La Route de Glace
Lire le chapitre 7: The Cossack's Bargain
La neige tombait sans fin, silencieuse, quand le cheval de tête du détachement cosaque émergea des flocons comme un spectre. Marchetti eut le temps de crier un seul mot — "Courez !" — avant que les cavaliers ne les encerclent, leurs lances basses, leurs bouches ouvertes sur des hurlements gutturaux.
Gerhard leva son mousquet, mais Marchetti abattit sa main sur le canon.
— Non.
Le Cosaque qui menait la patrouille était un homme massif, la barbe prise dans la glace, un manteau de peau de mouton sur les épaules. Il fit tourner son cheval autour du petit groupe, ses yeux noirs évaluant ce qu'il voyait : cinq soldats français affamés, un adolescent tremblant, une paysanne qui se tenait un peu trop droite.
Le chef cracha dans la neige. Il dit quelque chose dans sa langue, et deux de ses hommes mirent pied à terre. Ils fouillèrent Marchetti, Lefebvre, Gerhard. Ils prirent le mousquet de Gerhard, le sabre d'Aubert, les quelques cartouches que Lefebvre avait gardées au sec. Leurs mains rudes palpèrent les vêtements, cherchant des objets de valeur.
Quand l'un d'eux s'approcha de Jean-Baptiste, le garçon recula, les mains levées. Le Cosaque rit, lui tira les cheveux, lui dit quelque chose que Marchetti ne comprit pas. La fille, qui avait été laissée tranquille, dit soudain dans un français parfait :
— Il dit qu'ils n'ont pas besoin de nous tuer. Ils prendront ce qui vaut de l'argent et nous laisseront mourir de faim dans les bois.
Marchetti la regarda. Elle soutint son regard sans ciller.
— Traduis-lui autre chose, dit-il. Dis-lui que nous avons peu, mais que je peux lui offrir ce qu'il ne trouvera nulle part ailleurs.
Le chef cosaque écouta la traduction, puis éclata de rire. Ses hommes l'imitèrent. Il fit un geste — celui de trancher une gorge.
— Il dit que vous n'avez rien que valent vos gorges, dit la fille.
Marchetti plongea la main dans sa poche intérieure, là où son manteau était doublé de toile cirée. Il en tira la montre — une pièce d'argent et d'émail bleu, qu'il avait volée au cadavre d'un officier russe à Borodino, comptant la revendre à Varsovie. Elle était lourde, chaude contre sa paume malgré le froid.
Il la tendit.
Toute la patrouille se tut.
Le chef fit avancer son cheval, se pencha, prit la montre entre ses doigts gantés. Il la retourna, écouta le tic-tac, ouvrit le couvercle. Quelque chose dans son visage changea — une expression que Marchetti ne sut lire. Puis le Cosaque la referma d'un claquement sec et la glissa dans sa ceinture.
Il dit quelque chose. La fille traduisit :
— Il dit que l'objet est digne d'un officier. Il demande si vous l'avez tué.
— Je l'ai trouvé, dit Marchetti.
Le chef rit de nouveau, mais cette fois avec moins de mépris. Il tourna son cheval, fit un signe à ses hommes, et la colonne commença à s'ébranler. Mais juste avant de disparaître dans la neige, il se retourna une dernière fois. Il pointa Marchetti du doigt, puis son propre torse.
La fille traduisit, lentement :
— Il dit qu'il se souviendra de vous. Que la montre lui rendra le nom du français qui a osé la porter. Et qu'un jour, il viendra réclamer ce que vous lui devez encore.
Puis ils furent partis. Le silence retomba, troué seulement par le vent.
Marchetti respira. Autour de lui, ses hommes se tinrent les côtes, se comptèrent, crachèrent leur peur dans la neige. Lefebvre jura longuement. Gerhard se pencha pour ramasser son mousquet, que les cosaques avaient abandonné tant il était inutile sans poudre.
