La Marée de la Femme-Phoque
Lire le chapitre 24: The Sabotage Uncovered
La pluie s'était arrêtée, mais l'air restait chargé d'humidité, lourd comme une promesse de tempête. Isla ne s'était pas couchée. Elle avait passé la nuit à la table de sa cuisine, la lampe versant une flaque jaune sur les documents que Cleary avait laissés derrière lui comme une provocations — des copies de rapports, des autorisations, des courriers internes au sigle de la Commission. Des noms. Des dates. Des sommes versées.
Son téléphone vibra à six heures du matin. Un message de la marina : *Le Morven a été remorqué au chantier. Inspection demandée par vos soins.* Elle n'avait rien demandé. Mais quelqu'un avait anticipé.
Elle enfila une veste cirée sur son pull et sortit. Le village dormait encore sous un ciel de plomb. Au chantier naval de MacTaggert, le Morven était perché sur des berces comme un grand oiseau blessé, sa coque vert pâle maculée d'écume séchée. Dougie MacTaggert — un homme de soixante ans aux mains comme des battoirs — sortit du hangar en sifflotant.
« Je vous ai vue arriver. Vous voulez savoir ce que j'ai trouvé ?
— Qui vous a prévenu que je voulais savoir quelque chose ?
— Personne. Mais un bateau qui meurt comme ça, en pleine navigation, par mer calme... Ça sent le sabotage, docteur MacRae. » Il lui fit signe de le suivre sous l'auvent. Sur un établi, une pièce de métal de la taille d'une main, oxydée, les bords nets. « La ligne de carburant. Quelqu'un a sectionné le joint d'étanchéité et l'a recollé avec une résine soluble à l'eau. À la première secousse sérieuse, elle fond. Le moteur boit de l'eau de mer, il casse. Net. Propre. Quasi indétectable, surtout par votre équipe de chercheurs.
— Qui a eu accès au bateau ce soir-là ?
— C'est ça, le problème. » Dougie sortit un smartphone de sa poche — un vieux modèle, écran fissuré — et fit défiler des images. « La caméra du quai. Elle tourne en boucle de vingt-quatre heures. J'ai rembobiné la nuit précédant votre sortie. La régate des pêcheurs, les gamins qui traînent... J'ai vu ça. »
Il lui tendit le téléphone. Sur la vidéo granuleuse, une silhouette encapuchonnée montait à bord du Morven à trois heures du matin, un sac à dos en bandoulière, et en redescendait dix minutes plus tard. La démarche était fluide, légère — une personne habituée aux ponts. Pas un pêcheur. Trop souple.
« Vous reconnaissez ce gabarit, docteur ?
— Les caméras sont en noir et blanc, c'est flou...
— Regardez l'heure de sortie. Quatre heures des moins dix. Votre équipe arrive à sept. Il y a seulement une personne à qui vous donnez les clés du bateau en dehors des jours de sortie.
Isla sentit un froid qui n'avait rien à voir avec l'air marin descendre le long de sa colonne vertébrale. *Jamie.* Son assistant. Son ombre depuis dix-huit mois.
Elle trouva Jamie au laboratoire, assis devant un écran de spectrographie, une tasse de thé refroidi à la main. Quand elle entra, il se retourna — et son sourire s'effaça. Il dut lire quelque chose sur son visage, car il posa la tasse lentement, sans un mot.
« Jamie. Le Morven. »
Un silence. Puis il ferma les yeux, comme un homme qui reconnaît la voix du juge.
« J'ai vu la vidéo. Dougie me l'a montrée. » Isla s'adossa au mur, les bras croisés, gardant la distance. « Je veux entendre ta version.
— Isla, je peux expliquer...
— Tu as saboté mon bateau.
— J'ai fait ce qu'il fallait pour que tu restes. » Sa voix était presque plaintive, celle d'un enfant pris en faute. « Ton contrat prenait fin ce trimestre. Tu cherchais une prolongation depuis des mois. Les dossiers refusaient, les comités tergiversaient. Et puis quelqu'un m'a contacté. Il m'a dit qu'il pouvait débloquer le financement de l'île — pour ton projet, pour la station, pour tout — à condition que ton bateau tombe en panne de façon spectaculaire. Pas de blessés. Juste un incident qui fasse les gros titres. Assez pour que les administrateurs se sentent obligés de te garder pour « l'enquête ». Et ça a marché. Tu as obtenu six mois de prolongation.
Isla avait l'impression que le sol se dérobait sous elle. « Tu as coupé une ligne de carburant pour *m'aider*. Tu as mis ma vie en danger pour ta petite idée de carrière.
— Tu ne risquais rien ! C'était prévu pour lâcher en eaux calmes, pas en pleine tempête. Le type m'avait assuré que la résine tiendrait jusqu'aux alignements de l'île... »
— Le type. Le type qui t'a payé, c'est ça ?
