La Récolte de la Veuve
Lire le chapitre 15: The Chapel Dig
Le vent s’était levé avec la nuit, un vent d’ouest qui sentait l’iode et la terre retournée. Maeve tenait la lanterne basse, la flamme tremblante contre le verre, tandis que le sentier de pierres branlantes qui menait à la chapelle ruinée disparaissait sous ses bottes. Padraig marchait derrière elle, le sac de toile sur l’épaule, les outils cliquetant à chaque pas. Ashworth fermait la marche, son manteau noir relevé contre le froid, son regard balayant les collines comme s’il s’attendait à ce que quelque chose en surgisse.
— Vous êtes sûre de l’endroit ? murmura Padraig.
— Sûre, répondit Maeve, la voix plus ferme qu’elle ne se la sentait.
La chapelle se dressait au sommet de la lande, un squelette de pierre grise dont le toit avait cédé depuis des générations. Les murs tenaient encore, par habitude plus que par solidité. À l’intérieur, l’herbe poussait entre les dalles, et une avancée de ciel étoilé se découpait au-dessus de l’autel brisé. Maeve posa la lanterne sur un rebord de pierre sculptée, une tête d’ange à moitié rongée par le lichen, et sortit du sac la pelle et le pic.
Ashworth s’approcha de l’autel. Une table de granit fendue en deux, inclinée comme si le sol la rejetait.
— Le journal dit « sous l’autel », reprit Maeve. Pas à côté. Dessous.
Padraig cracha dans ses mains et souleva le pic. Le premier coup résonna dans le silence, un bruit sourd qui sembla s’enfoncer dans la terre plutôt que s’en échapper. Maeve compta les coups. Dix, vingt. Le granit céda par éclats, et bientôt ils purent soulever les deux moitiés de la table, révélant un sol de terre battue, plus sombre que le reste, comme si on l’avait creusé puis tassé à la hâte.
— Ici, dit-elle.
Padraig creusa. Ashworth éclairait, sa lanterne haute, sa mâchoire serrée. Maeve s’accroupit, les mains sur les genoux, regardant la terre voler. Le temps s’étira. Elle pensait à Colm, à ses doigts qui avaient dû tenir cette même pelle, à la peur qu’il avait dû ressentir, à la solitude de ce geste. Puis le métal du pic heurta quelque chose d’autre que la terre — un son mat, presque métallique.
Padraig s’arrêta. Il se baissa et gratta avec les doigts. Un bord de fer apparut, rouillé, gonflé par l’humidité du sol.
— Une malle, dit-il. Ou un coffre.
Ils creusèrent autour, dégageant un coffre de fer d’environ soixante centimètres de long, fermé par un cadenas dont le mécanisme avait pourri depuis longtemps. Padraig le tira d’une seule secousse, le posa sur le sol de terre à côté du trou. Maeve retint son souffle. Le coffre était lourd, mais pas autant qu’elle l’avait imaginé. Pas un poids de pièces. Un poids de papier.
Ashworth s’agenouilla et fit jouer le cadenas. Il céda sans résistance. Le couvercle s’ouvrit dans un grincement qui semblait venu d’un autre âge.
À l’intérieur, pas d’or. Pas de pièces. Un rouleau de parchemin cerclé d’une cordelette rouge, et au-dessus, une lettre pliée en quatre, cachetée d’une cire verte brisée. Maeve reconnut l’écriture sur l’enveloppe avant même de la déplier. L’écriture de son père.
Sa gorge se serra. Elle prit la lettre, la déplia lentement. L’encre avait pâli, mais demeurait lisible. Elle lut à voix haute, pour elle-même, pour les deux hommes, pour la nuit qui écoutait.
« À ma fille, Maeve. Si tu lis ces mots, c’est que tu as trouvé ce que j’ai laissé pour celle qui resterait. Je n’ai jamais voulu que tu portes le poids de ces terres. Elles m’ont été données par un homme qui les avait prises à un autre, et cette chaîne de mains sales ne s’arrête jamais. Dans ce coffre, le titre d’une terre en Amérique, au bord d’un lac que je n’ai jamais vu. Je l’ai payée avec ce que j’avais de plus cher, croyant que nous partirions. Mais ta mère est tombée malade, et je suis resté. Parce que parfois, la fuite est plus courageuse que la constance, et j’ai compris trop tard laquelle des deux aurait été la mienne. Pour celle qui reste : ceci n’est pas une prison. C’est une porte. »
Maeve relut les derniers mots plusieurs fois. Sa main tremblait. Padraig s’était relevé, sa casquette à la main, son regard posé sur elle avec une douceur embarrassée. Ashworth ne disait rien. Il regardait le parchemin roulé, la cordelette rouge.
