La Revendication de Mars
Lire le chapitre 28: The Missing Piece
La capsule de Dana Voss bourdonnait comme un cœur mécanique dans la soute du shuttle, maintenue en vie par des branchements de fortune qu'Okafor avait bricolés entre deux alarmes. Caleb se tenait devant le hublot de verre, les doigts écartés sur la surface froide, regardant le visage pâle de sa mère. Ses yeux étaient fermés, sa respiration régulière, mais chaque battement de son pouls sur le moniteur lui rappelait qu'elle était là, réelle, vivante. Il aurait voulu rester là, à la regarder, à absorber chaque seconde de cette présence qu'il avait crue perdue pour toujours. Mais derrière lui, la voix d'Okafor le ramena brutalement à la réalité.
« Caleb, il faut qu'on parle de Mei Lin. »
Il se retourna lentement. Okafor avait déplié un holocarte de la région d'Elysium Planitia sur la console centrale, des lignes de données rouges convergeant vers un point clignotant entouré d'un périmètre de sécurité jaune. Tam, assise en retrait, fixait la carte sans un mot. Depuis la mort de son père Grendel, elle semblait avoir vieilli de dix ans en une nuit. Elle avait les traits tirés mais le regard dur, presque dangereux, comme si elle attendait quelque chose à quoi s'accrocher.
« Les archives du Coffre », commença Okafor en désignant le point rouge, « sont verrouillées par un protocole de sécurité biométrique de la génération Exodus. Le code source exige une signature tripartite : ADN, rétine et empreinte vocale. Nous avons les coordonnées, nous avons le code de base, mais sans la clé vivante, le Coffre reste un simple bunker scellé. On pourrait y mettre un bélier et on n'obtiendrait que de la poussière. »
Caleb serra les poings. Il avait déjà compris. Il tenait la vérité entre ses mains sous la forme d'une liste de coordonnées et de protocoles, une vérité aussi inerte qu'un livre fermé.
« Mei Lin était la chef de la sécurité de Helix pendant Exodus, poursuivit Okafor. Thomas Voss — ton père — l'avait choisie personnellement pour superviser le chiffrement des archives. Elle a été l'une des rares à survivre à la purge interne de 2049. C'est pourquoi Helix l'a gardée enfermée à Elysium, et c'est pourquoi ils ne l'ont pas tuée : elle est le dernier verrou vivant de tout ce qu'ils ont caché. »
« Les preuves qu'on a récupérées — les témoignages, les données que j'ai sorties de Valles Marineris — ne représentent rien sans elle, murmura Caleb. Tout ça ne sert à rien sans sa signature. »
« Quasiment, confirma Okafor. Quelques fragments pourraient être utilisés pour créer un dossier préliminaire, mais ça suffirait à peine à ouvrir une enquête sommaire. Le vrai dossier, celui qui montre l'ampleur du mensonge, est dans le Coffre. Il est entier, intact, et il attend d'être ouvert par la seule personne qui détient la clé. »
Un long silence s'étendit dans la cabine, interrompu seulement par le bip régulier du moniteur de Dana et le vrombissement étouffé des moteurs de maintenance. Caleb ferma les yeux, revoyant les visages des deux mercenaires qu'il avait tués, la façon dont leur sang avait taché ses gants, le visage de Grendel qui tournait dans le couloir en feu et disait *avance, avance, avance*.
« Alors on va la chercher », dit-il enfin, d'une voix calme.
Tam se leva brusquement de son siège pliant, les yeux brillants. « Je viens avec toi. »
Caleb la regarda, hésitant. Elle avait dix-huit ans, le même âge que Kessa — sa demi-sœur? Sa cousine? Il ne savait plus exactement, tant les liens s'étaient entremêlés. Une enfant de la résistance qui venait de perdre son père. Il ouvrit la bouche pour refuser, mais elle l'interrompit :
« Tu as besoin de quelqu'un qui connaît la structure de sécurité des bâtiments Helix par cœur. Mon père m'a appris chaque faille, chaque angle mort, chaque fuite de maintenance de leurs tours implanterie. Sans moi, tu vas courir quinze étages dans un bâtiment que tu ne connais que par des plans volés. Tu vas mourir au troisième palier. »
Caleb la dévisagea. Il allait lui dire que c'était trop dangereux, qu'elle avait déjà perdu assez. Mais il y avait dans son regard quelque chose de son père, cette obstination tranquille qui refusait de considérer même l'hypothèse de l'abandon.
