La Saison des Courses
Lire le chapitre 23: The Turn: The Sponsor's Favor
La lettre resta close dans ses doigts, le sceau de cire intact — une promesse de vérité qu’elle n’osait pas encore briser. Helena la glissa dans son corsage, près de la lettre de sa mère, et leva les yeux vers la pièce soudain silencieuse.
La dowager se tenait près de la cheminée, les mains jointes, son sourire aussi tranchant qu’une lame d’argent. Elle n’avait pas bougé depuis la confession de Lady Margaret, depuis le bruit mat du corps de sa mère s’effondrant sur le parquet. Les invités s’étaient retirés dans un murmure confus, laissant derrière eux des verres à demi bus et des mensonges à demi avoués.
« Vous avez du caractère, Helena », dit la dowager, ses yeux balayant la salle vide. « C’est ce que votre père espérait. »
Helena serra les mâchoires. « Ne parlez pas de lui comme si vous l’aviez connu. »
« Je l’ai connu mieux que vous ne le pensez. » La dowager s’approcha, sa robe de soie crissant sur le marbre. « Assez bien pour savoir que sa dernière volonté concernait les écuries, et non la société. » Elle désigna le pli contre la poitrine d’Helena. « Cette lettre vous le dira, si vous avez le courage de la lire. »
Julian, qui s’était tenu en retrait, s’avança. « Madame, si vous cherchez à la faire douter encore — »
« Je cherche à conclure une affaire », l’interrompit la dowager. « Votre père, Helena, avait une dette envers moi. Une dette non pas d’argent, mais de confiance. Il m’a demandé, à sa mort, de veiller sur vous — de vous tester jusqu’à ce que vous prouviez que vous pouviez porter son héritage sans vous laisser détruire par les vautours. » Elle jeta un regard vers la porte par laquelle Eastman avait disparu. « Il semble que j’aie sous-estimé la profondeur de leur appétit. »
Helena laissa échapper un rire amer. « Vous avez orchestré la ruine de ma famille pour tester mon caractère ? »
« J’ai orchestré *des épreuves*. Votre mère a choisi d’y participer, par loyauté envers votre père ou par peur de moi, je n’en suis pas certaine. » La dowager haussa une épaule, presque négligente. « Mais les dettes, les rumeurs, les faux engagements — c’était une sélection, pas une punition. Je voulais voir si une Ashworth avait encore le sang de Whitbury dans les veines. »
Julian croisa les bras. « Et maintenant que vous l’avez vu ? »
La dowager le dévisagea longuement, puis reporta son attention sur Helena. « Il me reste un dernier obstacle à écarter : Eastman. Il a fui, mais il n’est pas vaincu. Il détient encore des informations, des alliances, et l’odieux privilège d’avoir été l’un des prétendants sérieux à votre main. » Marquetta-t-elle une pause. « Le Whitbury Stakes a lieu dans six semaines. Le gagnant obtient le titre de la course et, plus important encore, l’approbation tacite du Jockey Club. Eastman a déjà inscrit son cheval. »
Helena se raidit. « Et nous — »
« Et vous n’avez ni jockey ni cheval capable de le battre, seule. » La dowager sortit un parchemin de sa manche, le dépliant avec une lenteur calculée. « Mais j’ai le pouvoir de parrainer une bourse supplémentaire, une course par paires — deux cavaliers, un seul cheval, une alternance de monture. Une épreuve de confiance autant que de vitesse. »
Elle tendit le parchemin à Helena. « Je sponsoriserai cette course uniquement si vous et M. Ashby y participez ensemble, contre Eastman et son partenaire. »
Le silence s’étira. Helena regarda le parchemin, puis Julian. Elle vit la même tension dans sa mâchoire, le même calcul dans ses yeux gris. Ils venaient à peine de dépasser le gouffre de ses mensonges, de ses secrets, de ce baiser volé sous la pluie — et voilà que la dowager leur demandait de courir côte à côte, leurs sorts liés à la même bride.
« Ce n’est pas une épreuve, c’est une provocation », dit Helena, sa voix basse.
« C’est une chance », corrigea la dowager. « La seule que vous aurez. Whitbury vous appartient déjà sur le papier — votre père a pris soin de cela, je vous l’ai dit. Mais pour le défendre, pour faire taire ceux qui murmurent que les Ashworth sont finis, il vous faut paraître dans la course la plus honorée de la saison, avec un partenaire digne de votre sang. » Elle inclina la tête vers Julian. « J’ai vu comment il vous regarde. Comment vous le regardez. Vous pouvez vous détester autant que vous le souhaitez — mais vous vous faites confiance, malgré tout. C’est exactement ce que cette course exigera. »
Julian ne disait toujours rien. Son regard était rivé sur Helena, comme s’il attendait qu’elle prononce le premier mot, qu’elle décide si ce qu’ils avaient construit — fragile, bancal, trop récent — pouvait supporter cette nouvelle pression.
Helena se souvint de la pluie sur son visage, de la chaleur de sa bouche contre la sienne. Elle se souvint de lui debout devant le créancier, offrant sa propre ruine pour protéger son nom.
« Et si nous refusons ? » demanda-t-elle.
« Alors Eastman s’emparera de Whitbury avant la fin de la saison », dit la dowager sans détour. « Et vous aurez prouvé que j’avais raison de douter de vous. »
Helena tenait le parchemin si fort que ses jointures devinrent blanches. La lettre de son père pesait contre sa poitrine, une réponse possible à une question qu’elle n’était pas encore prête à poser. Mais elle n’avait pas besoin de lire pour savoir ce que son père aurait voulu.
Elle leva les yeux vers Julian. Il y avait toujours cette fissure entre eux — ce qu’il avait vu sans lui dire, ce qu’il savait de sa mère sans avouer. Mais il était là. Il avait choisi de rester. De payer pour elle, de mentir pour elle, de risquer sa liberté pour elle.
« Un partenaire », dit-elle lentement, les mots sortant comme un pari qu’elle posait sur une table, « pas un adversaire. »
Julian renversa la tête, et quelque chose se défit dans ses épaules — un soulagement qu’il n’avait pas laissé paraître. « Une seule course », dit-il en s’approchant. « Et nous le battons ensemble. »
Helena tourna la tête vers la dowager. « Nous acceptons. »
Le sourire de la vieille femme s’élargit lentement, comme si elle venait de voir une main gagnante se révéler. « Parfait. »
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