La Part du Signaleur
Lire le chapitre 20: The Soho Cellar
La cave sentait le moisi et le renfermé, un mélange de vieux papier, de poussière et de sueur séchée. Arthur fit jouer la serrure avec la clé que le mot codé avait désignée — une simple clé de boîte aux lettres, grise et banale, qui contrastait avec la lourde porte de chêne qu'elle ouvrait. Le battant céda dans un grincement sourd et il s'avança dans l'obscurité, la torche de sa poche découpant un cône de lumière tremblante.
Soho. La note de son père, déchiffrée avec l'attention d'un homme qui joue sa vie, l'avait mené jusqu'ici, sous un club de jazz discret où les fenêtres du rez-de-chaussée étaient condamnées par des planches. Au sous-sol, dans cette cave voûtée de briques suintantes, la vérité l'attendait.
Il balaya la pièce du faisceau et retint son souffle. Des caisses en bois s'empilaient contre les murs, étiquetées à la main : *Porcelaine, Delft, expédition n° 14*. Mais les couvercles, mal refermés, laissaient voir ce qu'elles contenaient vraiment. Arthur souleva celui d'une caisse marquée *Thé, Ceylan*. Des liasses de billets, serrées en paquets réguliers, alignées comme des briques. Il compta les rangées, puis renonça — au-delà de deux cent mille livres, les chiffres perdaient leur sens.
Ce n'était pas la marchandise qui l'intéressait. C'était la paperasse.
Dans un coin, une armoire métallique verte, cabossée, fermée par un cadenas de fortune. Arthur sortit son tournevis, fit sauter le cadenas — une affaire de quelques secondes — et ouvrit les portes. Des chemises cartonnées, classées par mois, s'alignaient sur les étagères. Il en tira une au hasard : *Rapports confidentiels — Liaison ferroviaire Est-Anglie, 1959-1961*.
Il l'ouvrit. La première page portait l'en-tête du ministère des Transports. La signature, au bas, était illisible — mais le sceau était authentique, tamponné à l'encre rouge, avec une date et un numéro de référence. Arthur sortit son appareil photo — un petit Kodak qu'il avait payé trente shillings chez un prêteur — et commença à photographier les documents, page après page.
Ils parlaient de choses que le public n'était pas censé savoir : des mouvements de fonds non déclarés via les lignes royales, des exonérations accordées à des noms que les journaux n'avaient jamais publiés, des accords passés entre des fonctionnaires et des sociétés écrans dont les bénéficiaires étaient masqués par des montages juridiques complexes. Un nom revenait régulièrement, en abréviation dans les marges : *R.V.*
Le Colonel R.V., songea Arthur en photographiant une note interne plus explicite que les autres — une note de service ordonnant que les colis étiquetés « courrier diplomatique » soient acheminés sur la ligne de Peterborough sans inspection. Un détournement de fonds publics, exécuté au nez et à la barbe de tous, sous le couvert de la sécurité de l'État.
*La question n'est plus de savoir s'il est corrompu. La question est de savoir ce qu'il fera pour que ça reste secret.*
Il rangea la chemise, en sortit une autre. Celle-là était marquée *Personnel — Dossier E.M.* Il retint son souffle en l'ouvrant.
La photo d'Eddie Marsh, plus jeune de quelques années, agrafée au coin supérieur de la première page. Sa fiche était annotée d'une écriture serrée et rageuse, trop rapide pour être administratrice : *Exfiltré du réseau. Capturé le 12 mars. Détention : entrepôt A7, zone des docks, tourelle de chargement n° 3. Trois hommes en rotation. Nourriture tous les deux jours.*
Arthur resta immobile, la fiche serrée entre ses doigts. *Exfiltré du réseau.* Quelqu'un avait écrit ça. La date — le 12 mars — précédait de trois semaines la disparition officielle d'Eddie. Et la mention d'un entrepôt, d'une détention, d'hommes en rotation : ce n'était pas le rapport d'une exécution. C'était celui d'une captivité en cours.
*Il est vivant.*
Il photographia la fiche, deux fois, puis replaça le dossier dans l'armoire avec un soin méticuleux. Quand il referma les portes métalliques, le bruit lui parut énorme aux tympans, dans le silence de la cave. Arthur s'arrêta, tendit l'oreille. Rien qu'un tuyau qui gémissait sous le plancher d'en haut, et la rumeur sourde d'une ville qui vit au-dessus en ignorant ce qui pousse dans ses sous-sols.
Il regagna l'escalier, la pellicule de son appareil protégée dans sa veste contre les battements de son cœur. Une étape de plus avant que la lumière du jour le retrouve : il scruta la rue dans l'interstice de la porte entrouverte. Un laitier attardé, un homme qui marchait d'un pas pressé, une femme avec un cabas. Rien de suspect.
Il resta pourtant trois minutes immobiles, à observer. L'enseignement de son père, dans une vie antérieure, remontait à travers les années : *Avant de sortir, vérifie que personne ne t'attend à la sortie.*
Pas de long manteau en vue.
