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La Révélation Parisienne

Lire le chapitre 4: A Letter from Home

Le lendemain matin, la lumière grise de Paris filtrait à travers les volets mal joints de la chambre. Claire s'était réveillée avant l'aube, le cœur battant, le souvenir du regard de Jean-Luc encore vif sous ses paupières. Elle s'assit sur le bord du lit, les pieds sur le plancher froid, et vit l'enveloppe.

Une enveloppe blanche, simple, glissée sous la porte.

Son nom en écriture serrée et penchée. L'écriture de sa mère.

Le papier sentait l'encaustique et l'eau de Javel. Un peu de la maison, de la cuisine de sa mère, du salon où son père lisait son journal sans jamais rien dire. Claire s'assit à la petite table bancale près de la fenêtre et ouvrit l'enveloppe avec le couteau à beurre qui servait de coupe-papier.

Ma très chère Claire,

« J'espère que ton voyage s'est bien passé et que tu as trouvé ta chambre confortable. Ta tante Madeleine m'a dit que le quartier était convenable, mais je te supplie d'être prudente. Paris est une ville de tentations, ma fille. Ton père et moi, nous ne dormons plus tranquilles depuis que tu es partie. »

Claire marqua une pause. Elle savait ce qui allait suivre. Les mises en garde, les prières, l'éloge de la vertu. Elle continua.

« Je te rappelle les paroles de saint Paul : « Ne vous conformez pas au siècle présent. » Là-bas, on vit encore selon les lois de la chair, et la chair, Claire, est une maîtresse impitoyable. Mais je sais que tu es une bonne fille, et que tu sauras résister. »

Elle ferma les yeux. La chair, une maîtresse impitoyable. Les mots de sa mère semblaient venus d'un autre âge, d'un autre monde. Et pourtant, la veille, au Café Procope, la main de Jean-Luc avait effleuré la sienne en prenant le sucre, et elle avait senti quelque chose remuer en elle, quelque chose qu'elle n'avait pas de nom.

« Ton père va bien. Le magasin marche correctement. Il t'embrasse. Mais il y a autre chose, ma fille, et je ne sais pas comment te l'écrire. Nous n'avons toujours aucune nouvelle de Philippe. Cette fois, cela fait quatre mois que nous sommes sans rien. Le ministère nous assure que les recherches continuent, mais ils racontent cela à toutes les familles. Je prie chaque soir, Claire. Je prie pour la France, je prie pour notre fils, et je prie pour que tu restes en sécurité dans cette ville impie. »

Claire posa la lettre sur la table. Philippe. Son frère aîné, parti volontaire en Algérie à vingt-deux ans, convaincu qu'il défendait la grandeur de la France. Il écrivait des lettres enthousiastes au début, décrivant la lumière d'Alger, le désert, la camaraderie des soldats. Puis, les lettres avaient cessé. Un an déjà, et pour sa mère, chaque silence était une agonie.

Et moi, qu'est-ce que je fais ? Je cours les cafés avec une inconnue bohème et je regarde un photographe aux yeux tristes.

La culpabilité s'abattit sur elle comme un voile humide. Elle avait oublié Philippe. Les dernières vingt-quatre heures, elle n'avait pensé qu'à Paris, à Solange, à Jean-Luc. Pas une seule fois à son frère.

Elle replia la lettre, la glissa dans l'enveloppe, puis la rangea dans le tiroir de la table de nuit. Sa main s'arrêta un instant sur le locket. La chaîne coupée était toujours sur la table, telle une preuve dans une enquête. Qui était entré ? Pourquoi ?

Elle secoua la tête. Pas maintenant. Pas ce matin.

L'amphithéâtre était bondé. Claire avait trouvé une place au troisième rang, près de la fenêtre, où la lumière tombait sur ses notes. La professeure Lavigne était une femme d'une cinquantaine d'années, en tailleur gris strict, les cheveux tirés en chignon tellement serré qu'il semblait peint sur son crâne. Elle avait l'accent du Midi, un léger chant qui jurait avec son allure rigide.

« L'art n'est pas une décoration, mesdemoiselles et messieurs. L'art est une déclaration. Une preuve. Quand l'Histoire se tait, c'est l'image qui parle. »

Elle fit glisser un projecteur et une image apparut sur le mur : une femme algérienne, voilée, les yeux fixés sur l'objectif avec un défi presque insoutenable.

« Regardez-la. Que voyez-vous ? »

Silence. Claire sentit le regard de la professeure balayer la salle et s'arrêter sur elle.

