La Revendication de Mars
Lire le chapitre 15: Sentinels of the Dust
Le silence de la voûte avait quelque chose d'ecclésial. Caleb retenait son souffle, les doigts crispés sur le bord du coffre ouvert, écoutant le vide au-delà du souffle régulier du recyclage d'air. Les cristaux de données s'empilaient dans son sac à moitié rempli, chacun encapsulant un morceau de la vérité que son père avait patiemment amassée. Un verre, un métal, une promesse.
Le premier signe fut une vibration à peine perceptible sous ses semelles. Puis un déclic lointain, métallique, comme une porte qui se referme quelque part dans les entrailles du complexe. Il consulta son bracelet : le réseau de capteurs périphériques venait de s'éteindre, secteur par secteur, un à un. Quelqu'un - ou quelque chose - les neutralisait méthodiquement depuis l'entrée principale.
Les drones de Helix ne faisaient pas de bruit. Ils étaient rapides, précis, et leurs capteurs thermiques balayaient chaque centimètre du décor comme un peigne fin passant dans les cheveux d'un fugitif. La pièce plombée le protégeait, oui, mais les murs ne pouvaient pas dissimuler le véhicule garé dehors, encore tiède de sa course sur la plaine d'Acidalia. Ils savaient qu'il était ici.
Il fourra trois derniers cristaux dans son sac et le ferma d'un geste sec. Sur son bracelet, une icône clignotait en rouge : intrusion détectée au niveau principal. Neuf signaux distincts, séparés mais coordonnés, avançant en formation triangulaire dans les couloirs du sous-sol.
Caleb étouffa un jurera. Il jeta le sac sur son épaule et s'accroupit près de la sortie de la pièce blindée. Le couloir s'étendait sur une cinquantaine de mètres avant un croisement en T. La trappe de maintenance, elle, se trouvait à l'opposé, dissimulée sous un panneau de plancher qu'aucun plan officiel ne mentionnait. Son père l'avait conçue pour les jours sombres.
Le premier drone surgit au croisement, ses capteurs balayant l'air vicié. Une silhouette trapue, hérissée d'antennes discrètes, son canon tranquillisant pointé bas. Caleb ne bougea pas. Il compta les secondes pendant que la machine scrutait le corridor vide, écoutant le cliquetis de son système de balayage acoustique.
La machine devait capter son cœur. Deux cents battements par minute, peut-être davantage. Mais quelque chose avait calé son algorithme ; peut-être une déflexion infime dans le plomb de la pièce, peut-être la chaleur résiduelle de ses pas.
Le drone pivota et reprit son avance régulière.
Caleb expira. Lentement, il détacha de sa ceinture un petit bâton de magnésium et une bande de mousse isolante. Un piège de fortune. Depuis combien d'années son métier consistait à réparer des machines ? Il connaissait leurs failles. Il fallait simplement les y forcer.
Il rampa jusqu'au panneau de plancher, souleva le métal rouillé et se glissa dans la galerie d'entretien. L'air y était chargé de poussière et d'ozone, le grondement des pompes à circulation étouffant tous les autres sons. Ses genoux et ses coudes le brûlaient là où la rognure du sol l'avait mordillé, mais la douleur ne venait pas. L'adrénaline la noyait, la remplaçant par une clarté singulière.
Derrière lui, un bruit de métal claqué. Puis un souffle électrique. Il sourit dans l'obscurité : le drone avait déclenché son piège. Le magnésium s'était enflammé dans un flash aveuglant, aveuglant temporairement les capteurs optiques de la machine, la laissant vulnérable le temps qu'il se déplace.
Il suivit la conduite principale qui longeait la paroi ouest, repérant à la lumière de son bracelet les points de jonction où ses doigts pouvaient s'insérer dans les grilles d'aération. Il en arracha deux, les replaça délibérément mal alignées. Un drone suivant le même chemin serait ralenti par les grilles faussées, forcé de les arracher à son tour. Précieuses secondes.
Un sifflement. Un second drone entra dans la galerie par l'extrémité opposée. Le temps se figea. Caleb se plaqua contre la paroi de la conduite, les mains plaquées autour de son bracelet pour masquer son éclairage, respirant à travers le tissu de son col pour masquer la condensation de son souffle. Le drone s'immobilisa à deux mètres de lui, ses capteurs acoustiques pointés dans sa direction exacte.