Arthur prit une profonde inspiration. Posant le pied sur la première marche de l'escalier qui montait vers la rue, il faillit glisser sur un paquet de journaux abandonnés contre le mur — deux semaines de piles informes, mouillées par l'humidité, que la cave accumulait comme un estomac. Il donna un coup de pied distrait dans le papier détrempé pour éclaircir le passage et aperçut, dessous, une caisse plus petite que les autres, en bois brut, sans étiquette.
Sa curiosité de signalman — qui voit tout, qui remarque l'anomalie — prit le dessus. Il retourna la caisse, fit jouer le couvercle avec son tournevis. À l'intérieur, protégées par des journaux emballés soigneusement : deux plaquettes gravées de cuivre — plaques de chaudière de locomotive, reconnut-il — portant chacune un nom : *Mallard* et *Flying Scotsman*.
Pas des vraies. Des copies. Mais de bonnes copies, des moules précis qui trahissaient l'intention.
*Ils faisaient des répliques des trains qu'ils volaient, pour les vendre aux collectionneurs pendant que les originaux rechargeaient à King's Cross.*
Il sourit malgré lui, d'un sourire dur. Victor avait des goûts qu'il n'avait jamais soupçonnés.
Mais cette caisse lui donnait une indication : la planque servait encore, et elle était régulièrement visitée. Le courrier datait de moins de deux jours sous les paquets de journaux.
Arthur remit la caisse en place, recolla les journaux autour comme il les avait trouvés, et se hissa enfin vers la lumière du jour. Il n'était que huit heures du matin. La ville était encore fraîche, le ciel couleur de vieille ostie sur les toits de Soho.
Dans sa poche, la pellicule lui brûlait la cuisse comme une braise. Les images de la cave avaient tout changé. Il savait maintenant où Eddie était retenu. Il savait qui le détenait. Et il savait que le Colonel R.V. — quel qu'il fût — laissait suffisamment de traces pour que des hommes comme lui, qui savaient lire entre les lignes, puissent le faire tomber.
Une seule question le taraudait, obsédante, tandis qu'il remontait vers Old Tom's café pour y attendre que la nuit tombe : *pourquoi la cave de Soho n'était-elle pas gardée ?* Aucun cadenas sérieux, aucun homme en faction, aucun système d'alarme — rien qu'une porte de chêne et une clé que seuls quelques initiés étaient censés posséder.
La réponse lui vint au moment où il tournait dans Dean Street. *Parce qu'elle est censée passer inaperçue. Et parce que personne de vivant n'est encore ressorti d'ici sans autorisation.*
Il avait violé la règle. Restait à savoir quand ils s'en rendraient compte.
Arthur accéléra le pas, l'instinct de survie aiguisé par une vie passée à guetter les signaux de danger. Derrière lui, dans la vitrine d'un café, le reflet d'un homme en long manteau s'arrêta net au moment où lui-même s'arrêta.
Il n'avait pas vérifié assez longtemps. Il n'avait pas regardé assez loin.
Le long manteau sourit — un sourire jaune dans une face de fouine — et leva doucement une main pour lui faire signe.
Arthur connaissait ce visage. C'était l'homme de la gare Victoria. Celui de Wapping. Toujours en arrière-plan, jamais tout à fait net, pareil au grain de poussière sur la lentille qui finit par devenir une silhouette.
Cette fois, au lieu de fuir, Arthur commit l'erreur — ou l'audace — de l'attendre.
L'autre le rejoignit en quelques enjambées, un sourire de mauvais augure aux lèvres.
« Vous êtes Phelps, dit l'homme sans lui demander confirmation. On m'a dit de vous trouver avant la tombée de la nuit. »
La main de l'inconnu plongea dans sa poche. Arthur banda ses poings, prêt à tout.
L'homme ressortit sa main : pas une arme, mais une enveloppe, élimée aux coins. « Votre père aurait voulu que vous l'ayez. Avant que vous fassiez une bêtise. »
Puis il tourna les talons et s'évanouit dans la foule matinale avant qu'Arthur ait eu le temps de déglutir son erreur.
L'enveloppe ne portait pas de nom, seulement des initiales à l'encre pâlie par les années : *A.P.* — presque effacées mais reconnaissables.
Ses initiales à lui. Une enveloppe adressée à lui-même, à l'avance, par un homme qui savait où il se trouverait un matin de juin à Soho.
Arthur l'ouvrit, les mains tremblantes. Dedans, une seule feuille, tapée à la machine, datée de 1954, signée de l'écriture de son père.
*Arthur, si vous lisez ceci, c'est qu'ils ont compris ce que vous cherchez. Voici ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez : Eddie Marsh est mon homme, pas le leur. Il est la taupe que j'avais placée il y a dix ans. Libérez-le — et apprenez de lui où je me trouve.*
*Votre père, qui n'a jamais cessé de surveiller vos horaires.*
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