanda du thé et du pain, et ils s'assirent en silence un moment, regardant la foule.
« Vous devez savoir, » dit enfin Claire, « que ce n'est que le début. Le Conseil n'est pas tombé. Ils ont été affaiblis, mais ils sont toujours au pouvoir. Une longue lutte nous attend. »
Lucien acquiesça. Il comprenait. La vérité avait été révélée, mais le système qui avait créé les mensonges était toujours intact.
« Mais nous avons une chance maintenant, » poursuivit Claire. « Pour la première fois depuis des décennies, les habitants des niveaux inférieurs ont une voix. Nous pouvons nous organiser, exiger des changements, construire une nouvelle société. Une où les lumières brillent également pour tous. »
Lucien la regarda, la détermination dans ses yeux, et sentit une étincelle d'espoir se rallumer dans sa poitrine.
« Que puis-je faire ? » demanda-t-il.
Claire sourit. « Vous êtes ingénieur. Vous comprenez le système mieux que quiconque. Nous avons besoin de gens comme vous—des gens qui peuvent nous aider à reconstruire l'infrastructure, qui peuvent garantir que l'énergie circule équitablement vers tous. »
Lucien pensa aux conduits, aux câbles, aux boîtes de jonction. Il pensa aux années passées à ramper dans l'obscurité, à réparer ce qui était cassé, à entretenir la machine qui maintenait le sous-sol en vie.
Il avait fait partie du système, aidant sans le savoir à entretenir les mensonges. Mais maintenant, il avait une chance d'utiliser ses compétences pour quelque chose de meilleur. Construire au lieu d'entretenir. Créer au lieu de contrôler.
« D'accord, » dit-il. « Je suis partant. »
Troisième Partie : La Lumière
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