La Route de Glace
Lire le chapitre 13: The Blizzard's Secret
Le vent hurla comme une bête affamée. Marchetti le sentit avant de le voir — ce frisson particulier qui précède le pire, quand l'air se fige et que le ciel blanchit d'un coup. Le blizzard tombait sur eux sans prévenir, un mur de glace qui effaçait le monde.
« Ici ! » hurla Gerhard, son bras tendu vers une fissure dans la paroi rocheuse.
La corniche surplombante formait une poche sombre, à peine assez grande pour les abriter. Marchetti poussa Lefebvre devant lui, traînant presque le corps d'Aubert qui pesait contre son épaule. Anya suivait, accroupie sous le vent, son visage pâle à peine visible sous la couverture qui la protégeait.
L'intérieur de la grotte sentait la pierre mouillée et le froid ancien. Marchetti déposa le capitaine contre la paroi, vérifia le pansement improvisé — la tache de sang n'avait pas grandi, c'était un maigre réconfort. Lefebvre s'effondra à côté de lui, les mains tremblantes.
Gerhard s'avança plus profondément dans la cavité, disparaissant dans l'obscurité qui s'élargissait.
« Il y a une chambre plus loin », dit-il, sa voix résonnant étrangement. « Et... bon Dieu. »
Marchetti se releva, le cœur battant. Il fit trois pas, rejoignit Gerhard. Et vit ce que sa lampe éclairait.
Un corps. Officier français, d'après l'uniforme — habit bleu à parements blancs, épaulettes de lieutenant. Il était assis contre la paroi, les jambes croisées, comme un homme qui s'était simplement assis pour se reposer. La poudre de glace recouvrait ses épaules comme un linceul.
Mais ce qui attira l'œil de Marchetti, c'était ses mains.
Elles tenaient un papier froissé, partiellement brûlé. Les bords noircis, gondolés par le feu, mais le centre était intact. Marchetti s'accroupit, tira doucement le document des doigts raidis. Il lut.
*...demande que vous confirmiez la nature exacte de la mission. L'Empereur a été informé de l'existence du double. Il exige que...*
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Lefebvre.
Marchetti ne répondit pas tout de suite. Il retourna le papier. Au dos, une écriture plus petite, plus pressée :
*On m'a envoyé pour arrêter cela avant qu'il ne soit trop tard. Si vous lisez ceci, je n'y suis pas parvenu. Le double voyage avec la colonne. Il ne doit pas atteindre Smolensk.*
Anya se glissa entre eux deux, ses yeux sombres scrutant le papier. Elle ne lisait pas le français — pas vraiment — mais elle vit quelque chose dans le visage de Marchetti.
« Le général ? » demanda-t-elle.
« Le lieutenant », corrigea Marchetti. Il tendit le papier à Gerhard. « Il y a d'autres papiers sur lui ? »
Gerhard fouilla le corps avec précaution, mais ses mains revinrent vides. Il tendit à Marchetti un étui en cuir, vide lui aussi. Pas d'ordre de mission. Pas de lettres personnelles. Rien que ce fragment brûlé, comme si l'officier avait détruit le reste avant de mourir.
Ou comme si quelqu'un d'autre l'avait fait pour lui.
Marchetti retourna le papier une fois de plus. *Le double.* Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Un imposteur ? Quelqu'un qui se faisait passer pour l'Empereur ? Napoléon était le seul Napoléon — cette idée était absurde. Mais les mots portaient la peur d'un homme qui savait quelque chose, quelque chose qui lui avait coûté la vie.
« Regardez ça », dit Gerhard soudain, sa voix altérée. Il avait déplacé le lieutenant, révélant ce qui avait été dissimulé derrière lui.
Un éventail de traînées sombres rayait la paroi. Du sang. Des traces de doigts. Et plus bas, griffé dans la pierre avec ce qui semblait être un objet métallique — une boucle de l'écriture serrée et désespérée :
*ILS LE SAVENT*
*ILS NOUS SUIVENT*
Lefebvre fit le signe de croix. Anya recula d'un pas.
Marchetti resta immobile, scrutant la paroi comme si elle pouvait lui révéler davantage. L'officier avait voulu laisser un message. Pas pour le sauver — trop tard pour cela — mais pour celui qui le trouverait. Trois phrases. Trois fragments.
