La Révélation Parisienne
Lire le chapitre 18: The Imposter
La Sorbonne était presque déserte à cette heure de l'après-midi, les cours terminés, les couloirs de pierre résonnant sous les pas de Claire comme un écho de sa propre solitude. Elle avait besoin de normalité, d'une heure dans la bibliothèque à feuilleter des revues d'art pour se rappeler qui elle était censée être.
L'homme sortit de l'ombre d'une colonne. Trente ans à peine, un visage mince et un costume froissé qui avait connu des jours meilleurs. "Mademoiselle Delacroix ?"
Claire s'arrêta, la main serrée sur sa sacoche. Depuis la découverte des microfilms, chaque inconnu dans son champ de vision était un danger potentiel.
"Claire Delacroix, la sœur de Philippe", insista-t-il, comme si elle avait besoin qu'on lui rappelle son propre nom.
"Qui êtes-vous ?"
"Il s'appelle René. René Aubert. J'étais avec votre frère à Alger."
Le nom la frappa comme un projectile. Elle scruta son visage, cherchant un mensonge dans la courbe de sa mâchoire, la tension de ses épaules. "Philippe est mort. Deserté, selon mon oncle. Ou tué. Personne ne sait."
"Philippe n'est pas mort." René fit un pas vers elle, les yeux brûlants de conviction. "Il est vivant. Il a besoin de votre aide."
Claire sentit le sol basculer sous ses pieds. Pendant des semaines, elle avait porté le poids de la disparition de son frère comme une pierre dans sa poitrine, s'accrochant à la faible possibilité qu'il ait laissé ce message pour elle — qu'il savait ce qui allait arriver. Mais vivant ? Ici, à Paris ?
"Vous mentez."
"Regardez." Il lui tendit un morceau de papier, plié en quatre, jauni sur les bords. À l'intérieur, une adresse griffonnée au crayon, dans une écriture qu'elle connaissait par cœur : celle de Philippe, avec son trait penché, sa façon de tracer ses 'r' comme de petits arcs. *Banlieue nord. Le Bourget. 7, rue des Acacias.*
"D'où tenez-vous ceci ?"
"De Philippe lui-même. Il avait peur de vous écrire directement, de vous mettre en danger. Il m'a donné cette adresse il y a trois jours en me suppliant de vous trouver. Il dit que vous êtes la seule personne en qui il a confiance."
Trois jours. Trois jours plus tôt, elle était dans un hôtel avec Jean-Luc, découvrant le message de Philippe sur la photo, croyant que son frère avait été éliminé comme leur tante. Et pendant tout ce temps, Philippe était quelque part dans la banlieue de Paris, vivant.
"Pourquoi est-ce qu'il n'est pas venu lui-même ?"
"Il ne peut pas. Il est brûlé. Le réseau entier est compromis." René jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, nerveux. "Il y a des hommes qui le cherchent. Des hommes de votre famille."
Claire déglutit. L'oncle Juste. Le général. Le nom qui apparaissait dans les archives de Vincennes, l'ordre d'élimination signé de sa main.
"Pourquoi devrais-je vous croire ?"
René soupira, et quelque chose dans son expression changea — l'impatience d'un homme qui n'a pas de temps pour les doutes. "Philippe m'a dit que vous aviez une tache de naissance en forme de croissant sur l'épaule gauche. Il m'a dit que quand vous étiez petite, vous aviez peur des orages et que vous vous cachiez dans le placard de la lingerie chez votre grand-mère, et qu'il venait toujours vous chercher avec son mouchoir bleu."
Claire sentit les larmes monter sans permission. Personne ne connaissait ces détails. Personne sauf Philippe. Et maintenant cet homme, ce messager, les prononçait dans la cour de la Sorbonne comme des pièces à conviction.
"Il faut que vous veniez", insista René. "Il est malade. Il se cache depuis des semaines, il n'ose pas sortir. Il ne vous demande qu'une chose : de venir le voir."
