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La Lumière des Profondeurs

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Le message mit deux jours à circuler dans les canaux officieux. Au troisième jour, il avait atteint des centaines de personnes à travers le Niveau Quatre. Au quatrième jour, il avait atteint les oreilles de la Garde Souterraine.

Lucien apprit les descentes par un collègue. La Garde avait balayé les niveaux inférieurs, confisquant des tablettes, détenant quiconque soupçonné de diffuser des « informations déstabilisantes ». Au moins une douzaine de personnes avaient été emmenées au centre de détention de l'ancienne station Châtelet. Aucune n'était revenue.

Il était assis dans le bureau de maintenance, essayant de paraître normal, tandis que son collègue—une jeune technicienne nommée Amélie—décrivait les descentes à voix basse, les yeux écarquillés de peur.

« Ils sont venus à l'aube, » dit-elle. « Ils ont enfoncé les portes. Ils ont traîné les gens hors de leur lit. Le fils de ma voisine a été emmené. Il a dix-neuf ans. Il n'a rien fait.

— Ont-ils dit ce dont on l'accusait ? » demanda Lucien, gardant une voix calme.

Amélie secoua la tête. « Ils ne disent rien. Ils prennent les gens, c'est tout. »

Lucien acquiesça, l'estomac noué. Il avait envoyé le message anonymement, mais l'anonymat dans le sous-sol était une illusion. Le réseau de communication était surveillé à tous les niveaux. Tôt ou tard, la Garde remonterait le message jusqu'à lui.

Il devait agir avant cela.

Il quitta le bureau plus tôt, prétextant une maladie, et se dirigea vers les tunnels inférieurs. Il avait besoin de parler à quelqu'un en qui il pouvait avoir confiance—quelqu'un qui comprenait les enjeux, quelqu'un qui pouvait l'aider à décider quoi faire.

Il s'appelait Marc Tailleur, et il vivait dans un ancien local de maintenance au fond des tunnels de carrière sous le Niveau Quatre. Marc était un ancien ingénieur de la Régie, contraint à la retraite des années plus tôt pour avoir posé trop de questions sur la distribution d'énergie. Il était vieux maintenant, la soixantaine bien sonnée, mais son esprit était toujours vif.

Lucien le trouva dans sa pièce, entouré de schémas et de vieux équipements. Marc leva les yeux à son entrée, plissant les paupières.

« Lucien Artaud, » dit-il. « Je me demandais quand tu viendrais.

— Tu as entendu parler des descentes ?

— Tout le monde en a entendu parler. » Marc désigna une chaise. « Assieds-toi. Dis-moi ce que tu as trouvé. »

Lucien s'assit, le corps soudain lourd d'épuisement. Il commença à parler, décrivant les boîtes de jonction, les dispositifs non autorisés, les restrictions programmées, les deux cent cinquante-huit kilowatts manquants. Marc écouta en silence, le visage impassible.

Quand Lucien eut terminé, Marc resta silencieux un long moment. Puis il parla.

« J'ai trouvé quelque chose de similaire, il y a vingt ans, » dit-il. « Un dispositif sur la ligne principale, caché de la base de données de maintenance. Je ne comprenais pas ce que c'était à l'époque. Je l'ai signalé à mon supérieur, m'attendant à une enquête. Au lieu de cela, j'ai été réaffecté à un poste de bureau, privé de mon accès aux conduits. Un an plus tard, j'étais contraint à la retraite anticipée.

— As-tu découvert qui l'avait installé ? »

Marc secoua la tête. « J'ai découvert assez pour savoir que poser des questions était dangereux. La Régie n'est pas ce qu'elle paraît être, Lucien. Ce n'est pas un organisme chargé d'entretenir le réseau électrique. C'est un instrument de contrôle social, opéré par le Conseil des Profondeurs pour maintenir les niveaux inférieurs à leur place.

— Mais pourquoi ? » demanda Lucien, bien qu'il soupçonnât déjà la réponse.

« Parce que le sous-sol est un système fermé, » dit Marc. « Pas de croissance, pas d'expansion, aucune possibilité de créer de nouvelles richesses. La seule façon de maintenir la hiérarchie est de contrôler l'accès aux ressources existantes. L'énergie est la ressource la plus importante de toutes. Contrôle l'énergie, et tu contrôles tout.

— Mais les centrales géothermiques produisent assez pour tout le monde. Si seulement ils distribuaient équitablement—

— Équitablement ? » Marc rit, un rire bref et amer. « Il n'y a pas d'équité dans un système bâti sur l'inégalité. Les niveaux supérieurs croient mériter leur confort. Ils se sont convaincus que les niveaux inférieurs sont inférieurs, paresseux, incapables de gérer les ressources. Ils ne voient pas les restrictions comme un vol. Ils les voient comme une discipline nécessaire. »

Lucien secoua la tête. « C'est faux. Tout est faux. Quelqu'un doit faire quelque chose.

— Quelqu'un doit toujours faire quelque chose, » dit Marc. « La question est quoi, qui et comment. Le Conseil est au pouvoir depuis cinquante ans. Ils ont survécu à d'innombrables défis. Ils savent réprimer la dissidence.

— J'ai envoyé un message, » avoua Lucien. « Sur les canaux officieux. Je pensais que si les gens connaissaient la vérité—

— Les gens connaissent la vérité, » interrompit Marc. « Ils l'ont toujours connue. Ils la sentent dans leurs os, dans le froid de leurs logements, dans la pénombre de leurs lumières. Mais savoir et agir sont deux choses différentes. La Garde est efficace. La peur est puissante. La plupart des gens choisiront la survie plutôt que la justice.

— Alors à quoi bon ? » demanda Lucien, la frustration montant dans sa voix. « Si rien ne peut changer, pourquoi essayer ? »

Marc se pencha en avant, les yeux soudain intenses. « Parce que le changement est possible. Il est toujours possible. Mais il exige plus que des messages et des plaintes anonymes. Il exige de l'organisation. Il exige des sacrifices. Il exige des gens prêts à tout risquer pour une chance d'un monde meilleur. »

Il s'interrompit, étudiant le visage de Lucien. « Es-tu prêt à tout risquer, Lucien ? »

Lucien ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots ne vinrent pas. Il pensa à son logement, à son travail, à la stabilité précaire de sa vie. Il pensa au centre de détention de Châtelet, aux rumeurs d'interrogatoire, aux gens qui ne revenaient jamais.

Il pensa aux enfants dans les tunnels, jouant dans la lueur ambrée des lumières à mi-puissance.

Il pensa à Madame Baptiste, serrant son cabas dans l'obscurité.

« Je ne sais pas, » dit-il honnêtement. « Mais je sais que je ne peux pas continuer à ne rien faire. »

Marc acquiesça, comme si c'était la réponse qu'il attendait. « Alors nous avons du travail. »