La Part du Signaleur
Lire le chapitre 14: The Traitor's List
La rue Mafeking était une rangée de maisons en brique sombre, collées les unes aux autres comme des dominos fatigués. Arthur marchait vite, le col de son manteau relevé, les billets froissés dans sa poche intérieure lui brûlant la poitrine à chaque pas.
Le numéro douze se trouvait au milieu du rang. Une lumière faible filtrait à travers les rideaux du rez-de-chaussée. Il s'arrêta sous un réverbère cassé, observa la rue dans les deux directions. Personne. Pas de voiture garée, pas d'ombre suspecte. Seulement la bruine fine qui rendait les pavés luisants.
Il contourna la maison par une allée étroite qui sentait le chou bouilli et le charbon. La cour arrière était encombrée de caisses de bouteilles vides. La porte de service était verrouillée, mais la serrure était vieille et le loquet céda après deux torsions de son couteau.
L'odeur le frappa avant qu'il ait franchi le seuil. Fer, cuivre, quelque chose d'âcre et d'irrévocable. Il connaissait cette odeur depuis la guerre. Il poussa la porte.
Lila était au sol, dans la cuisine. Le sang avait formé une flaque sombre sous sa tête, déjà coagulé aux bords, encore luisant au centre. Ses yeux étaient ouverts, fixant le plafond comme si elle comptait les fissures. La radio qu'elle utilisait au repaire était renversée contre le mur, un fil arraché.
Arthur resta immobile un long moment. Il avait vu des morts avant. Beaucoup. Mais celle-ci avait une qualité particulière d'injustice — une femme jeune, un anneau gravé qu'elle lui avait glissé dans la paume quelques heures plus tôt.
Il s'agenouilla, évitant la flaque. Pas de blessure apparente à la poitrine. Il souleva précautionneusement sa tête. Ses doigts trouvèrent la blessure à la nuque, petite, nette. Un coup de couteau précis. Professionnel.
Scar, probablement. Ou quelqu'un du même genre.
Arthur fouilla la pièce rapidement. La cuisine était en désordre — pas le désordre d'une perquisition sauvage, mais celui d'une recherche méthodique. Les tiroirs étaient ouverts, le contenu de son sac à main répandu sur la table. Son portefeuille était vide.
Dans la chambre, le matelas était déplacé, les vêtements arrachés des cintres. La salle de bain — rien. Il allait ressortir quand son pied heurta quelque chose sous la table de chevet. Une boîte de biscuits en fer, écrasée comme si on avait marché dessus.
À l'intérieur, un carnet à moitié brûlé. Ses bords étaient noircis, certaines pages réduites en cendres fragiles, mais le centre avait survécu. Arthur l'emporta dans la cuisine où la lumière était meilleure.
Des noms. Une liste manuscrite, d'une écriture serrée et nerveuse.
*Victor March — coordination* *Scar (Barclay) — muscle* *Eddie Marsh — signal* / *disparu* — ces mots étaient soulignés deux fois.
Arthur reprit son souffle. Il continua.
*Arthur Phelps — signal principal* — son propre nom était là, d'une écriture plus récente, ajoutée au-dessus d'un autre nom raturé. Il frotta le papier, mais l'encre avait trop imprégné la fibre pour lire ce qui se cachait dessous.
En dessous, quatre noms qu'il ne connaissait pas : *Coley, Dunn, Sprott, Petty*. Et finalement, tout en bas, dans un coin de page, presque comme une pensée jetée en vitesse :
*R.V. — don't fail on this one. Marsh gone. Doubts about Phelps.*
Arthur relut ce dernier passage trois fois. *Marsh gone.* Eddie Marsh n'était pas *disparu* — il était mort, probablement pour les mêmes raisons que Lila venait de mourir. Et *doubts about Phelps*… il était déjà marqué depuis avant le casse. Depuis le début.