Il aurait dû courir vers la sortie. Au lieu de cela, il fit un pari : la trappe de maintenance de niveau 2, à huit mètres derrière le drone, n'était pas répertoriée sur les cartes que Helix avait en sa possession. Son père avait fait disparaître les plans de ces tunnels il y a quinze ans, les enterrant dans une crypte digitale sise au cœur de son vieux terminal.
Le drone fit demi-tour et disparut au prochain angle.
Caleb bougea. Huit mètres. Ses pas étouffés par la fine couche de sédiments martiens qui s'était infiltrée dans les jointures des plaques de métal. Il atteignit la trappe, en déverrouilla le mécanisme d'une main tremblante, se glissa dans le renfoncement et referma derrière lui.
Une paix soudaine, épaisse, irréelle. La galerie secondaire s'enfonçait obliquement sous la roche, plus étroite que la précédente, à peine deux mètres de haut. Caleb sortit un cristal d'énergie de sa poche - une batterie de secours volée des heures plus tôt dans la réserve du vaisseau cargo - et l'inséra dans une prise solaire inattendue sur le mur. Un clic. Le noir se fissura à cette nouvelle lumière violacée.
Des inscriptions couraient le long des parois : des gloses de sa main paternelle, datées de vingt ans. Numéros de codes, itinéraires de reconnaissance, coordonnées gravées profond. Et plus loin, une marque étrange : le triangle aux pointes brisées qu'il avait vu sur le cristal sigillé, sur le chronomètre, dans les bras d'Ava Chen.
Caleb leva la lampe et suivit les symboles du regard. Ils descendaient vers le niveau inférieur, vers une porte blindée qu'il n'avait jamais vue, incrustée dans la pierre volcanique brute.
Un craquement au-dessus de sa tête. Les drones l'avaient-ils suivi ? Il coupa la lumière, attendit. Rien. Seul son cœur qui semblait vouloir rejoindre danser dans sa poitrine.
Il remit la batterie en route et atteignit la porte. Le panneau de contrôle demandait une procédure d'identification biométrique. Son père, toujours prudent. Caleb appuya la paume contre le capteur froid.
Une vibration. Un léger glissement des verrous. La porte s'ouvrit sur un boyau à peine assez large pour un homme, taillé à même la pierre, s'élevant en pente douce.
L'air changeait. Il sentait le vent, le froid nocturne de la surface, la poussière fine que les tempêtes martiennes charrient. Le tunnel débouchait sur une saillie rocheuse encastrée dans une paroi de basalte, à l'ombre d'une formation naturelle en éventail.
Il sortit, le souffle court, et ses yeux s'adaptèrent. La plaine s'étendait devant lui, infinie et rouge, striée de dune et de cratères anciens. Aucun véhicule en vue. Aucune lumière de drone dans le ciel.
Le silence n'était pas une victoire. C'était une escale.
Caleb sortit son bracelet et le consulta : trois heures avant l'échéance des dix-sept heures. Le sac de cristaux pesait contre son épaule comme un enfant endormi. En bas, quelque part dans les couloirs du complexe, les drones continuaient leur fouille inutile. Dans New Houston, les avocats de Helix préparaient déjà leur prochaine manœuvre. Son père, mort depuis plus d'une décennie, avait pourtant anticipé tout cela.
Caleb leva les yeux vers le ciel étoilé. La constellation qu'il avait vue dans le mécanisme du chronomètre tournait lentement au-dessus de lui, silencieuse et indifférente.
Mais dessous, à ses pieds, quelque chose attira son regard. Une boîte métallique à moitié ensevelie sous les sédiments, à quelques mètres de l'ouverture du tunnel. Il s'accroupit, la dégagea. Le métal portait un logo gravé, estompé par les tempêtes de sable : le triangle aux pointes brisées, associé à une série de chiffres qu'il connaissait par cœur depuis l'enfance.
Les coordonnées de la colonie d'origine. Celle que son père avait toujours refusé de nommer.
Caleb prit la boîte et, sans se retourner, commença à marcher vers l'horizon.
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