Aubert vint se planter devant Marchetti. Il était plus pâle que d'habitude, ses mains tremblaient imperceptiblement.
— Vous aviez une montre. Vous ne m'en avez jamais parlé.
— Elle ne vous regardait pas, capitaine.
— Elle était russe. Un officier russe. Vous l'avez prise à un mort.
— J'ai pris ce que les morts n'avaient plus besoin de porter. Recyclez la morale si vous voulez, mais elle nous a offert la vie.
Aubert ouvrit la bouche, mais la fille l'interrompit :
— Si vous voulez discuter, faites-le en marchant. Ils sont partis vers l'ouest, mais ils pourraient revenir. Et le vent cache les traces.
Elle commença à marcher, et les autres n'eurent d'autre choix que de la suivre. Le village qu'elle promettait — si c'était bien un village et non un piège — se trouvait à quelques heures selon elle. La nuit tombait. Le froid devenait plus vif.
Jean-Baptiste rattrapa Marchetti. Le garçon marchait vite pour un conscrit affamé, ses yeux clairs étonnamment alertes dans un visage creusé.
— Vous avez vu comment le chef vous a regardé, dit Jean-Baptiste à voix basse.
— Je l'ai vu.
— Il ne vous regardait pas parce que vous aviez sauvé vos hommes. Il vous regardait comme un homme qui lit un nom sur une liste. Comme un homme qui sait quelque chose qu'il n'était pas censé savoir.
Marchetti se tourna vers lui. Le garçon soutint son regard sans trembler.
— Vous n'étiez pas un simple conscrit perdu, dit Marchetti.
— Et vous n'étiez pas un simple sergent qui ramasse des breloques à des cadavres. Mais nous sommes ce que nous sommes. En attendant, je dis ce que je vois.
Il accéléra le pas, laissant Marchetti seul avec le poids de ses questions.
Devant eux, la fille marchait d'un pas régulier, comme quelqu'un qui connaissait le chemin dans l'obscurité. Marchetti remarqua qu'elle ne regardait jamais les étoiles pour s'orienter. Elle suivait la lisière des arbres comme un animal revenant à son terrier. Elle avançait trop droite pour une paysanne, trop sûre pour une orpheline.
Gerhard apparut à ses côtés, fantôme silencieux comme toujours.
— Elle ment sur la distance, dit-il d'une voix à peine audible.
— Comment le sais-tu ?
Gerhard haussa les épaules, un geste étonnamment éloquent chez lui.
— Le guide russe que nous avons interrogé avant la traversée — ses cartes, il les portait. Je les ai lues. Aucun village n'est à moins d'une journée d'ici.
Marchetti laissa la nouvelle s'enfoncer en lui. Huit heures de marche dans un froid pareil, sans nourriture, sans feu, sans espoir de retrouver chaleur — c'était une condamnation. À moins qu'elle ne tire quelque chose de lui d'ici là. À moins qu'elle ne soit elle-même l'arme que quelqu'un avait dégainée contre eux.
Il resserra son manteau autour de sa gorge et augmenta le pas.
Quelque part derrière lui, Aubert trébucha sur une racine ensevelie. Marchetti entendit le capitaine jurer, puis se relever. L'homme portait encore le message secret contre sa poitrine, même maintenant, même affamé, même transi. Le message pour l'Empereur. Le message pour lequel des traîtres invisibles les traquaient à travers la Russie gelée.
Et maintenant, une fille inconnue les conduisait à pas comptés vers un village qui n'existait peut-être pas, ou qui n'existait que pour les accueillir.
Marchetti ne savait pas encore qui trouverait le camp d'abord — le piège ou la tombe.
Mais il savait que Jean-Baptiste avait raison sur une chose : le chef cosaque avait lu son visage comme on lit un mandat d'arrêt. La montre n'était pas un paiement, c'était un signet. Et quelque part, quelqu'un gardait un livre ouvert sur leur nom.