— C’est quoi ? demanda Padraig.
Ashworth déroula le parchemin. Du papier épais, filigrané, couvert d’une écriture administrative anglaise, avec un plan grossier dessiné à l’encre brune — un lac, des collines, une croix.
— Un acte de propriété, dit-il lentement. Pour cent vingt acres au Michigan, au bord du lac Huron. Enregistré au nom de Liam Brennan.
Maeve releva la tête.
— Mon oncle Liam. Celui qui s’est noyé.
Ashworth examina plus le document, ses yeux courant sur les lignes.
— Pas mort, peut-être. Ou mort après avoir enregistré cette terre. Mais le titre est là. Et il est transférable. Le nom du bénéficiaire est laissé en blanc.
Padraig siffla doucement entre ses dents.
— Cent vingt acres. En Amérique. C’est pas un trésor, ça, c’est une vie.
Maeve regarda le trou ouvert, la terre fraîche, puis le coffre vide, puis la lettre dans sa main. L’or qu’elle avait espéré, les pièces qui auraient payé la semence, la farine, les dettes — un rêve de plus qui se dissipait. Mais ce que le coffre contenait était plus grand et plus lourd, et en même temps plus insoluble. Qu’est-ce qu’on faisait d’une terre en Amérique quand on était enchaîné à une terre en Irlande ?
— Il y a autre chose, dit Ashworth.
Il sortit du coffre une petite bourse de cuir, presque invisible dans l’ombre. Il l’ouvrit. Trois pièces d’or, ternies, marquées d’un sceau espagnol. Il les fit tourner dans sa paume.
— Trois pièces, dit Maeve. Comme les trois croix.
Ashworth la regarda. Le silence entre eux se chargea de cette connaissance partagée — le médaillon, les marques sur le mur de la banque, la silhouette dans le jardin pendant l’orage. Trois pièces que Colm n’avait pas laissées, ou qu’il n’avait jamais connues. Les mots de son père résonnaient encore en elle : « Qui le savait ? »
— Quelqu’un croyait qu’il y avait de l’or, ici, dit-elle, la voix basse. Quelqu’un qui surveille, peut-être. Et c’est un acte et trois pièces qu’ils trouveraient. Pas de quoi payer la moitié d’une dette.
Ashworth referma la bourse et la tendit à Maeve.
— Ce qui importe, ce n’est pas ce que quelqu’un espérait trouver. C’est ce que vous savez maintenant.
— Que mon père avait une porte de sortie, souffla-t-elle. Et qu’il est resté pour mourir sur ses terres.
Padraig ramassa la pelle et commença à reboucher le trou. Maeve s’écarta, tenant la lettre contre sa poitrine comme un enfant. Le vent passa à travers les murs fissurés de la chapelle, éteignant presque la lanterne.
— Et si c’était la seule sortie ? murmura-t-elle. Pas pour moi. Pour eux. Pour les fermiers, pour les familles qui crèvent de faim. Si je servais d’intermédiaire ?
Ashworth se redressa, son visage à peine éclairé par la flamme.
— Vous voulez dire : vendre, ou hypothéquer, cet acte pour financer le départ de vos tenanciers ? Maeve, cela reviendrait à vider Kilrane. À laisser Sir Godfrey prendre ce qui resterait de vos terres sans un seul combat.
— Non. Pas vider. Protéger. Si les gens partent, Godfrey n’aura plus personne à qui acheter des dettes. Et si je garde la terre — une terre sans bouches affamées — je peux espérer tenir un hiver de plus.
Elle regarda le trou que Padraig rebouchait. La terre retombait sur le vide avec un bruit sourd, régulier, comme une respiration.
— Mais avant, il faut percer le secret de ces trois pièces et des trois croix. Parce que si quelqu’un d’autre sait que ce coffre existait, cette personne saura aussi qu’il est maintenant vide. Et elle voudra savoir ce que nous avons trouvé.
Ashworth ne répondit pas. Mais dans ses yeux, Maeve vit une inquiétude qu’il ne cherchait même plus à dissimuler.
— Rentrons, dit-il enfin. Avant que la nuit ne nous remarque.
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