Lumen Reads

La Lumière des Profondeurs

Lire le chapitre 5: Chapitre 5

Pendant les jours suivants, Lucien accomplit son travail avec un nouveau sentiment d'urgence. Il inspecta toutes les boîtes de jonction qu'il pouvait trouver le long des conduits du Secteur 17, cherchant d'autres dispositifs non autorisés. Il en trouva à trois emplacements supplémentaires, tous installés sur les lignes principales desservant le Niveau Quatre.

Chaque dispositif était identique au premier : une boîte de jonction moderne et élégante, remplie d'électronique de surveillance et de contrôle, reliée à un émetteur sans fil. Chacune était invisible dans la base de données de maintenance. Chacune était programmée pour limiter le flux d'énergie à des intervalles planifiés.

Et chacune, remarqua-t-il, était fabriquée par une entreprise dont il n'avait jamais entendu parler : Systèmes Énergétiques Avancés. Le nom était estampillé à l'intérieur de chaque dispositif, accompagné d'un numéro de série au format inconnu qu'il avait déjà remarqué.

Il chercha dans la base de données de maintenance toute référence à Systèmes Énergétiques Avancés et ne trouva rien. L'entreprise n'existait pas—du moins, dans aucun registre officiel. Il chercha dans le réseau d'information public, les panneaux d'affichage numériques où les résidents partageaient nouvelles et rumeurs. Aucune mention de l'entreprise nulle part.

C'était comme si les dispositifs avaient été fabriqués par des fantômes, installés par des fantômes, entretenus par des fantômes. Mais ils étaient réels. C'étaient des objets physiques, faits de métal, de plastique et de silicium. Ils venaient de quelque part.

Il commença à réfléchir à la logistique de l'opération. Pour installer quatre dispositifs sur les lignes principales, il fallait un accès aux conduits, une connaissance spécialisée du réseau électrique et la capacité de travailler sans être détecté. Cela pointait vers la Régie de l'Énergie elle-même—spécifiquement, vers les échelons supérieurs de l'organisation, les ingénieurs et les gestionnaires qui contrôlaient l'accès à l'infrastructure.

Mais pourquoi la Régie voudrait-elle restreindre l'énergie aux niveaux inférieurs ? Que gagnait-on à maintenir les habitants du Niveau Quatre dans un état de pénurie artificielle ?

La réponse, quand elle lui vint, était évidente : le contrôle.

La pénurie était une forme de pouvoir. Quand les ressources étaient rares, les gens dépendaient de ceux qui contrôlaient les ressources. Ils devaient travailler, obéir, accepter leur place dans la hiérarchie, ou risquer de perdre l'accès aux choses nécessaires à leur survie. Si l'énergie—l'électricité, la chaleur, la lumière—était abondante, les habitants du Niveau Quatre pourraient commencer à questionner les autres inégalités de leur vie. Ils pourraient exiger plus de nourriture, de meilleurs logements, une voix dans les décisions qui les concernaient. Ils pourraient s'organiser, résister, se rebeller.

Mais tant qu'ils luttaient simplement pour garder les lumières allumées, ils ne pouvaient pas se concentrer sur l'ensemble. Ils étaient trop occupés à survivre pour réfléchir au système qui les maintenait à leur place.

Les restrictions électriques n'étaient pas un défaut. C'était une fonctionnalité. Un mécanisme de contrôle social, caché dans l'infrastructure du sous-sol.

Lucien s'assit dans son logement, la tête entre les mains, essayant de saisir l'ampleur de ce qu'il avait découvert. Ce n'était pas seulement quelques ingénieurs cupides détournant de l'énergie pour leur propre confort. C'était un effort systématique et délibéré pour maintenir un ordre social injuste par la manipulation des ressources essentielles.

Et lui—en tant qu'agent de maintenance de la Régie de l'Énergie—faisait partie de ce système. Il en faisait partie depuis des années, aidant sans le savoir à entretenir l'infrastructure qui maintenait ses voisins dans la pauvreté.

Il pensa à démissionner. Il pensa à confronter ses supérieurs. Il pensa à tout rendre public, à partager ce qu'il avait trouvé avec les résidents du Niveau Quatre. Mais chaque option semblait également vaine. La Régie nierait tout. La Garde Souterraine l'arrêterait pour diffusion d'informations déstabilisantes. Les résidents seraient trop effrayés pour écouter.

Il avait besoin d'un plan. Il avait besoin d'alliés. Il avait besoin de temps.

Mais le temps, réalisa-t-il, s'épuisait. Les restrictions étaient programmées des mois à l'avance. La prochaine série de réductions—une heure complète de puissance réduite, pas seulement un vacillement—était prévue pour la semaine suivante. Les résidents du Niveau Quatre souffriraient, et ils ne sauraient pas pourquoi.

À moins que quelqu'un ne le leur dise.

Il prit sa tablette et commença à rédiger un message. Il était prudent, mesuré, conçu pour informer sans alarmer. Il exposait les faits de sa découverte : les dispositifs non autorisés, les restrictions programmées, l'énergie manquante. Il ne spéculait pas sur les motifs et n'accusait personne en particulier. Il présentait simplement les preuves et demandait de l'aide.

Il sauvegarda le message et commença à réfléchir à qui l'envoyer. Son supérieur le rejetterait. Le Conseil le supprimerait. Le réseau d'information public était surveillé, mais les messages pouvaient être envoyés anonymement si l'on connaissait les bons canaux.

Il connaissait certains des canaux. Il avait des amis qui travaillaient dans le secteur des communications, des gens qui savaient router des messages par des serveurs officieux. Il pouvait envoyer le message à un groupe restreint—des leaders communautaires, des activistes, des journalistes sympathisants—et espérer qu'il se propage.

Mais le risque était énorme. Si le message remontait jusqu'à lui, il pouvait tout perdre : son emploi, son logement, sa liberté, peut-être même sa vie. Le Conseil ne tolérait pas la dissidence, et la Garde Souterraine était efficace pour faire disparaître les problèmes.

Il fixa le message sur son écran, son pouce suspendu au-dessus du bouton d'envoi. Il pensa à Madame Baptiste. Il pensa aux enfants jouant dans les tunnels. Il pensa aux deux cent cinquante-huit kilowatts d'énergie manquante, siphonnés pour soutenir le confort des niveaux supérieurs pendant que ses voisins grelottaient dans l'obscurité.

Il appuya sur envoyer.

(Suite dans la Deuxième Partie)

Deuxième Partie : La Vérité