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La Malédiction du Gendarme

Lire le chapitre 3: Symbols and Secrets

Le laboratoire de la police scientifique sentait le désinfectant et le métal froid. Amara contourna la table d’acier où reposait le corps de la victime, les yeux rivés sur le symbole gravé dans sa chair. La photographie qu’elle avait vue sur le pont ne rendait pas justice à la précision des lignes — des arcs entrelacés, une faux stylisée, quelque chose d’ancien qui semblait vibrer sous la lumière blanche.

— Il n’a pas été tracé avec un outil, dit Julian derrière elle.

Elle se retourna. Il se tenait dans l’embrasure, son long manteau noir immaculé, les mains croisées dans le dos. Il n’avait pas l’air déplacé ici, ce qui était en soi troublant.

— Comment le savez-vous ?

Il s’approcha, sans hâte. Du bout de l’index, il effleura le bord du symbole sans toucher la peau.

— La brûlure est uniforme. Pas de frottement, pas de bordure irrégulière. Un outil métallique aurait laissé des marques. Ceci a été appliqué comme un tampon — mais pas avec de l’encre.

— Avec quoi, alors ?

Julian releva les yeux vers elle. Dans la pénombre du labo, ses iris semblaient presque noirs.

— Avec quelque chose de plus ancien que l’encre, DS Cole. Quelque chose qui exige un prix.

Amara croisa les bras. Elle aurait dû se sentir ridicule, debout là, à écouter un homme qui prétendait avoir vécu plusieurs siècles. Mais le sifflet de son père pesait dans sa poche, et elle n’avait pas oublié la façon dont Julian avait pâli en le voyant.

— Vous avez dit que ce symbole venait de vous.

— Pas de moi. D’un ordre que j’ai fondé. Il y a longtemps.

— Et maintenant cet ordre existe toujours ?

— Il existe. Mais il n’est plus ce que j’avais prévu.

Il sortit un carnet de cuir de sa poche intérieure et l’ouvrit à une page marquée. Le dessin correspondait exactement au symbole sur le corps — sauf qu’au centre, là où la faux croisait l’arc, une petite rune supplémentaire avait été ajoutée.

— Elle n’y était pas à l’origine, dit Amara.

— Non. Quelqu’un l’a ajoutée. C’est une marque de protection — ou plutôt, une marque de dissimulation.

— Pour cacher quoi ?

Julian referma le carnet d’un geste sec. Son regard se perdit un instant dans le vide, comme s’il écoutait quelque chose qu’elle ne pouvait pas entendre.

— Pour cacher le lieu où cet ordre opère désormais. Ils ne veulent pas qu’on les trouve. Et ils tuent pour garder ce secret.

Une porte claqua à l’autre bout du couloir. Amara sursauta, puis se maudit intérieurement. Julian ne bougea pas, mais elle vit un muscle tressaillir dans sa mâchoire.

— Les tunnels sous la Tamise, dit-il soudain.

— Comment le savez-vous ?

— Le symbole modifié. Il contient une cartographie hydraulique inversée. Les veines de la ville. Les canalisations, les passages oubliés.

Il la regarda, et pour la première fois, quelque chose comme une urgence traversa son visage.

— Nous devons y aller cette nuit. Avant qu’ils ne déplacent leur repaire.

---

Le poste de commandement temporaire de la section des affaires anormales était une salle sans fenêtre au troisième sous-sol de New Scotland Yard. Amara n’y était venue qu’une fois, la veille, pour recevoir son badge. Cette fois, le superintendant Walsh l’attendait, assis derrière un bureau encombré de dossiers.

— Asseyez-vous, Cole.

Elle s’assit. Walsh avait cette manière de la regarder comme s’il évaluait le prix d’un cheval de course.

— Vous avez rencontré Blackwood, dit-il. Vous avez vu son dossier ?

— Sommaire. Très sommaire.

— C’est voulu.

Walsh poussa un dossier vers elle. Il portait une marque rouge : ANCILLAIRE.

— Votre transfert officiel a été enregistré ce matin. Les formulaires sont signés, tamponnés, enterrés. Officiellement, vous enquêtez sur des crimes de rue ordinaires.

— Et officieusement ?

— Officieusement, vous êtes l’œil dans la pièce.

Amara fronça les sourcils.

— C’est-à-dire ?

Walsh se pencha en avant. Il sentait le café et la cigarette, une odeur familière qui jurait avec l’étrangeté de la conversation.

— Blackwood est précieux. Depuis des siècles, certains disent. Mais personne ne le contrôle. Ni nous, ni personne. Vous êtes là pour observer. Pour comprendre. Et pour me rapporter ce qu’il ne dit pas.

Le sang d’Amara se glaça légèrement. Elle prit le dossier sans l’ouvrir.