*L'Empereur a été informé de l'existence du double.* *Le double voyage avec la colonne.* *Ils nous suivent.*
La colonne. Les prisonniers que Lefebvre avait vus, la colonne qu'ils avaient décidé de suivre vers Smolensk. Et maintenant un officer mort, assassiné ou abandonné, qui disait qu'un double — quel qu'il soit — voyageait avec ces mêmes prisonniers.
Lefebvre s'approcha, lut l'inscription sur le mur. Ses épaules s'affaissèrent.
« C'était peut-être l'ordre de mon frère », murmura-t-il. « Peut-être qu'il était là. Peut-être qu'il a fait ça. »
« Nous n'en savons rien », dit Marchetti.
« Nous savons qu'il a été tué », répliqua Lefebvre, la voix serrée. « Nous savons que quelqu'un a voulu dissimuler ce qu'il savait. Et nous savons que quelqu'un le savait. »
Le blizzard faisait rage dehors, martelant la roche comme des coups de canon lointains. La grotte s'obscurcit encore, et Marchetti vit Gerhard rallumer la petite lampe à graisse qu'ils avaient trouvée dans le village abandonné. Sa flamme vacilla, projetant des ombres mouvantes sur les mots griffés dans la pierre.
Le silence se prolongea. Puis Anya parla, sa voix basse et calme :
« L'officier n'est pas venu seul. »
Marchetti tourna la tête.
« Il a été poursuivi », dit-elle. Elle s'accroupit près du corps, toucha les bottes. « Pas de neige dans les lacets. Il est arrivé pendant que la neige tombait déjà. Puis quelqu'un l'a suivi — quelqu'un qui connaissait cette grotte. »
Elle releva la tête vers Marchetti, ses yeux sombres plus droits que jamais.
« La colonne de prisonniers ne marche pas vers Smolensk. Elle marche vers l'ouest. Vers vous. »
Le papier brûlé pesait dans la main de Marchetti. Il le replia soigneusement, le glissa dans sa doublure, contre sa poitrine.
« Alors nous marchons vers elle », dit-il.
« Pour quoi faire ? » demanda Lefebvre. « Nous sommes quatre — cinq avec Aubert. Sans armes dignes de ce nom. Face à qui sait combien de gendarmes et de gardes. »
Marchetti se tourna vers lui, son visage barre dans la pénombre.
« Pour découvrir ce qu'est ce double. Pour découvrir pourquoi l'Empire entier semble prêt à tuer pour le garder secret. Et pour retrouver ton frère — vivant ou mort. »
Le blizzard hurla, une rafale qui secoua la grotte entière. Aubert gémit dans son sommeil, fiévreux mais vivant. Le son rappela à tous ce qui était en jeu.
Gerhard posa la main sur le poignet du lieutenant mort, lui fermant les yeux avec un geste doux qu'on n'attendait pas d'un vieux grognard.
« Nous ne pourrons pas enterrer cet homme debout », dit-il. « Pas pendant la tempête. »
« Nous le laissons. » La voix de Marchetti était ferme. « Mais nous prenons son manteau, ses gants, son couteau s'il en a. Il n'en aura plus besoin. »
« C'est de la profanation », murmura Gerhard, mais sa main remonta déjà vers le col du manteau.
« C'est de la survie », dit Marchetti.
Anya resta au fond de la grotte, les yeux perdus vers l'entrée. L'obscurité tourbillonnait autour d'elle comme une chose vivante.
« Le commandant regardait vers l'ouest », dit-elle, sans se retourner. « Quand les gendarmes sont partis. Là-bas, quelque chose les attend. Quelque chose de plus important que nous. »
Marchetti la rejoignit, le manteau du mort sur le bras.
« Et tu sais quoi c'est ? »
Elle se tourna vers lui. Ses yeux reflétaient la petite flamme de la lampe, presque dorés.
« Je sais qui le sait. L'officier qui t'a formé à Lyon. Le maître imprimeur. »
Marchetti sentit son sang se glacer à l'intérieur de ses veines.
« Maître Villon est mort. Il y a dix ans. »
« Villon est mort », confirma Anya, chaque mot tombant comme une pierre dans l'eau froide. « Mais ce n'était pas le seul maître imprimeur de Lyon. Et ce n'était pas le seul à connaître le langage secret des brochures que tu as imprimées pour lui. »
Le vent hurla au dehors, presque comme un rire.
Et Marchetti comprit que l'enfer qu'ils fuyaient n'avait jamais cessé de les poursuivre. Il les avait simplement laissés courir assez loin pour croire qu'ils étaient libres.
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