La Promesse Blessée
Lire le chapitre 29: The Locket's Secret Unveiled
La pluie de Paris tombait fine et obstinée, comme si la ville elle-même pleurait avec eux. Les roues de la voiture de louage crissaient sur les pavés mouillés de la rue Vivienne, et Élise n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils avaient franchi les barrières de la ville. James la regardait à la dérobée, le visage fermé, le cœur lourd de ce poids qu'elle portait désormais—ce frère mort dans ses bras, ce sacrifice qu'elle ne lui pardonnerait peut-être jamais.
Ils trouvèrent l'hôtel particulier de Marguerite grâce aux indications que la vieille femme leur avait données avant de les quitter pour regagner Paris par ses propres moyens. Une servante les fit entrer sans poser de questions, les menant à travers un corridor faiblement éclairé jusqu'à une chambre du premier étage où l'air sentait la cire chaude et la fièvre.
Marguerite était étendue sur un lit à baldaquin, la peau cireuse, les yeux fiévreux mais lucides. Sa blessure, malgré les soins d'Élise quelques jours plus tôt, avait viré à une infection profonde qui remontait le long de sa clavicule. Un médecin se tenait près de la fenêtre, secouant la tête avec une résignation professionnelle.
— Élise, murmura Marguerite en tendant une main décharnée. Tu es venue.
— Je n'aurais jamais dû te laisser partir, répondit Élise en s'asseyant au bord du lit, saisissant la main fiévreuse dans les siennes. J'aurais dû t'accompagner.
— Tu avais une mission plus urgente. Ton frère…
La voix de Marguerite se brisa. Elle savait. Peut-être l'avait-elle lu dans les yeux d'Élise, cette blessure plus profonde que toutes celles qu'elle avait pansées sur les champs de bataille.
— Il est mort, dit Élise simplement. Il est mort pour que je puisse venir te trouver.
Marguerite ferma les yeux un long moment. Quand elle les rouvrit, ils étaient secs et durs comme de l'ardoise.
— Alors il ne faut pas que ce soit en vain, dit-elle. Approche-toi. Et vous aussi, l'Anglais.
James s'approcha du lit, s'agenouillant à côté d'Élise. Marguerite chercha quelque chose sous son oreiller—un mouvement lent, douloureux—et en tira un médaillon d'argent terni, ovale, à la chaîne brisée.
— Ton frère, dit-elle à Élise. Il m'a confié ceci avant d'être capturé. Il savait que s'il ne survivait pas, la mission devait continuer. Le médaillon est à toi maintenant.
Élise prit l'objet. Il était froid et léger, orné d'un motif de roses entrelacées gravé sur le couvercle. Elle l'ouvrit d'un geste tremblant, s'attendant à trouver un portrait miniature—peut-être de leur mère, peut-être de Pierre lui-même.
À l'intérieur, il n'y avait que le vide. Une petite cavité poussiéreuse où un portrait aurait dû se trouver.
— Il n'y a rien, souffla-t-elle.
— Cherche dans le compartiment caché, dit Marguerite, la voix de plus en plus faible, le souffle court. Le fermoir du côté droit. Tourne-le, ne le tire pas.
Élise obéit. Son pouce trouva le minuscule fermoir, le fit pivoter dans le sens des aiguilles d'une montre avec une résistance qui cédait doucement. Un déclic discret, et la doublure intérieure du couvercle se souleva, révélant une seconde cavité.
À l'intérieur reposait un carré de verre minuscule, pas plus grand qu'un ongle, collé sur un fragment de papier noir comme de la suie.
James se pencha pour mieux voir.
— C'est un microdot, murmura-t-il. Une technique utilisée par certain services de renseignement. L'information est réduite à une taille microscopique. Il faut une loupe de très forte puissance pour le lire.
— Le banquier, dit Marguerite. Necker. Il a les instruments nécessaires. Le code que ton frère t'a donné—Hélène—t'ouvrira la chambre forte du troisième sous-sol. Personne n'y a accès sans ce mot de passe et cette carte de verre.
