La Récolte de la Veuve
Lire le chapitre 24: The Informant Found
Le matin entrait par les hautes fenêtres de la cuisine lorsque Padraig la vit. Une nouvelle servante, engagée trois jours plus tôt pour remplacer la fille qui avait fui après l'incendie, se tenait près du cellier, les mains enfouies dans ses poches de tablier. Ses yeux, pourtant, n'étaient pas sur le pain qu'elle était censée couper. Ils suivaient Turlough, qui vidait les cendres du fourneau, avec une attention trop précise pour une simple curiosité.
Padraig laissa choir son marteau sur l'établi de la remise. Il ne fit pas de bruit. Il avait passé quarante ans à Kilrane, d'abord comme palefrenier, puis comme homme à tout faire, et il savait reconnaître un regard qui ne travaillait pas.
Il la suivit trois jours durant.
Elle s'appelait Nessa, disait-elle. Une veuve de Ballinasloe, sans famille, heureuse d'avoir trouvé une place. Elle était discrète, efficace, et personne ne se plaignait d'elle. C'était précisément ce qui le rendait mal à l'aise. Les servantes ordinaires parlaient, riaient, se plaignaient du dos, des courants d'air, du père O'Flaherty qui prêchait trop long. Nessa, elle, ne disait rien que ce qu'il fallait dire.
Le quatrième jour, Padraig la vit écrire.
Un simple bout de papier, glissé dans sa poche alors qu'elle traversait la cour. Il la rattrapa sous prétexte de porter un seau d'eau pour les poules, et lorsqu'elle se pencha pour ramasser son fichu tombé, il aperçut la feuille : trois lignes serrées, une écriture menue et nette, trop éduquée pour une servante. Il ne sut pas lire ce qu'elle contenait, mais il savait une chose : Sir Godfrey achetait des gens qui savaient écrire.
Il vint trouver Maeve à la tombée du soir, alors qu'elle comptait les sacs de farine dans la grange partielle, la flamme d'une chandelle vacillant entre les murs noircis.
« Madame, il faut que je vous parle. »
Elle leva les yeux de son registre, les traits tirés par ces semaines d'insomnie et d'angoisse. « Qu'y a-t-il, Padraig ? »
Il lui raconta tout. La nouvelle servante, ses façons trop lisses, le papier qu'elle cachait, son écriture. Maeve l'écouta sans l'interrompre, le visage impassible, mais il vit ses doigts se serrer sur le rebord de la table.
« Vous êtes certain ? »
« Certain comme de la pluie par vent d'est. Et madame, regardez ce vent. Il souffle depuis l'incendie. Ce n'est pas la nature qui souffle ainsi, c'est le mal. »
Maeve souffla longuement, puis replaça une mèche de cheveux sous sa coiffe. Elle semblait hésiter, puis son regard se durcit.
« Bien. Nous lui donnerons ce qu'elle cherche. Une occasion. »
« Mais madame, si on la laisse faire, elle brûlera les champs. »
« Exactement. Elle en aura l'intention. Et nous serons prêts. »
Le plan prit forme dans la nuit, dans le bureau que Maeve partageait désormais avec Ashworth. Il arriva en fin de soirée, une bouteille d'encre encore ouverte à la main, et écouta son récit sans broncher. Elle lui exposa sa stratégie : laisser Nessa croire qu'elle avait trouvé un autre moyen de nuire — une livraison de foin précieuse entreposée dans le vieux hangar nord, loin de la ferme principale, celui qu'on n'utilisait plus et qui était le plus isolé, le plus vulnérable.
« Elle transmettra le message à Godfrey, dit Maeve. Et quand ses hommes viendront, nous les attendrons. »
« Et si elle est plus intelligente que cela ? Si elle se méfie ? »
Maeve haussa les épaules. « Alors nous n'aurons rien perdu — elle croira que nous sommes simplement naïfs, et elle continuera à espionner. Mais je pense qu'elle est intelligente. Cent bouteilles de whisky et cinq hommes auraient pu passer inaperçus la nuit de l'incendie. Elle a vu que nous sommes vulnérables. Elle voudra frapper encore. »
Ashworth la regarda avec une lueur nouvelle dans les yeux. « Vous n'avez pas seulement du courage, Maeve, vous avez de la stratégie. »
« C'est ce qui arrive quand on doit survivre aux hommes qui vous veulent du mal depuis trois générations. » Elle détourna le regard, comme pour effacer la franchise de sa remarque. « Allez. Il faut préparer les hommes. »
Pendant deux jours, ils laissèrent la rumeur circuler. Maeve s'assura que Nessa soit présente lorsque le vieux McGrath, en qui Maeve n'avait pourtant pas confiance, décrivit à voix haute — à la demande de Maeve, bien sûr — la prétendue « cache de fourrage de la comté » que Maeve aurait réussi à acheter par l'intermédiaire de son cousin de Galway, et qu'elle entreposerait d'une nuit à l'autre dans le hangar nord pour parer à la perte du grenier.