« Elle sait ce qu'elle fait, Caleb », fit Okafor en repliant ses bras. « Et elle a un droit légitime sur cette mission. Kessa est encore dans le coma, et si ça tournait mal pour nous, c'est elle qui devra prendre les décisions pour Arsia. Une dernière action pour son père, ça lui donne des fondations. »
Caleb respira profondément. Puis il fit un pas vers Tam.
« On le fait à ma façon. Tu écoutes, tu exécutes, et si je te dis de sortir, tu sors. Compris ? »
Elle acquiesça sans un mot. Un accord silencieux, comme un pacte scellé sur la tombe de Grendel.
Ils planifièrent la manœuvre pendant une heure. Okafor, bien qu'incapable de quitter le shuttle sans déclencher tous les capteurs de recherche Helix dans un rayon de trois cents kilomètres, fournissait les données : les rotations de garde, les fréquences d'entretien, les codes d'accès qu'il avait réussi à intercepter au fil des ans. Il dessina une carte du QG d'Elysium Planitia — une tour de verre et d'acier plantée au milieu des champs de lave fossilisés — et identifia trois points d'entrée possibles.
« Ils ont renforcé la sécurité après Mars City, murmura-t-il, en faisant apparaître un schéma de la façade ouest. Trois couches de scanners biométriques, des drones de patrouille en vol continu, et un périmètre de défense automatisé. On ne peut pas entrer en trombe. On ne peut même pas s'approcher à moins de cinq cents mètres sans être repérés. »
« Sauf sur le toit sud, reprit Caleb en pointant sur la carte, là où se trouve la plateforme des navettes de maintenance. Ils n'ont pas allumé de défenseurs là-haut depuis le démantèlement du programme spatial civil. Le seul accès est celui qui sert aux techniciens. »
« Un accès que les lecteurs de cartes civiles n'ont jamais référencé », ajouta Tam. Elle tira de sa poche un petit lecteur de données et le brancha à la console. « Mon père avait réussi à glaner ce code sectoriel lors d'une surveillance de trois semaines en 51. Il s'est toujours demandé à quoi il sert. Je crois que c'est le moment de l'utiliser. »
Un sourire traversa le visage d'Okafor, le premier depuis des heures. « Alors c'est une mission d'infiltration, pas un assaut frontal. »
« Exactement », confirma Caleb. « On y va pour Mei Lin, pour la faire sortir de leur contrôle, et rien d'autre. Pas d'héroïsme, pas de combat ouverts, pas de second souffle. On entre, on la prend, on ressort. »
« Tu oublies qu'elle est peut-être consentante, là-bas », murmura Okafor, avec une nuance d'inquiétude. « C'était la chef de la sécurité de Helix. Peut-être qu'elle a choisi son camp. »
Caleb tourna la tête vers sa mère, toujours inconsciente derrière la vitre, son visage intact après une décennie de néant. « Elle était l'amie la plus proche de ma mère. Elle aussi a été effacée des registres, exactement comme Dana l'a été. Si elle avait choisi Helix, ils ne l'auraient pas enfermée. Ils l'auraient gardée sous contrat, sous surveillance, mais pas sous clé. »
Okafor garda le silence un long moment, puis hocha lentement la tête. « Soit. Mais je veux que vous soyez prêts à ce que ce ne soit pas elle que vous trouverez en sortant. Les gens changent quand ils ont passé dix ans isolés du monde. »
Caleb ne répondit pas. Il se détourna de la carte et s'approcha de la capsule de sa mère. Il avait un moment de répit, une fenêtre de deux heures avant le décollage pour Elysium. Il posa la paume sur la vitre, sentant la vibration fine et chaude du verre.
« Je reviendrai », dit-il à voix basse. Pas une promesse. Une simple constatation. Il l'avait laissée une fois, croyant qu'elle était morte ; il ne la laisserait jamais repartir dans l'oubli.
Il imagina son visage s'ouvrant sur un sourire, ses yeux gris s'éclairant quand il lui raconterait tout, ce qu'il avait découvert, ce qu'il allait faire. Mais pour l'instant, elle était là, silencieuse sous verre, et tout ce qu'il pouvait faire, c'était partir encore un fois en lui laissant le vivant comme seule preuve.
Derrière lui, la voix de Tam coupa court à son adieu :
« Navette préparée. Tu viens, ou on lève le camp avec toi dedans, déjà gelé ? »
Caleb soupira, arracha ses doigts de la vitre et rejoignit Tam dans la soute.
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