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La Marée de la Femme-Phoque

Lire le chapitre 9: The Missing Boat

Le vent était tombé, mais la mer ne s'était pas calmée. Elle grondait contre la base des falaises, une houle sourde et régulière, comme si elle respirait encore de la nuit passée. Isla avait marché deux kilomètres le long du sentier de crête, Jamie derrière elle en silence, quand elle avait vu le *Morven*.

Le bateau gisait sur le flanc dans la crique de Corradh, sa coque bleue labourée de longues rayures blanches, le pont incliné vers le ciel. Il était trop loin de l'eau. Beaucoup trop loin.

« Merde, » souffla Jamie, la voix étranglée.

Isla ne répondit pas. Elle descendit la pente raide, glissant sur les galets mouillés, et s'arrêta devant le navire renversé. La coque était intacte à part les rayures. Pas de dégât de tempête. Pas de rocher visible dans cette anse de sable doux. Les amarres pendaient, sectionnées net, et une plage de gravier s'étendait entre la proue et la ligne des vagues.

Personne ne tire un bateau comme ça sur une plage. Pas avec la mer encore haute.

« La tempête n'était pas assez forte, » dit-elle à voix haute. Jamie grimpa derrière elle, soufflant. « Regarde le sable. Il n'y a pas un seul débris. Rien n'a frappé la coque. »

Jamie plissa les yeux. « Ça a pu être rejeté par une vague géante ? »

« Une vague géante n'aurait pas laissé les dorades dans la glacière intactes. »

Elle contourna la poupe et grimpa sur le côté du bateau. Le cockpit était exposé, l'eau de pluie s'accumulant dans les creux. Elle se laissa tomber à l'intérieur, atterrissant dans quelques centimètres d'eau sale, et immédiatement elle vit ce qui clochait.

Les cartes étaient éparpillées sur la console, trempées mais lisibles. Une tasse de café renversée. Le journal de bord était ouvert à une page humide, l'encre baveuse mais encore déchiffrable. Isla s'approcha et lut.

La date, trois jours après son départ. Mais elle n'était pas sur l'île, cette nuit-là. Elle était à Glasgow pour une réunion de financement. Personne n'avait touché au *Morven*. C'était sa règle, sa responsabilité.

Sa main trembla légèrement en tournant la page. Une autre entrée. Deux jours après son retour d'Édimbourg. Mais elle n'avait pas noté ça.

« Jamie, » appela-t-elle en restant penchée. « Tu as pris le bateau, le mois dernier ? »

Silence. Quelques secondes, trop longues. Puis : « Non. Jamais. »

Isla se redressa, le journal humide à la main. Les entrées étaient dans son écriture. Son écriture à elle. Elle reconnut les angles particuliers de son « a », la façon dont elle inclinait ses « t » sans les traverser complètement. Et pourtant, elle n'avait jamais écrit ces mots. *Relevé des phoques à 6h30. Cap au sud-est. Un mâle reconnu. Conditions calmes.*

« C'est faux, » murmura-t-elle. « J'étais à terre. Je n'ai jamais fait ce relevé. »

Elle lut la suite : des coordonnées imprécises, des notes qui semblaient correctes mais étaient animées d'une connaissance qu'elle ne possédait pas. Si quelqu'un avait falsifié son journal, c'était quelqu'un qui s'y connaissait en navigation.

Une tache de doigt sur le bord de la page. Elle leva le journal vers la lumière faible qui traversait la pluie fine. Une empreinte partielle. Grande.

Elle se retourna vers Jamie, qui se tenait sur la plage, les mains dans les poches. Il était pâle. « Est-ce que tu as vu quelqu'un près du bateau, la nuit de la tempête ? » demanda-t-elle.

Il détourna les yeux. Trop vite.

« Jamie. »

« J'ai rien dit parce qu'il y avait l'enfant et tout le monde criait au héros, » lâcha-t-il. « Mais je suis allé vérifier le générateur du labo avant l'orage. La lumière de la cale était allumée sur le *Morven*. Et je l'ai vu en sortir. »

Le sang d'Isla se figea. « Qui ? »

« Tam. » Jamie releva les yeux, un mélange de gêne et de crainte. « Il s'est éloigné vite quand il m'a vu. Il marchait vers le village, mais il s'est arrêté au bord de l'eau et il est resté là, à regarder la mer. Comme s'il attendait. »

Isla regarda le village derrière eux, les toits sombres sous une pluie qui redoublait. Tam avait passé la nuit dans son cottage. Blessé, affaibli, le visage encore marbré de fièvre. Mais il avait disparu pendant quelques heures ? Non. Elle avait dormi dans le fauteuil, près de la cheminée. Quand Angus était parti au petit matin, elle s'était réveillée à chaque craquement du plancher.

Sauf qu'elle était épuisée. Et son sommeil avait été impossible, entrecoupé de rêves de spirales.

