La Revendication de Mars
Lire le chapitre 24: The Descent
Le conduit de maintenance s'ouvrit sur un boyau sombre et métallique, dont les parois suintaient une condensation âcre. L'air sentait le lubrifiant brûlé et le métal chaud. Caleb s'avança en premier, sa lampe frontale taillant une cône de lumière pâle dans les ténèbres. Derrière lui, Grendel et Anouk progressaient en silence, leurs pas étouffés par les semelles magnétiques. Okafor fermait la marche, son pouls visiblement nerveux sous la peau de son cou.
« Une minute avant le cycle de lockout du réseau secondaire », murmura Anouk en tapotant sur son bracelet holographique. « Tous les capteurs de mouvement seront aveugles pendant quarante secondes. »
Caleb hocha la tête. Le plan de Grendel reposait sur une fenêtre ridiculement étroite : déclencher une surcharge fictive dans le transformateur principal de Valles Marineris pour forcer le système à rediriger l'énergie, laissant les couloirs périphériques temporairement aveugles. Quarante secondes, pas plus. Après cela, les drones de sécurité reprendraient leur ballet mortel.
« Paré », souffla Grendel.
La main d'Anouk s'activa. Une déflagration sourde résonna dans les profondeurs, suivie d'une chute de tension perceptible — les lumières du boyau vacillèrent puis moururent, ne laissant que le faisceau des lampes frontales et le rougeoiement des circuits de secours.
« Allez, allez, allez », siffla Caleb.
Ils se glissèrent dans le boyau en courant à demi courbés, parcourant une centaine de mètres jusqu'à une grille d'aération obstruée par un panneau de blindage. Caleb sortit un levier de sa sacoche et força avec un grognement. Le métal céda avec un crissement strident, plus fort que prévu.
Le panneau tomba à terre dans un fracas de ferraille qui rebondit le long du conduit.
Le silence s'étira une seconde. Puis une alarme assourdissante les aspergea de lumière rouge.
« Putain », jura Anouk. « Ils ont un capteur de choc sur ce panneau. Je n'avais pas prévu ça. »
Caleb jura entre ses dents. Mais il n'avait pas le temps de se lamenter — par-dessus la sirène, il entendit le martèlement de bottes lourdes dans le couloir au-dessus. Des voix gutturales, des ordres militaires.
« Changement de plan », lança-t-il. « On frappe fort et vite, on entre dans la coursive principale avant qu'ils ne puissent verrouiller les zones. Grendel, tu prends le niveau ouest pour les cellules de détention. Moi, je descends au niveau seize. »
Grendel acquiesça, saisissant son fusil à impulsion. Anouk resta à la console, le visage bleui par l'écran virtuel, ses doigts courant sur un clavier imaginaire. Elle verrouilla les portes intermédiaires du niveau supérieur depuis sa position.
« Je vous laisse vingt secondes d'avance avant qu'ils ne les rouvrent manuellement », lança-t-elle. « Après ça, vous êtes seuls. »
Caleb n'attendit pas sa réponse. Il grimpa à l'échelle verticale jusqu'à un sas adjacent aux coursives principales, entrouvrit la baie, et se jeta dans le couloir. Deux mercenaires arrivèrent au même instant par une porte latérale, leurs armes levées. Ils portaient l'insigne de la garde Helix, le serpent et l'étoile argentés.
L'échange fut violent, bref, presque animal.
Caleb plongea derrière une pile de caisses métalliques, son fusil lâchant trois projectiles en arc. Le premier mercenaire tomba en arrière, un trou rougeoyant dans le torse. Le second riposta au jugé avant qu'une rafale précise ne l'atteigne à hauteur de poitrine, tout en haut de la poitrine, projetant la silhouette en arrière contre la paroi, qui la rattrapa avec un bruit sourd.
Le silence retomba. Deux corps inertes dans des mares grandissantes.
Caleb ne s'attarda pas sur eux. Il avait vu assez de morts au fil des ans — celle des autres, celle de ses proches absents. Il n'avait pas le temps pour la gravité de ce moment. Il courut.