« Mademoiselle, au troisième rang. Votre nom ? »

« Claire Delacroix. »

« Eh bien, Claire Delacroix, que voyez-vous ? »

Claire avala sa salive. Les mots vinrent d'eux-mêmes, sans qu'elle les cherche. « Quelqu'un qui refuse d'être seulement une image. Quelqu'un qui regarde en face. »

La professeure Lavigne sourit – un sourire bref, presque involontaire. « C'est une très bonne réponse. Marc Garanger, 1960. Il photographiait des femmes algériennes contre leur volonté, pour les cartes d'identité. Mais elles ont pris le contrôle. Elles ont transformé un acte de domination en acte de résistance. C'est cela, le pouvoir du photographe – et sa responsabilité. »

La suite du cours passa comme un rêve. La professeure parla de la « Nouvelle Vision », de Cartier-Bresson, de Doisneau, de la photographie qui quittait les studios pour la rue, pour le monde. À la fin du cours, elle distribua un programme de recherche : chaque semaine, un sujet.

« Pour cette semaine, vous choisirez une photographie qui vous a marquée. Vous analyserez pourquoi elle vous touche, ce qu'elle dit, ce qu'elle cache. Vous irez voir des images. Dans des galeries, dans des magazines, dans des livres. Vous sortirez, mesdemoiselles et messieurs. L'art ne se trouve pas dans les amphithéâtres – il se trouve dans la ville. »

Claire rangea ses affaires, le cœur battant. Une galerie. Elle pouvait aller dans une galerie. Elle, qui n'était encore jamais entrée seule dans un musée de Paris. Elle sortit son plan de la ville de son sac – le plan qu'elle avait acheté à la gare hier, déjà froissé aux pliures – et chercha des yeux.

Une affiche, épinglée sur le tableau de la faculté, attira son regard. « Regards sur la Guerre : photographies d'Algérie. » Galerie Bertin, rue de Seine. Jusqu'au 15 octobre.

Elle déchira le petit talon avec l'adresse et le glissa dans sa poche.

Dans le couloir, une fille aux cheveux courts l'interpella. « Tu viens au ciné-club ce soir ? On passe un Truffaut. »

« Je ne peux pas. Je… j'ai quelque chose. »

La fille haussa les épaules et s'éloigna. Claire resta seule un instant, la pression de la poche contre sa cuisse, le papier de l'adresse comme brûlant.

La lettre de sa mère, la coupure nette du locket, le visage de cette femme algérienne sur l'écran, et celui de Jean-Luc dans la fumée du café – tout cela tournoyait dans sa tête.

Elle remonta dans sa chambre. Le locket était toujours là, sur la table. Elle prit la chaîne coupée entre ses doigts. Les extrémités étaient lisses, nettes. Pas une rupture accidentelle. Une coupe volontaire.

Quelqu'un était entré. Quelqu'un avait pris le locket entre ses mains, ouvert peut-être le petit fermoir, regardé le portrait de sa tante inconnue. Et puis avait coupé la chaîne, comme pour prélever un échantillon. Ou comme pour laisser une trace.

Elle reposa la chaîne et sortit le talon de papier de sa poche.

Rue de Seine. Demain après les cours, elle irait.

Il fallait bien commencer quelque part. Et si la photographie était, comme l'avait dit la professeure, une façon de voir le monde en face, alors Claire était prête à apprendre à regarder.

Elle s'assit sur son lit et, pour la première fois depuis son arrivée, ouvrit sa valise. Elle en sortit son appareil photo – un vieux Kodak de son père, un cadeau de confirmation qu'elle n'avait jamais vraiment utilisé. Le cuir était usé, l'objectif légèrement rayé. Elle le tourna entre ses mains, le porta à son œil, visa la fenêtre.

À travers le viseur, le Paris gris ressemblait à une photo qu'elle aurait vue dans un magazine. Elle appuya sur le déclencheur. Le clic sec la fit sursauter.

Elle n'était pas encore la femme qui regarde en face. Mais elle avait commencé à viser.

Au moment où elle reposait l'appareil, elle entendit un grattement derrière la porte. Doux, presque imperceptible. Comme une semelle qui traîne sur le plancher. Puis le silence.

Elle traversa la pièce en trois pas et tira brusquement la porte ouverte.

Le couloir était vide. Mais le verrou, le vieux verrou que Solange avait jugé inoffensif, portait une éraflure fraîche, brillante, sur le métal.

Quelqu'un avait essayé de forcer la porte. Récemment. Et ce quelqu'un savait qu'elle était seule dans l'immeuble.

Claire referma la porte, poussa la petite commode contre le battant, et resta là, le dos contre le bois, l'appareil photo serré contre sa poitrine comme un bouclier.

Il ne lui restait plus qu'à attendre que la nuit tombe. Et puis demain, la galerie. Demain, elle verrait briller l'image d'un autre enfer que le sien – et peut-être, en le regardant en face, elle oserait regarder le sien.