Nessa était là, tordant la pâte à pain entre ses doigts, et Maeve vit ses oreilles rosir à peine — un tressaillement presque imperceptible, mais qu'elle avait appris à déceler chez les menteurs.
Cette nuit-là, Maeve ne dormit pas. Elle s'installa dans la remise, un fusil chargé posé sur ses genoux, couverte d'un manteau épais, tandis que Padraig et deux hommes de confiance se postaient dans les fourrés qui bordaient le hangar nord. Des heures passèrent. Le vent d'est mordait la peau, charriant des odeurs de terre sèche et d'herbe coupée. Maeve compta les pulsations de son propre cœur, une par une, pour ne pas succomber au sommeil.
Peu après trois heures, elle entendit le bruit. Des pas incertains, étouffés par la mousse du sentier qui menait aux champs. Une silhouette s'approcha du hangar, portant un bidon métallique qui renvoya un éclat de lune. Maeve retint son souffle, tandis que la silhouette déposait le bidon contre la paroi, dévissait le couvercle. L'odeur d'huile de lampe lui piqua les narines.
Puis un pas derrière elle. Padraig cria.
La silhouette bondit en arrière, mais il était trop tard. Padraig surgit de l'obscurité, avec les deux autres hommes, et ceintura l'intrus avant qu'il ne puisse s'enfuir. Maeve sortit de la remise, le fusil au poing, et s'approcha. Le vent fit tomber le chapeau du saboteur.
Ce n'était pas un homme de Godfrey. C'était une femme.
Nessa. Le visage en sueur, les yeux fous, un chiffon imbibé entre les doigts. Elle jura, se débattit, mais les hommes la maintinrent fermement.
Maeve s'arrêta devant elle, la fumée de son souffle s'élevant dans l'air froid.
« Vous avez été bien occupée, Nessa. Ou devrais-je dire madame l'espionne de Sir Godfrey ? »
« Vous n'avez rien contre moi », cracha la femme, les dents serrées. « Je n'ai rien fait. Je me promenais. »
« Avec une huile préparée pour le feu, à trois heures du matin, devant un hangar vide ? » Maeve se pencha, ramassa le bidon renversé. Il était encore à moitié plein. « Padraig, allez chercher le shérif. »
À l'aube, le shérif arriva, accompagné de deux hommes à cheval. Nessa fut attachée et conduite vers la route de la ville. Mais avant qu'elle ne franchisse la grille, elle se retourna, la mâchoire serrée, un rictus triomphant dans les yeux malgré sa défaite.
« Vous croyez avoir gagné, paysanne ? » Sa voix portait dans le vent. « Sir Godfrey Macklin ne vous a jamais fait la guerre pour votre terre. Il vous la donne par bonté — pour vous épargner une défaite plus humiliante encore. C'est lui qui a ordonné le feu de la grange, oui. Et il y en aura d'autres. Il y aura toujours d'autres, car vous ne pouvez pas le battre. Vous brûlez déjà, les Kelly, vous brûlez déjà depuis longtemps. »
Maeve ne répondit pas. Elle regarda la femme disparaître sur la route, menottée, entre les deux hommes à cheval, pendant que le vent d'est continuait de siffler à travers les haies mortes.
Ashworth s'approcha d'elle, le visage marqué par la nuit blanche.
« Vous avez votre confirmation. Godfrey est bien l'incendiaire. »
« Oui. » Maeve frotta ses mains engourdies, le regard perdu sur l'horizon pâle. « Mais elle a raison sur un point. Ce ne sera pas la dernière attaque. Nous avons gagné une bataille, pas la guerre. »
Elle se tourna vers lui, et pour la première fois depuis des jours, un sourire, léger mais réel, se dessina sur ses lèvres.
« Alors il faut nous préparer à la guerre. Tout entière. Et j'ai bien l'intention de la gagner. »
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