Élise serra le médaillon dans sa paume. Le nom de sa mère, prononcé par Pierre dans ses derniers instants, résonnait encore dans sa mémoire. Hélène. Sa mère, morte quand elle avait six ans, dont le visage n'existait plus que dans les rêves de son enfance. Pourquoi ce nom-là ?
— Je sais ce que tu penses, dit Marguerite, comme si elle lisait dans ses pensées. Pourquoi le nom de ta mère ? Parce que ce n'est pas seulement ton frère que tu cherches à venger, Élise. Ta mère travaille pour Necker.
Le choc traversa Élise comme un coup de couteau. James dut la retenir par le bras pour l'empêcher de tomber.
— Ma mère est morte. Elle est morte quand j'avais six ans.
— Ta mère a disparu quand tu avais six ans, corrigea Marguerite. C'est différent. Elle avait découvert ce que les officiers renégats préparaient—elle travaillait pour le contre-espionnage français, une espionne parmi les espions. Quand ils l'ont démasquée, elle a disparu. On t'a dit qu'elle était morte. Mais vivante ou morte, je ne peux pas te le dire. Je ne sais pas.
Élise sentit le monde vaciller autour d'elle. Pierre mort dans ses bras, la voix de sa mère prononcée comme un mot de passe, et maintenant cette révélation qui faisait trembler tout ce qu'elle avait cru savoir. Sa mère n'était pas seulement un fantôme de son enfance—elle était peut-être encore de ce monde.
— Ma mère travaille pour Necker, répéta-t-elle comme pour s'en convaincre.
— Travaille. Était. Les deux peut-être. Necker est le seul qui sait. Va le trouver.
La main de Marguerite se crispa sur le drap. Sa respiration devint sifflante, laborieuse. Élise voulut s'occuper d'elle, changer les bandages, tenter quelque chose—mais le médecin lui posa doucement une main sur l'épaule.
— Cela ne sert plus à rien, mademoiselle. La gangrène a atteint le cœur.
Marguerite ouvrit encore une fois les yeux, fixant Élise avec une intensité qui semblait défier la mort elle-même.
— Le médaillon… ne le donne à personne sauf à Necker. Il saura quoi faire. Et méfie-toi de la banque… il y a des hommes dans son entourage… je n'ai jamais pu prouver lesquels…
Sa voix s'éteignit. Sa main retomba sur le drap. Le médecin vérifia son pouls, puis se signa discrètement.
Élise resta immobile, le médaillon serré contre sa poitrine. Une femme l'avait guidée à travers la guerre et la trahison. Un frère mort pour elle. Une mère peut-être vivante. Et au centre de tout cela, une banque parisienne et un nom : Necker.
— Élise, dit James doucement. Nous devons y aller.
Elle se leva, sécha ses larmes d'un geste brusque, et glissa le médaillon dans sa poche intérieure.
— Nous allons chez Necker. Maintenant.
La banque de la rue Vivienne étendait sa façade grise et imposante sur trois étages de pierre, avec des fenêtres grillagées et une porte de chêne massif cloutée de fer. James et Élise s'arrêtèrent devant, l'après-midi déclinant jetant des ombres longues sur le trottoir.
— Tu es sûr de vouloir entrer avec moi ? demanda-t-elle. Tu es encore porteur d'un uniforme dont je te rappelle sans cesse la couleur.
James ne répondit pas tout de suite. Il regarda la banque, puis son regard revint vers elle, posé, inébranlable.
— Je suis là où je dois être, dit-il simplement.
C'est alors qu'Élise vit quelque chose dans la vitrine du libraire voisin. Un reflet. Deux hommes en redingote sombre, qui semblaient observer la banque depuis l'autre côté de la rue. Deux hommes dont les visages lui parurent étrangement familiers.
Ceux du Fort de la Mothe.
Elle saisit le bras de James.
— Ils nous ont retrouvés.
James suivit son regard. Ses mâchoires se serrèrent.
— Ils nous attendaient. Marguerite savait qu'ils viendraient.
— Alors nous devons entrer avant qu'ils ne se décident à agir.
Élise poussa la lourde porte de la banque, entraînant James dans la pénombre fraîche de l'établissement bancaire. Derrière elle, le verre de la porte reflétait une dernière image des deux hommes traversant la rue dans leur direction.
Le temps leur était désormais compté.
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