Elle sauta du bateau et atterrit dans le sable, le journal serré contre sa poitrine. « Il faut rentrer. »

« Tu vas lui poser la question ? »

« Je dois bien. »

Jamie la suivit sur le sentier, les mains toujours dans les poches. Après quelques pas, il dit tout bas : « Isla, les gens parlent. Ils disent qu'il a fait venir l'orage. Ils disent que les morts dans la mer ont une façon de revenir chercher leur dû. »

« Les gens disent beaucoup de choses, » répondit-elle sans se retourner.

Elle ouvrit la porte de son cottage d'une poussée, s'attendant à le trouver au lit. La pièce était vide. Le lit était défait, la couverture jetée, et la fenêtre donnant sur la mer était ouverte. La pluie rentrait à l'intérieur, trempant le plancher.

« Tam ? »

Rien. Elle traversa la cuisine. La porte arrière était entrouverte. Elle poussa et sortit dans le petit jardin de pierres et de bruyère.

Il était là, assis sur le muret, les jambes nues, le torse nu, les mains ouvertes posées sur ses genoux. Il regardait l'horizon, à l'ouest, là où le ciel s'était déchiré en une bande lumineuse. Sa peau était pâle comme de l'écume, mais les marques argentées sur ses côtes n'avaient pas disparu. Elles s'étaient épaissies, des liserés de nacre que la pluie faisait briller.

« Tu es trempé, » dit-elle. « Il faut rentrer. »

Il tourna la tête vers elle lentement, et il y avait quelque chose de translucide dans ses yeux, comme si le vert de son iris s'était éclairci de la couleur de la houle. « J'ai rêvé d'un bateau, » dit-il. « Il était vide. Quelqu'un l'appelait. »

Isla s'arrêta net. « Tam. La nuit de la tempête, es-tu sorti de la maison ? »

Il cligna des yeux. Un temps. Deux. « Je ne sais pas. »

« Tu ne sais pas ? »

« Il y a des trous. » Il passa sa main sur son front, laissant des gouttes. « J'ai des souvenirs d'eau, de bruit. Mais je ne sais plus si c'était cette nuit ou une autre. » Il la regarda, et son visage était sincère, dénué de malice. « Pourquoi ? »

Isla tenait encore le journal. Le papier était froid contre sa paume. Elle ne voulait pas le lui montrer, pas encore. S'il avait menti, il le ferait encore. S'il ne mentait pas, alors les implications étaient pires.

« Le *Morven* a été saccagé, » dit-elle. « Remonté sur la plage de Corradh. Et mon journal contient des entrées que je n'ai pas écrites. »

Il se leva lentement, comme si ses articulations étaient douloureuses. « Tu crois que c'est moi. »

« Je crois que toutes les preuves montrent vers toi, » dit-elle. « Mais les preuves ne sont pas la vérité. Dis-moi. Es-tu sorti cette nuit-là ? »

Il baissa la tête. Long silence. La pluie tambourinait sur sa peau et sur les pierres. « Je veux te dire non. » Sa voix était rauque. « Je veux que ce soit vrai, que je suis resté près de toi, que rien ne m'a fait sortir dans cette nuit. Mais quand je cherche dans ma tête, je vois une lumière. Une lumière qui clignote, là-bas, sur l'eau. Et je ne sais pas si c'est un souvenir ou un mensonge. »

Isla sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine, pas de colère, mais de peur. Peur de ce qu'il était, de ce que la mer faisait de lui. Peur d'elle-même, d'avoir laissé entrer dans sa maison un inconnu que toute l'île commençait à regarder avec de la crainte ou de la haine.

Elle inspira. Expira. « Viens à l'intérieur. Tu es malade. »

« Tu es toujours en colère ? »

« Je n'ai pas fini d'être en colère, » dit-elle. « Mais être trempé dehors n'aidera personne. »

Il la suivit à l'intérieur, ferma la porte arrière derrière lui. Elle jeta une serviette sur ses épaules et il resta là, silencieux, l'air perdu dans un village qui n'était pas le sien, dans un corps qui lui échappait.

Elle déploya le journal sur la table, les pages humides se gondolant, et elle commença à lire les entrées fausses, les relisant vingt fois, cherchant un détail qu'elle aurait pu avoir écrit sans s'en souvenir. Une phrase lui sauta aux yeux. *Le chant monte. L'ouest répond. Les phoques se rassemblent à Corradh.*

Corradh. La crique où le bateau avait été retrouvé.

Elle regarda par la fenêtre. La pluie s'était calmée, et dans la lumière déclinante, la mer était une plaque de plomb brut. Quelque part là-bas, au-delà de l'horizon, le rythme de la houle semblait battre comme un cœur.

Tam s'assit près de la cheminée, la serviette autour des épaules, et ne dit rien. Il n'avait pas de réponse. Et peut-être que la mer ne lui en donnerait jamais.