La Lumière des Profondeurs
Lire le chapitre 9: Chapitre 9
Le siège de la Régie de l'Énergie occupait les anciens bureaux de l'administration du métro parisien, un complexe tentaculaire au-dessus de l'ancienne gare de Lyon. Lucien y était allé deux fois dans sa carrière, pour des sessions de formation qui l'avaient laissé avec un sentiment d'insignifiance. Maintenant, trois jours après l'opération, il se retrouvait assis dans une salle d'attente devant le bureau de la Directrice de la Distribution, se demandant s'il en sortirait un jour.
La convocation était arrivée ce matin-là, remise par deux officiers de la Garde Souterraine. Ils n'avaient rien dit, s'étaient contentés de l'escorter jusqu'au siège et de le laisser dans la salle d'attente avec une tasse tiède de chicorée et un sentiment croissant d'effroi.
Il s'attendait à la convocation plus tôt. L'opération avait réussi au-delà de ses espérances. La pointe avait déclenché des alarmes dans tout le réseau. La Régie avait été forcée de reconnaître que quelque chose n'allait pas dans le système de distribution. Les dispositifs non autorisés avaient été découverts—tous les quatre—et retirés du réseau. La pleine puissance des centrales géothermiques circulait maintenant vers le Niveau Quatre.
Mais la victoire, si on pouvait l'appeler ainsi, avait eu un prix. La Régie avait lancé une enquête sur la pointe, et les soupçons s'étaient portés sur Lucien. Il était l'ingénieur de maintenance qui avait consigné le plus de fluctuations. Il avait accès aux conduits. Il avait été vu près du point d'accès de Port-Royal la nuit de l'opération.
Les preuves étaient circonstancielles, mais circonstancielles suffisaient. Le Conseil des Profondeurs n'exigeait pas de preuves. Ils exigeaient des résultats.
La porte du bureau de la Directrice s'ouvrit. Une jeune femme en uniforme gris sortit.
« Artaud, » dit-elle. « La Directrice va vous recevoir. »
Lucien se leva, les jambes tremblantes, et la suivit dans le bureau.
La Directrice de la Distribution était une femme nommée Véronique Charpentier, une bureaucrate de carrière qui avait gravi les échelons de la Régie par un mélange de compétence et de loyauté. Elle avait la cinquantaine, des traits acérés et des yeux froids qui semblaient tout voir.
« Artaud, » dit-elle, désignant une chaise. « Asseyez-vous. »
Il s'assit. Le bureau était spacieux, avec de vrais meubles en bois et une vue—si l'on pouvait appeler cela une vue—sur le hall principal de la gare de Lyon, où un flot constant de gens traversait le plus grand quartier commercial du sous-sol.
La Directrice l'étudia un long moment, l'expression indéchiffrable. Puis elle parla.
« Vous êtes à la Régie depuis douze ans. Vos évaluations de performance ont été constamment satisfaisantes. Vous n'avez jamais été sanctionné, jamais accusé de mauvaise conduite. Vous êtes un bon travailleur, Artaud. Fiable.
— Merci, Directrice.
— Ne me remerciez pas encore. » Elle se pencha en avant, les yeux plissés. « Il y a trois jours, quelqu'un a créé une pointe de demande qui a failli surcharger le réseau électrique. La pointe a déclenché des alarmes dans chaque sous-station de Châtelet à Denfert-Rochereau. Nos ingénieurs ont mis des heures à stabiliser le système. Avez-vous une idée de ce qui a pu causer une telle pointe ? »
Lucien se força à soutenir son regard. « Non, Directrice. Je ne sais pas.
— C'est étrange, » dit-elle. « Parce que notre enquête suggère que la pointe provient d'un relais de dérivation installé dans le conduit près de Port-Royal. Un relais construit à partir de pièces détachées, utilisant des composants disponibles dans les magasins de fournitures de maintenance. Des composants auxquels vous, en tant qu'ingénieur de maintenance, auriez accès.