Jamie baissa la tête. « Il m'a versé trois mille euros sur un compte que je ne connaissais pas. Je pensais que c'était un mécène, quelqu'un du fonds océanographique.
— Et son nom ? Son visage ?
— Il s'appelait Cleary. » Jamie releva les yeux, et là, pour la première fois, Isla vit autre chose que de la honte dans son regard — de la peur. « Mais il ne m'a pas dit la vérité sur son travail. Je l'ai compris trop tard. Après la panne, je l'ai appelé pour le remercier — et il m'a répondu d'une voix différente. Froide. Il m'a dit qu'il espérait que je savais garder un secret. Et qu'il avait d'autres projets pour l'île. Des projets qui n'avaient rien à voir avec des subventions. Alors j'ai fouillé.
— Tu as fouillé quoi ?
— Les documents qu'ils m'avaient envoyés pour le virement. L'entreprise mandataire. Une société écran luxembourgeoise, mais le nom derrière... » Jamie se leva, ouvrit un tiroir de son bureau, en tira une clé USB qu'il lui tendit. « C'est tout ce que j'ai. Le nom du fonds, les coordonnées bancaires, le lien avec une boîte allemande. »
Isla prit la clé USB sans la regarder. « Tu es viré, Jamie. Tu auras une attestation de départ ; je ne signalerai pas le sabotage à la police si tu quittes l'île aujourd'hui.
— Isla, écoute-moi. Je sais que tu es en colère, et tu as raison. Mais il faut que tu comprennes qui est vraiment ce Cleary. » Il fit un pas vers elle ; elle recula d'un cran. Il s'arrêta. « Il ne travaille pas pour une commission. C'est un chasseur. Un chasseur de phoques. Les phoques, les dauphins, les espèces qu'on ne peut pas légalement attraper. Il les traque pour des collectionneurs privés. Des gens très riches, très vieux. Des gens qui croient que certaines peaux portent chance, que certaines fourrures... »
Il hésita. Isla sentit sa propre gorge se serrer.
« Que certaines fourrures, quoi ?
— Qu'elles rendent immortel. » Jamie baissa la voix comme s'il craignait d'être entendu par les murs. « C'est une vieille croyance dans le nord. Mon arrière-grand-mère était finlandaise. Elle racontait que les chasseurs cherchaient les *selkie* — les femmes-phoques — pour les écorcher vifs et s'emparer de leur peau. La peau d'une selkie pure pouvait donner la vie éternelle à qui la portait. Cleary n'est pas ici pour étudier Ewan. Il est ici pour le tuer et prendre sa fourrure. »
La phrase tomba dans le silence du laboratoire comme une pierre dans une eau noire. Isla baissa les yeux vers la clé USB dans sa paume, puis vers Jamie, dont le visage était maintenant décomposé par la peur.
« Pars, Jamie. Prends le ferry du soir. Si Cleary apprend que tu as parlé...
— Il le saura. » Jamie attrapa son sac, déjà vers la porte. « Il sait tout. C'est pour ça qu'il est dangereux. » Il marqua une pause sur le seuil et se retourna une dernière fois. « Il était au village avant l'arrivée du Morven, Isla. Avant la tempête. Avant le conteneur. Avant toi. Il a peut-être déjà une peau accrochée au mur de quelque part. Et si je connais bien la mentalité des chasseurs... il ne repartira jamais sans la sienne. »
La porte claqua. Isla resta seule dans le laboratoire, la clé USB serrée dans son poing, le ronronnement des réfrigérateurs comme un battement de cœur mécanique. Dehors, la mer montait, grise et patiente. Et quelque part, dans le cottage de Tam, un homme qui portait deux vies dans sa poitrine l'attendait — sans savoir que l'homme qui venait de frapper à sa porte notre n'était pas un bureaucrate, mais un chasseur qui avait déjà parcouru des siècles pour trouver sa proie.
Elle sortit son téléphone. Son pouce hésita au-dessus du nom de Tam. Puis elle composa le numéro du poste de garde-côtes.
« Ici Isla MacRae. J'ai besoin d'une vérification des registres d'immigration. Un homme du nom de Cleary. — Une seconde. » Une pause, le cliquetis d'un clavier. « Dr MacRae, un seul résultat. Clément Cleary, passeport irlandais, né en 1947. Mais il y a un problème. » La voix de la standardiste baissa d'un ton. « Le système le signale comme... c'est bizarre. Sa date de naissance est correcte, mais les mentions légales associées au passeport indiquent qu'il est inscrit *à titre posthume*. Ce passeport appartient à un homme décédé en 1988. »
Isla sentit le monde entier se rétrécir à la taille d'une pièce de monnaie.
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