La Peste du Tunnel
Lire le chapitre 30: The Stowaway
Le cognement reprit, cette fois plus net — trois coups, une pause, trois coups. Élise colla son oreille contre la paroi métallique du wagon, retenant son souffle. Quelque chose, quelqu'un, répondait à leur présence.
— Ce n'est pas un système de la SNCF, murmura Marcel, une lampe torche à la main. Le réseau des galeries de service est condamné depuis 1998. Officiellement.
Alfred s'approcha, le visage durci par l'oxygène raréfié. Son souffle se condensait en fines volutes.
— Officiellement. Qu'est-ce que vous insinuez ?
— Que quelqu'un vit dans les interstices de ce tunnel. Quelqu'un qui ne veut pas être trouvé.
Le martèlement reprit, plus insistant. Trois coups. Pause. Trois coups. Puis un grattement — lent, précis, comme des ongles cherchant une prise.
Élise longea la paroi, les doigts courant sur les rivets. Ses phalanges s'arrêtèrent sur une jointure plus large que les autres, presque invisible dans l'obscurité. Une soudure propre. Trop propre.
— Marcel. La lampe.
Il l'éclaira. La soudure dessinait un rectangle d'environ soixante centimètres sur quarante. Un panneau. Elle chercha un verrou, une poignée, et trouva finalement une petite encoche dissimulée sous une plaque de sécurité.
— C'est un compartiment technique condamné, dit Antoine, qui venait de les rejoindre en s'appuyant contre la porte. Sur les anciens modèles, ils servaient au stockage du matériel de secours. La plupart ont été scellés après la mise à niveau de 2012.
Les coups reprirent, juste derrière le panneau, et une voix s'éleva — faible, rauque, mais humaine.
— Vous êtes… vous êtes là ? S'il vous plaît…
Élise inséra ses ongles dans l'encoche et tira. Le panneau résista un instant, puis céda avec un grincement de métal rouillé. Une odeur âcre d'urine et de transpiration s'en échappa, et une forme s'effondra à leurs pieds.
Une femme. La quarantaine, les cheveux emmêlés, le visage creusé par des jours, peut-être des semaines, passés dans ce réduit de cinquante centimètres de profondeur. Ses vêtements — une blouse de laboratoire maculée sous un manteau épais — étaient en lambeaux. Elle cligna des yeux, éblouie par la lampe de Marcel.
Antoine recula d'un pas. Sa main tremblait — Élise le remarqua, et le vit pâlir encore davantage.
— Irène ?
La femme releva la tête, les yeux s'écarquillant lorsqu'elle reconnut la voix.
— Antoine ? Antoine Mercier ? Vous êtes… Vous êtes censé être mort.
— Censé l'être, oui.
Un silence tendu s'installa. Élise observa l'échange, les fils invisibles qui se tissaient entre les deux scientifiques.
— Vous vous connaissez ?
— Irène Chauvel, répondit Antoine. Virologiste. Elle travaillait à l'Institut Pasteur avant…
— Avant que je découvre ce que faisait réellement votre ami Renaud, coupa Irène, la voix rauque mais ferme. Ce que vous faisiez tous, probablement.
Le nom de Renaud retentit comme un coup de feu dans le wagon silencieux. Élise sentit son estomac se nouer. Elle se pencha vers Irène, l'aidant à s'asseoir contre la paroi.
— Parlez.
Irène toussa, un son sec qui résonna dans l'espace confiné. Ses doigts serrèrent le pan de son manteau.
— Le virus ne s'est pas échappé d'un laboratoire pharmaceutique. Il a été conçu là-bas. Développé dans les laboratoires Halcyon Biotech, au sud de Paris. Le variant qui circule dans ce train est une version atténuée de leur prototype initial — celui qu'ils testaient pour leur nouveau vaccin.
Alfred s'avança, les poings serrés.
— Vous mentez. Renaud était un homme de science. Il a passé sa vie à…
— Renaud était un agent commercial. Il était payé pour injecter le prototype à des cobayes humains et observer la progression. Le virus était conçu pour être juste assez virulent pour susciter la panique, mais pas assez pour tuer avant que le vaccin ne soit déployé. Une démonstration de produit grandeur nature.
Un murmure parcourut le wagon. Les passagers qui étaient encore assez forts pour écouter s'étaient rapprochés, leurs visages livides éclairés par la lampe de Marcel.
— Comment savez-vous tout cela ? demanda Élise.
Irène plongea la main dans la poche intérieure de son manteau, en sortit une clé USB à moitié écrasée et un carnet couvert d'une écriture serrée, presque illisible.
— J'étais leur responsable qualité. J'ai vérifié les protocoles, les chaînes de conditionnement, les lots de production. J'ai vu leurs notes internes. J'ai compris que ce que nous fabriquions n'était pas un traitement — c'était un déclencheur. Renaud a été l'un des premiers expérimentateurs. Il devait libérer le virus dans un lieu confiné à forte densité de population et documenter la propagation.
Elle chercha le regard d'Alfred.
— Le voyage en train était un terrain d'essai idéal. Pas de possibilité de fuite. Des victimes à proximité immédiate. Un scénario de pandémie contrôlée.
Le silence qui suivit était si épais qu'Élise pouvait entendre battre son propre cœur. Alfred semblait s'être vidé de toute son énergie, adossé contre une banquette, le visage masqué.
Antoine s'humecta les lèvres.
— Et la solution ? Le sérum que je fabrique à partir de mon sang ne suffit pas. Nous avons besoin d'une véritable thérapie.
Irène se redressa, une lueur d'espoir — ou de détermination — traversant son regard épuisé.
— Halcyon a développé un anticorps de synthèse produit à l'aide d'un virus modifié. Leur plan était de l'utiliser comme traitement d'appoint si les choses dégénéraient. J'ai copié les séquences. Je connais le protocole de production par cœur.
Elle saisit la main d'Élise, ses doigts froids et osseux s'enroulant autour des siens.
— Vous avez un laboratoire improvisé. Vous avez Antoine. Vous avez moi. Si vous pouvez me trouver du matériel stérile et une source d'énergie, je peux produire le vaccin.
Le silence dura une seconde. Deux. Puis Élise sentit quelque chose se dénouer dans sa poitrine — un fil qu'elle avait porté si longtemps qu'elle avait oublié qu'il existait.
— Le matériel est dans le wagon infirmier, dit-elle. Il nous reste environ une heure avant que la batterie de guidage ne meure complètement. Combien de temps pour votre protocole ?
Irène haussa un sourcil, la fatigue cédant brièvement à quelque chose de plus vif.
— Avec le matériel que vous avez ? Quatre à six heures. Si vous pouvez maintenir l'électricité.
Élise se tourna vers Marcel. L'ingénieur, assis sur une caisse, la regardait avec un mélange d'espoir et d'appréhension.
— Marcel. Y a-t-il un moyen de détourner l'alimentation du système de guidage pour alimenter le laboratoire ?
L'homme réfléchit, les yeux plissés dans la pénombre.
— Les câbles du système de communication sont séparés. Les relais sont morts, mais le cuivre est encore intact. Je peux faire un pontage. On aura peut-être vingt, trente minutes de courant — pas plus.
— Trente minutes nous suffiront pour stabiliser la culture initiale, répliqua Irène.
Alfred s'approcha d'Élise, baissant la voix.
— Si elle ment — si c'est encore un piège, une manipulation d'Halcyon…
— Alors nous aurons perdu trente minutes d'un oubli que nous n'avions pas de toute façon.
Elle se tourna vers Irène, tendit la main.
— Montrez-nous.
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