La Malédiction du Courrier
Lire le chapitre 37: The Prisoner of the North
La neige tombait en rideau serré quand les premières détonations roulèrent sur la plaine. René tira Marie dans le fossé gelé sans un mot, le souffle court, les doigts déjà sur la crosse de son pistolet. À travers le voile blanc, il distingua les silhouettes sombres des cavaliers impériaux, une vingtaine au moins, qui convergeaient vers le chemin qu'ils venaient de quitter.
— Ils nous ont trouvés, murmura Marie. Comment ?
— Le sigil. Le frère du mort. Il a dû remonter la piste depuis le village.
René rampa sur le ventre, la neige s'infiltrant dans ses manches. Les cavaliers s'étaient arrêtés à cent mètres, formant un arc de cercle. L'un d'eux, plus massif que les autres, mit pied à terre et s'avança seul. Il tenait une lanterne à bout de bras, éclairant un visage taillé à la hache, des yeux enfoncés sous un front de granit.
— Delacroix ! cria-t-il. Nous savons que tu es là. Sors, et la femme ne sera pas blessée.
René sentit Marie se tendre à côté de lui. Il lui saisit le poignet.
— Ne bouge pas. C'est un piège.
— Ils me prendront de toute façon, souffla-t-elle. S'ils te capturent, tout est perdu. La lettre, le Chancelier, tout.
— Et toi ?
Elle détourna les yeux. Sa mâchoire se contracta.
— Je suis déjà une morte pour le Cardinal. Une fois de plus ou une fois de moins, quelle différence ?
— Marie, je n'ai pas traversé tout ça pour te laisser...
Un sifflement. Une flèche traversa l'air, s'enfonça dans la neige à trois pouces de la main de René. Il retint son souffle. L'officier impérial, le frère de Katarina, avait levé son arbalète.
— Prochaine fois, je vise le cou, dit-il. Rends-toi, coureur. Le Comte de Bernau veut te parler vivant. La femme, nous la garderons comme garantie.
René regarda Marie. Ses yeux gris étaient calmes, presque sereins. Elle acquiesça lentement.
— Fais ce que tu dois faire. Je trouverai un moyen de m'échapper.
Avant qu'il puisse protester, elle se releva d'un bond, les mains en l'air.
— Je me rends ! cria-t-elle. Je connais la lettre. Laissez-le partir et je vous emmène au Cardinal.
Le rire du soldat déchira la nuit. Il fit signe à ses hommes. Deux cavaliers s'élancèrent et ceinturèrent Marie, la tirant sur la selle d'un cheval avant de rebrousser chemin vers la ligne de la forêt.
René resta figé dans le fossé, les doigts enfoncés dans la glace. Il entendit la voix de Marie s'éloigner, puis un cri étouffé, puis plus rien que le piétinement des sabots dans la neige.
Il compta jusqu'à cinquante. Puis il rampa hors du fossé, remonta la piste en lacets, et longea la lisière des arbres jusqu'au moment où des feux de camp surgirent dans les ténèbres. Un stockade improvisé, palissades de troncs grossiers, une seule porte gardée par deux soldats à moitié endormis près d'un brasero.
René attendit. Une heure. Deux. Le froid mordait sa chair, mais il n'osait pas remuer. Quand la garde fut relevée et que les nouveaux venus traînèrent les pieds pour rejoindre le feu, il glissa le long de l'ombre, contourna la palissade, et trouva une brèche où la neige avait formé un congère contre les planches pourries.
Il s'insinua, le fer du couteau entre les dents, et tomba dans un enclos de prisonniers. Une douzaine de silhouettes en guenilles, adossées les unes aux autres. Et parmi elles, une tête blonde qu'il reconnut aussitôt : Marie, les poignets liés, la joue violette d'un coup reçu.
À côté d'elle, un jeune homme aux épaules larges, le visage brûlé de froid et les yeux d'un bleu presque transparent. Il porta la marque de la même famille que l'officier qui l'avait défié — la même ossature rude, les mêmes sourcils droits. Katarina. Son frère.
René coupa les liens de Marie d'un geste sec. Elle sursauta, puis se détendit en le reconnaissant.
— Tu es fou, souffla-t-elle. Tu ne pouvais pas...
— Je te l'ai dit. Pas question.
Il se tourna vers le frère de Katarina. Le jeune homme le dévisagea sans crainte, la mâchoire serrée.
— Tu es Delacroix. Celui qui porte le sigil de mon frère.
— Je ne l'ai pas tué. Il est mort par son propre orgueil.
Un silence. Le jeune homme parut peser la réponse, puis acquiesça lentement.
— Merci de me donner une raison de vivre, dit-il. Je suis Stefan.
René trancha la corde de Stefan, puis rampa vers l'angle du stockage où dormaient les gardes. Il compta les souffles réguliers. Trois hommes, peut-être quatre. Il fit signe à Marie et à Stefan de le suivre jusqu'à la brèche.
Ils étaient presque dehors quand une voix tonna derrière eux.
— Delacroix ! Trop tard pour fuir.
René se retourna. L'officier, le frère aîné, se tenait à l'entrée du stockage, la lanterne haute, un pistolet armé dans l'autre main. Il ricana.
— La femme est à moi. Mais ta lettre, coureur, je la prendrai aussi.
Il bondit. René plongea vers la brèche, sa main cherchant dans sa botte la lettre forgée — mais ses doigts rencontrèrent le cuir, puis le vide. La panique l'étreignit. Il se retourna.
Le papier était tombé dans la neige. L'officier le ramassa d'un geste vif, le déplia sous la lanterne.
Un sourire froid étira ses lèvres.
— Parfait. Le Chancelier sera ravi.
René regarda Stefan, puis Marie. Le monde semblait suspendu au-dessus de l'abîme.
La seule issue était la fuite. Et la lettre était perdue.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.