La Revendication de Mars
Lire le chapitre 14: The Hidden Vault
La paroi réagit à son contact comme une peau électrique, un frisson qui parcourut ses doigts avant de se propager dans toute la structure. Caleb retira sa main, la sensation persista une seconde de trop. Le plan de la constellation, mémorisé dans le mécanisme cristallin du chronomètre, indiquait cette section du mur aveugle, dix mètres à l'ouest de la dernière pièce répertoriée par son père.
Il appuya son épaule contre le béton, testant la solidité. Rien. Ni vide visible, ni couture. Pourtant, la chaleur revenait, concentrée désormais sur un point précis à hauteur de poitrine. Il écarta le panneau de son combinaison, laissant sa peau nue toucher la surface. Le sang de son père, celui qui coulait dans ses veines, était la seule clé que la base reconnaissait vraiment.
Un déclic sourd. Le mur entier se découpa comme une mâchoire, s'ouvrant d'un bloc horizontal de cinquante centimètres. L'air qui en sortit était plus sec que celui du corridor, chargé d'ozone et d'un vieux lubrifiant métallique. Il alluma son bandeau frontal.
La voûte était petite — trois mètres par quatre — un cube blindé dont chaque surface portait les stries d'une découpe laser. Des racks métalliques montaient du sol jusqu'au plafond, mais ils n'abritaient ni armes ni provisions. Des cristaux data, rangés comme des livres, des centaines d'entre eux, chacun scellés dans une gaine antistatique gravée d'un code court.
Caleb en saisit un au hasard. Étiquette : *V.2.7.114 – Manifeste Cargo Arès-4. Surplus non déclaré.*
Un autre : *Orbite 2047-2049 – Journal de bord factice. Rédigé par bureau juridique Helix, section communication.*
Il en prit un troisième, son souffle court. *Archives officielles – Révision 34b. Demandes d'annulation de missions Apollo Mars. Motif : ressources zodiacales.*
— Bon sang, murmura-t-il.
Il déposa sa trousse de survie au sol et commença à remplir son sac de transport avec les cristaux les plus anciens. Sa main trembla en lisant l'étiquette d'un boîtier abîmé, le sceau brisé depuis des décennies : *Déclaration d'accident – Mission Mira 1. Origine de l'incendie : défaillance du réacteur de fusion secondaire. Classée 7A au motif du protocole "Effet d'Exode".*
Mira 1. Le premier vaisseau habité martien, selon les manuels scolaires. La fierté de toute une génération de colons. On leur avait appris que Mira 1 avait amené la première vague de colons scientifiques, un effort uni de l'humanité pour survivre loin de la Terre mourante. Un rêve collectif.
La réalité, écrit en lettres gravées sur un cristal oublié, c'était que Mira 1 n'avait jamais été un vaisseau de colons. C'était le cargo minier privé d'une conglomérat terrestrial — Helix Corp — avec un manifeste de chargement composé d'équipements d'excavation, de foreuses à plasma, et de lingots de terres rares volées aux réseaux de transport terrestres.
"Ils ont brûlé soixante-quatorze vies pour effacer cette cargaison," prononça-t-il à voix haute, la colère lui nouant la gorge.
Il se força à respirer lentement, à continuer le tri méthodique : les documents originaux de constitution de la colonie, les ordres de rédaction des faux journaux de bord, les contrats entre Helix et les autres corporations extractives — Halcyon Mining, RedStone Consortium, Andromeda Ressources. Des noms austères qui résonnaient encore dans les marchés publics de New Houston.
Au fond du troisième rack, il trouva une petite caisse métallique, anodine, verrouillée par un code biométrique. Il appliqua son pouce, un chuchotement de mécanisme. Le couvercle s'ouvrit.
À l'intérieur, un seul cristal, gravé d'un symbole : un triangle équilatéral, les trois côtés formés de doubles lignes parallèles. Le même que celui qui apparaissait sur le chip d'Ava Chen et sur la console du Helix Tower.
Il le prit entre ses doigts. Le cristal était chaud, comme s'il venait d'être enregistré. Sa coque extérieure était marquée d'un code : *Compte-rendu privé de Elias Voss, Compagnon de route. Niveau 5 Auth. NE PAS OUVRIR.*
C'est alors qu'une alarme retentit, pas celle de la base — celle de son poignet. Le capteur thermique de son cargo tube, stationné dehors, venait d'identifier une signature proche. Un convoi, plusieurs véhicules lourds, roulant vers le dôme à vitesse soutenue. Délai estimé avant coupure du signal externe : moins d'une minute.
Caleb serra le cristal triangulaire dans sa paume et regarda le sac à dos, à moitié plein. Le temps qu'il avait, ce qui restait de la fenêtre de dix-sept heures — la fenêtre était maintenant suspendue par une lame de rasoir. Helix ne perdait pas de temps à attendre l'échéance légale.
Il jeta les cristaux les plus lourds dans le fond du sac en une seconde, décrochant le présentoir du deuxième rack pour en couvrir le contenu. Puis il replaça la paroi, sentant le verrou biologique se refermer derrière lui comme un réflexe involontaire. Le temps de sortir de la pièce principale, il avait déjà cadré sa montre sur un mode de cible fixe.
La base entière était vitale pour sa preuve, mais elle était maintenant un piège à rats. Helix avait certainement envoyé une équipe de sécurité complète. Les capteurs du dôme extérieur montraient neuf véhicules — pas des unités de renfort passives, des blindés légers de type meridian, avec des grappes de drones armés en essaim.
Sa seule chance : utiliser les conduits de maintenance secondaires, ceux que son père avait décrits dans le journal comme "les veines mortes", des passages si anciens qu'ils n'apparaissaient sur aucun plan officiel, creusés avant même la fondation de la colonie pour les travailleurs de l'ombre.
En atteignant le conduit après la pièce blindée, il se retourna une dernière fois vers la voûte ouverte, une fracture sombre dans le mur gris. Il y retournerait.
Il glissa le cristal triangulaire en sécurité dans la poche intérieure de sa combinaison ; il ressentait sa chaleur contre sa peau comme un reproche. Le message final de son père, celui-là même qu'Ava avait reçu pour mission de protéger, attendait d'être découvert. Mais cette découverte coûterait peut-être la vie à quiconque oserait la faire.
Derrière lui, les premiers éclaircissements des drones fusaient dans le sable de la plaine aride d'Acidalia Planitia, leurs feux de navigation rougeoyant. Il respira profondément une dernière fois et se glissa dans le tunnel sombre, l'inconnu devant lui, la vérité derrière lui.
Au bout du conduit, un clapet rouillé renvoyait une lumière ténue : un passage vers la surface. Il savait que là dehors, au-delà du mur de roche qui abritait les vestiges de sa lignée, il y avait un chemin — un chemin marqué d'un triangle gravé dans le sable.
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