Claire regarda l'adresse. Le Bourget. Vingt minutes en train. Trente au plus. Elle avait si soif de croire, de trouver une issue à ce cauchemar.
"Je vous promets que je viendrai bientôt", dit-elle, en glissant le papier dans sa poche.
"Ne tardez pas trop." René recula, avalé par l'ombre du bâtiment. "Mademoiselle Delacroix, ce n'est pas un hasard si votre frère est vivant et qu'il se cache. Quelqu'un doit être prévenu de ce qui se passe en Algérie. Quelqu'un doit savoir."
Il disparut avant qu'elle puisse poser une question de plus.
---
Jean-Luc l'attendait dans le café près de son studio, un carnet de croquis ouvert sur la table, un verre de vin rouge à peine entamé. Il leva les yeux quand elle entra, et quelque chose dans sa lecture du visage de Claire le fit se redresser.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Elle s'assit en face de lui, posa le papier froissé sur la table, et raconta tout : l'homme, le nom de Philippe, les détails intimes qu'il connaissait, l'adresse dans la banlieue.
Jean-Luc écouta sans l'interrompre, les sourcils de plus en plus froncés. Quand elle eut fini, il poussa un long soupir et remit le papier en place.
"C'est trop risqué, Claire."
"Il connaissait les détails. La tache de naissance. Le placard de la lingerie. Personne ne peut connaître ça, Jean-Luc. Personne."
"Justement." Il se pencha, la voix plus basse. "Qui d'autre connaissait ces détails ? Ta mère. Ton oncle. Les domestiques de la maison. Il n'est pas nécessaire d'être un ami de Philippe pour savoir ça — il suffit d'avoir interrogé quelqu'un qui connaissait bien ton enfance."
Claire sentit la colère monter, chaude et injuste. "Tu ne veux pas y croire. Tu ne veux pas que Philippe soit vivant parce que si Philippe est vivant, ça veut dire que ton histoire doit changer."
"Mon histoire ?" Jean-Luc se recula, les yeux étincelants. "Je passe mes jours et mes nuits à essayer de te protéger d'une machine qui a déjà tué ta tante et tenté de faire disparaître ton frère. La dernière chose que je veux, c'est que tu marches dans un piège avec un sourire en croyant retrouver ton frère."
"Je ne marche dans aucun piège." Claire plia le papier et le mit dans sa poche. "Je vais y aller. Maintenant."
"Alors je viens avec toi."
"Non." Le mot sortit plus fort qu'elle ne l'avait voulu. "S'il te voit — un journaliste, un homme qui photographie l'Algérie — il se cachera. Tu es dangereux pour cette rencontre."
"Et toi ? Tu penses que tu n'es pas dangereuse ? Tu mènes une enquête contre ton propre oncle, tu as volé des documents militaires..." Il baissa la voix, les dents serrées. "Tu n'es plus une étudiante innocente, Claire. Tu es une cible."
"Je sais ce que je suis." Elle se leva, mit quelques francs sur la table pour le vin qu'il n'avait pas bu. "J'ai besoin de savoir. Je dois savoir."
Elle vit la détresse dans ses yeux quand il se leva à son tour. "Ce ne serait pas plus simple que tu me fasses confiance, pour une fois ?"
"Ce n'est pas une question de confiance." Elle posa la main sur sa joue, un geste qu'elle regretta aussitôt parce qu'il fit vaciller sa résolution. "C'est une question de sang. Philippe est mon frère. S'il est vivant, je dois le trouver. Aucun d'entre vous ne peut comprendre ça."
Elle sortit sans se retourner, le poids du papier froissé dans la poche comme une promesse et peut-être une malédiction. Le train pour Le Bourget partait dans quarante minutes. Elle avait le temps de faire ce qu'elle devait faire.
Derrière elle, dans les vitres du café, elle aperçut la silhouette de Jean-Luc, immobile, qui la regardait partir — un homme qui avait raison, et qui savait qu'il avait raison, et qui ne pouvait rien faire pour l'arrêter.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.