— Et si ce qu’il ne dit pas n’est pas dangereux ?

Walsh sourit — un sourire mince, sans chaleur.

— Alors vous n’aurez rien à rapporter. Simple, non ?

Il se leva, contourna le bureau, et s’arrêta près d’elle, la main sur la poignée de la porte.

— Une dernière chose, Cole. Ne faites confiance à personne dans cette unité. Pas même à ceux qui vous ont recrutée.

Il ouvrit la porte et sortit.

Amara resta seule, le dossier pesant entre ses doigts. Elle l’ouvrit. Les premières pages étaient des rapports administratifs classiques — affectation temporaire, code budgétaire, procédures standard. Puis vint une section qu’elle n’avait jamais vue dans un dossier officiel. Des notes manuscrites, avec une écriture qu’elle ne connaissait pas. Une seule phrase, répétée sur trois pages :

*Le prix de l’immortalité est payé par les autres.*

Elle referma le dossier, le cœur battant. Julian ne lui avait pas tout dit. Mais Walsh non plus. Et soudain, la question n’était plus de savoir qui disait la vérité — mais quel mensonge elle allait choisir de croire.

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Sous la Tamise, l’air sentait la boue, le vieux métal et quelque chose d’autre. Quelque chose d’âcre, comme de l’ozone après un orage. Amara éclairait le tunnel avec la lampe de son téléphone, mais la lumière semblait se délayer avant de toucher les murs de brique.

Julian marchait devant elle, sans lampe. Il n’en avait pas besoin, apparemment. Il avançait entre les piliers avec la certitude de quelqu’un qui connaissait chaque pierre. Elle se demanda s’il avait construit ces tunnels aussi — ou s’il les connaissait simplement depuis qu’ils existaient.

— Ici, dit-il en s’arrêtant devant un mur de briques.

Un mur. Rien de plus. Amara balaya la surface avec sa lampe.

— C’est une impasse.

— Ce n’est pas une impasse. C’est une porte.

Il posa la paume sur les briques, ferma les yeux, et murmura quelque chose dans une langue qu’Amara ne reconnut pas. Les briques se mirent à briller — un scintillement rouge sombre, pareil à celui qu’elle avait perçu sur le pont, avant l’apparition du fiancé mort.

Puis le mur se déplaça.

Pas une ouverture — les briques glissèrent latéralement, presque liquides, révélant un passage sombre. L’air qui s’en échappait était plus froid, chargé d’une odeur de cire et d’encens.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Amara.

— Le vestibule de l’ordre du Sceau. Leur premier sanctuaire.

Julian entra dans le passage sans attendre. Amara hésita un quart de seconde, puis le suivit.

La salle qu’ils découvrirent était plus grande que n’importe quel tunnel. Un dôme, creusé à la main, dont les piliers étaient couverts d’inscriptions identiques à celles du symbole — mais plus anciennes, plus sauvages. Des cierges noirs brûlaient en cercle au centre, autour d’une table de pierre.

Sur la table : une carte de Londres, gravée dans du cuivre, avec des lignes rouges qui s’entrecroisaient comme des veines.

Amara s’approcha. Les lignes convergeaient vers un seul point : un quartier qu’elle connaissait bien.

Brixton.

Là où son père avait vécu. Là où il était mort.

— Julian, dit-elle d’une voix tendue. Qu’est-ce que cet endroit ? Que cherchaient-ils ici ?

Il ne répondit pas tout de suite. Quand il parla enfin, sa voix avait perdu son calme étudié.

— Ils cherchaient la même chose que vous, DS Cole. Ici et au pont.

Elle se retourna.

— La même chose que moi ? Je ne cherche rien.

Julian la regarda fixement, et dans la lueur des cierges, son visage semblait étrangement jeune — et étrangement usé.

— Vous cherchez la vérité sur votre père. Et ils la connaissaient.

Il tendit la main vers la carte. Du bout du doigt, il toucha le point rouge sur Brixton.

— Avant de mourir, votre père a fait deux choses. Il a caché un artefact que l’ordre veut désespérément retrouver. Et il a donné son sifflet à quelqu’un en qui il avait confiance.

Amara sentit le métal froid dans sa poche.

— Ce sifflet était destiné à vous, dit Julian. Pas à votre père. Il vous l’a laissé pour que vous le trouviez.

Le silence se figea entre eux. Les cierges crépitèrent. Quelque part, dans les profondeurs du tunnel, une porte claqua — lourde, définitive.

Amara saisit le sifflet, le serra dans son poing.

— Comment savez-vous tout cela ?

La porte claqua de nouveau, plus proche. Des pas, maintenant. Plusieurs paires de bottes.

Julian ne détourna pas les yeux.

— Parce que c’est moi qui l’ai tué.