Le niveau seize était en principe inaccessible par les ascenseurs officiels. Mais Grendel avait fourni une carte de maintenance détaillée, salement acquise, qui révélait une cage d'escalier oubliée au cœur des fondations. Caleb l'atteignit en soixante secondes, son émetteur radio crépitant dans son oreille.
« Caleb, ici Grendel. Deux gardes abattus au niveau ouest. Je suis en approche des cellules de détention. Et toi ? »
« Entrée de la cage ouest », répondit Caleb en poussant la porte lourde d'un coup d'épaule. « Je descends. »
Il descendit. Les escaliers étaient étroits, ventrus, comme un intestin de béton et de câbles. Chaque palier portait un avertissement en jaune délavé : ACCÈS INTERDIT. RESPONSABILITÉ SYSTÈME HELIX. Il descendit les marches deux à deux, le souffle court.
Les alarmes continuaient de hurler, mais elles semblaient plus lointaines ici, étouffées par des tonnes de roche et de blindage. Le niveau quatorze. Quinze. Puis la porte du niveau seize, massive, sans panneau, un simple sas de sécurité avec un clavier encastré.
Caleb sortit son vol du cadogan, y inséra une carte d'accès volée dans la station précédente, et le clavier clignota en vert. Dans un soupir hydraulique, le sas s'ouvrit.
Le niveau seize n'avait rien à voir avec les niveaux supérieurs. C'était un sanctuaire — silencieux, froid, préservé comme une église. Des rangées d'armoires cryogéniques bleutées s'alignaient sous des plafonds hauts, chacune éclairée d'une lumière douce que rien ne semblait déranger. L'atmosphère était saturée d'hélium refroidi et d'un silence religieux.
Ses bottes claquèrent sur le sol lisse, résonnant comme des coups de marteau dans le vide. Caleb passa les rangées, vérifiant les inscriptions gravées : noms, dates, codes. Sa mère devait se trouver sur la rangée centrale, selon les données que Grendel avait exhumées.
Il atteignit la troisième rangée. Au numéro quatre-vingt-sept.
Une capsule de verre, brillante, enveloppée de givre. Et derrière le verre, le visage de Noé Voss — non, pas Noé. Celui de Dana Voss, sa mère.
Il s'arrêta net.
Elle était là. Ses cheveux argentés, son visage presque inchangé, reconstruit par les chirurgiens il y a des années, son expression paisible, figée dans un sommeil bien plus profond que le sien. Elle était vivante. Elle avait toujours été vivante. Il la cherchait depuis qu'il l'avait crue morte à la dérive dans le vide, et elle était là, juste là, derrière cette vitre ensorcelée.
La glace commençait à dégeler de son souffle. Ses mains tremblaient. Les petites lettres gravées au-dessus de sa tête disaient : VOSS DANA, SÉQUENCE 106, PROTECTION TEMOIN.
Il posa sa paume sur le verre, le souffle court, et pour la première fois depuis dix ans, il sentit que le monde n'était pas entièrement tissé de mensonges.
Elle était là. Elle était là.
Il devait la sortir de là. Des gonds de la mort artificielle. Il leva son dispositif de décongélation, lorsque sa radio grésilla de nouveau.
« Caleb, je tiens ma fille. Elle respire, mais elle est faible. Tu es près d'en sortir ? »
« Je l'ai trouvée. Je l'ai trouvée. »
« Alors vite. Les renforts arrivent. Une heure tout au plus avant qu'ils ne débarquent tout le niveau. »
Caleb ne répondit pas. Il riva son regard au visage de sa mère derrière la glace, à ses paupières closes, à sa liberté à portée de main.
C'était le moment qu'il attendait. La dernière pièce du puzzle. Et il la tenait juste derrière cette fenêtre de cristal froid, qui fumait légèrement sous la chaleur de sa paume. La prochaine seconde allait tout changer.
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