Il retourna le carnet. La dernière page avait été arrachée, ne laissant qu'une cicatrice de papier dentelée. Mais une empreinte de stylo s'était propagée sur la page suivante — une écriture appuyée, presque furieuse. Arthur posa la page contre la fenêtre et la lumière sale de la rue révéla les mots en transparence.
*If I die, Victor gets the rest. But he won't find the ledger. It's where Phelps works — the one place Victor won't look for papers.*
La salle des signaux. Son lieu de travail. La cabine de verre et de bois d'où il avait arrêté le train.
Un bruit sourd venant de la rue. Des pas, plusieurs paires. Arthur tendit l'oreille. Une portière claqua. Il écarta le rideau d'un centimètre : une voiture noire, moteur au ralenti, et deux hommes qui traversaient la rue vers la porte de Lila.
Les flics ou les hommes de Victor. Peu importait — dans les deux cas, il n'avait rien à gagner à être trouvé là.
Il glissa le carnet dans sa poche, hésita une seconde près du corps de Lila. Il retira son manteau et le posa délicatement sur elle, couvrant son visage. Un geste insuffisant, pitoyablement insuffisant, mais c'était tout ce qu'il pouvait faire.
La porte d'entrée s'ouvrit avec un bruit sec au moment où Arthur se glissait par l'arrière. Il traversa la cour, sauta la clôture basse, atterrit dans un jardin voisin plein de buissons sauvages. Derrière lui, une voix — grave, autoritaire :
— La cuisine ! Quelqu'un est passé par là, c'est encore tiède.
Il courut sans regarder en arrière, à travers deux autres jardins, puis dans une ruelle qui serpentait vers le nord, loin de Mafeking Street, loin de la mort de Lila.
Mais quelque chose le ralentit. Au bout de la rue, adossé à un mur de briques, il s'arrêta pour reprendre son souffle. *Il faut que je voie le carnet. Le reste du carnet.* Il l'avait en poche — mais une partie avait brûlé, avait été emportée ou détruite avant son arrivée. La moitié de la liste, les connexions, la planification — tout cela était parti en fumée ou chez les hommes de Victor.
Le nom d'Eddie Marsh surgit à nouveau dans son esprit. *Eddie était signaliste.* Comme lui. Eddie avait disparu avant le casse, et on avait donné son rôle à Arthur. Eddie avait probablement été tué pour avoir voulu reculer ou pour avoir parlé à la mauvaise personne. Et Lila était la femme d'Eddie — ou quelque chose de proche — et elle avait donné son alliance à Arthur comme un message.
*La page arrachée.* Qu'est-ce qu'elle contenait ? Quelque chose que les hommes de Victor étaient venus chercher. Quelque chose que Lila avait refusé de révéler avant de mourir.
Arthur glissa la main dans sa poche et sentit l'alliance au fond, contre la doublure. Il l'en sortit, la fit tourner entre ses doigts. *E.M., 1959.* Eddie Marsh. Mariés en 1959. Il fourra la bague contre son poing, les jointures blanches.
Il devait trouver Old Tom. Le vieux signaliste de nuit connaissait Eddie mieux que personne — ils avaient travaillé ensemble pendant des années. Si quelqu'un savait ce qu'Eddie avait découvert avant de mourir, c'était Tom. Et avec les flics officiellement à ses trousses et Victor qui venait de tuer la seule personne susceptible de l'aider, Arthur n'avait plus beaucoup d'options.
Le carnet était brûlé, mais l'empreinte lui avait donné une piste. Un endroit que Victor ne chercherait pas. La salle des signaux.
Mais il ne pouvait pas y aller tant qu'il ne connaissait pas Old Tom à propos de la clé. Si Eddie avait caché quelque chose sur son lieu de travail, le vieux saurait exactement quoi.
Arthur remonta son col et se fondit dans la nuit londonienne, les noms des morts lui trottant dans la tête comme un compte à rebours.
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