— Avec tout le respect, Directrice, beaucoup de gens ont accès à ces composants. Les magasins approvisionnent des centaines de techniciens.
— Vrai. Mais seule une poignée de ces techniciens possède l'expertise nécessaire pour construire un relais de dérivation capable de désactiver les systèmes de surveillance. Vous en faites partie. »
Lucien ne dit rien. Les yeux de la Directrice le transperçaient, patients, implacables.
« Le relais a été tracé jusqu'à un atelier dans les tunnels inférieurs, » poursuivit-elle. « Un atelier opéré par un homme nommé Marc Tailleur. Le connaissez-vous ?
— J'en ai entendu parler, » dit prudemment Lucien. « C'est un ancien ingénieur. À la retraite.
— C'est un dissident, » corrigea la Directrice. « Il est sous surveillance depuis des années. Nous connaissons son réseau, ses réunions, ses plans. Nous attendions qu'il passe à l'action. » Elle marqua une pause, laissant les mots pénétrer. « Et maintenant, il l'a fait. Avec votre aide. »
Lucien sentit le sang se retirer de son visage. C'était pire que ce qu'il avait craint. La Régie connaissait Marc. Ils connaissaient le réseau. Ils avaient observé tout ce temps, attendant que la résistance se révèle.
Il pensa à Amélie. À Richard. Aux autres. Étaient-ils tous compromis ? L'opération avait-elle été condamnée dès le départ ?
« Je ne sais pas de quoi vous parlez, » dit-il, la voix à peine au-dessus d'un murmure.
La Directrice sourit. Ce n'était pas un sourire amical. « Vous êtes un piètre menteur, Artaud. Mais j'apprécie l'effort. La loyauté est une qualité précieuse, même quand elle est mal placée. » Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre, regardant le hall. « Voici ce qui va se passer. Vous allez tout nous dire—les noms de vos complices, les détails de votre opération, l'emplacement du réseau de Marc Tailleur. En échange, nous réduirons votre peine. Vous passerez quelques années au centre de détention, puis vous serez libéré. Vous perdrez votre emploi, bien sûr, mais vous aurez toujours votre vie.
— Et si je refuse ? »
Elle se retourna pour lui faire face. « Alors vous disparaîtrez. Comme tous les autres. Et vos amis disparaîtront avec vous. C'est votre choix. »
Lucien la fixa, l'esprit en ébullition. Il pensa au centre de détention de Châtelet, aux rumeurs d'interrogatoire, aux gens qui ne revenaient jamais. Il pensa à Amélie, Richard, Marc—les gens qui lui avaient fait confiance, qui avaient tout risqué pour une chance de changement.
Il pensa aux enfants dans les tunnels, jouant dans la lueur ambrée des lumières à mi-puissance. Les lumières qui brillaient maintenant plus fort, ne serait-ce qu'un instant.
« Non, » dit-il.
Le sourire de la Directrice s'effaça. « Non ?
— Non, » répéta-t-il. « Je ne vous dirai rien. Je ne trahirai pas mes amis. Je ne vous aiderai pas à maintenir vos mensonges. »
La Directrice soupira, comme déçue par sa réponse. « Très bien. Vous avez fait votre choix. » Elle appuya sur un bouton de son bureau. La porte s'ouvrit, et deux officiers de la Garde entrèrent. « Emmenez-le à Châtelet. Isolement. Il sera interrogé demain matin. »
Les officiers l'agrippèrent par les bras et le hissèrent hors de la chaise. Tandis qu'ils le traînaient vers la porte, Lucien sentit un étrange sentiment de paix descendre sur lui. Il avait craint ce moment pendant des semaines, mais maintenant qu'il était là, il découvrait qu'il n'avait plus peur.
Il avait dit la vérité. Il avait refusé de trahir ses amis. Il avait choisi le bon côté.
Et quoi qu'il arrive ensuite, ce choix signifierait quelque chose.