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La Saison des Courses

Lire le chapitre 4: The Missing Trophy

La pluie tambourinait contre les carreaux du petit cabinet de travail quand Helena poussa la porte. Elle avait attendu que la maison sombre enfin dans le silence, que les pas du dernier valet s'éteignent dans le corridor. Dans sa main, la clé de la vitrine semblait trop lourde pour sa taille.

Elle contourna le bureau de son père, ses semelles glissant sur le parquet ciré. Le trophée Eclipse était là, dans la vitrine de chêne, entre le portrait de sa mère et la maquette du haras. Il y avait toujours été. Elle avait grandi en le regardant briller, en écoutant son père raconter la course de 1798, le cheval bai qui n'avait jamais connu la défaite.

Sa main trembla quand elle fit tourner la clé dans la serrure. Le verre s'ouvrit sans un bruit.

Le piédestal de velours rouge était vide.

Helena cligna des yeux. Elle passa la main dans la vitrine, comme si le trophée pouvait se matérialiser entre ses doigts. Rien. Elle fouilla les rayons, déplaça les rubans de courses, les médaillons, les petits objets d'argent. Rien.

Elle se figea. La colère monta en elle, rouge et chaude comme un fer de forge.

— Ashford, murmura-t-elle.

L'homme n'avait pas perdu de temps. Il avait parcouru la maison en liberté après sa proposition, n'est-ce pas ? Elle l'avait vu tourner autour du bureau de son père, ses yeux gris notant chaque détail. S'il avait localisé la cache du trophée pendant sa visite, s'il l'avait fait dérober ensuite pour priver les Ashworth de leur unique atout...

Elle rayonna à travers la pièce, ouvrant les tiroirs, soulevant les papiers. Les documents de la banque étaient là — elle les feuilleta rapidement, les dents serrées — mais aucun éclat doré, nulle part.

Le trophée avait disparu.

Elle traversa le couloir d'un pas décidé. Son père devait savoir. Peut-être l'avait-il déplacé lui-même, par prudence, sans l'en informer. Elle le trouverait, exigerait la vérité, et s'il ne pouvait pas la lui donner...

Elle poussa la porte de la chambre de son père sans frapper. Lord Ashworth était assis dans son fauteuil près de la cheminée, un verre de brandy à la main. Il leva la tête, et Helena vit les cernes sous ses yeux, la pâleur nouvelle de son visage.

— Père, dit-elle. Le trophée Eclipse. Où est-il ?

Il cligna des yeux, lentement, comme une chouette tirée de son sommeil.

— Le trophée ? Il est dans la... dans la vitrine, où il a toujours été.

— Non. Il n'y est plus.

Le verre trembla dans la main de Lord Ashworth. Il le posa avec précaution sur la table de chevet, mais son poignet resta suspendu en l'air, comme s'il avait oublié comment le ramener.

— Plus ? répéta-t-il. Comment cela, plus ?

Helena le regarda. Soit son père était devenu un acteur remarquable, soit il ignorait réellement ce qui s'était passé. Les deux options étaient également terribles.

— Je voulais le vendre, avoua-t-elle, la gorge serrée. Pour financer mon voyage à Londres. Pour sauver la maison.

Une expression bizarre traversa le visage de son père — de la honte, peut-être, mêlée à quelque chose qui ressemblait à de la tendresse.

— Helena... tu voulais vendre la gloire de la maison ?

— Il n'y aura plus de maison s'il n'y a plus d'argent. Le trophée n'est que de l'or ancien. Whitbury est une promesse d'avenir.

Lord Ashworth se leva, avec difficulté. Ses doigts trouvèrent le dossier du fauteuil, puis le rebord de la cheminée, comme s'il avançait à travers une tempête invisible.

— Quelqu'un a dû le prendre, dit-il. Peut-être un domestique. Peut-être...

— Ashford, compléta Helena. Il l'a vu, pendant sa visite. Il a dû...

— Ashford n'est pas un voleur.

La défense — soudaine, presque protectrice — fit lever les yeux à Helena.

— Vous le connaissez à peine.

— Je connais les hommes qui regardent les chevaux avec respect. Ashford regarde les Ashworth comme un homme regarde une chose qu'il veut protéger, pas qu'il veut voler.

L'ironie de la phrase aurait fait rire Helena en d'autres circonstances. Protéger. Oui. En achetant la maison, en délogeant la famille, en privant le haras de son nom.

— Il veut Whitbury, dit-elle. Il veut tout ce que nous possédons.

— Whitbury est déjà perdu, intervint une voix grave depuis le seuil.

Helena se retourna. Julian Ashford se tenait dans l'embrasure de la porte, son manteau dégoulinant de pluie, un pli d'excuse sur le front. Derrière lui, le vieux majordome de la maison semblait mortifié de n'avoir pas pu l'annoncer.

— Je suis venu inviter Lord Ashworth à la réception des Aldersgate, à Londres, expliqua Julian en les saluant. La lettre est arrivée ce matin pour lui, mais j'ai pensé que... je pouvais transmettre l'offre en personne.

L'offre. Bien sûr. Une invitation de plus dans la longue liste des humiliations que sa famille devait subir.

Helena marcha vers lui, plantée si près qu'elle dut lever le menton pour le regarder.

— Vous avez été bien occupé, monsieur Ashford. D'abord la proposition de rachat. Ensuite l'invitation à Londres. Et maintenant, le trophée Eclipse a disparu de notre vitrine.

Le visage de Julian ne changea pas, mais ses yeux étincelèrent d'une énergie nouvelle.

— Le trophée ? Il a disparu ?

— Ne jouez pas l'innocent. Vous êtes le seul étranger à avoir eu accès libre à cette maison la semaine dernière.

— J'ai eu accès au salon et au bureau de Lord Ashworth, corrigea Julian. Je n'ai jamais été dans ce cabinet de travail.

— Comment savez-vous que nous parlons du même endroit ?

Julian pencha la tête, une lueur d'amusement traversant ses traits.

— Parce que c'est le seul endroit où une telle relique pourrait être conservée dans cette aile de la maison. La fenêtre donne au sud. La lumière du matin met en valeur les objets précieux. Et le portrait de votre mère au-dessus de la vitrine indique que tout ce qui se trouve en dessous lui appartenait, ou appartenait à la famille.

Helena ouvrit la bouche, puis la referma. La précision de sa déduction était exaspérante.

— Vous auriez pu la faire voler par un complice.

— Et où donc, l'aurais-je cachée ? demanda Julian doucement. J'habite à l'auberge du village depuis lundi. Vous pouvez fouiller mes affaires si vous le souhaitez. Je vous accompagnerai moi-même au grenier.

L'offre était si directe qu'elle désarma Helena une seconde. Elle croisa les bras, refusant de lui laisser voir son trouble.

— Je trouverai le coupable, dit-elle. Et quand je l'aurai trouvé, il sera trop tard pour Whitbury.

Julian soutint son regard. Elle vit quelque chose passer dans ses yeux gris — pas de la moquerie, comme elle l'attendait, mais une ombre de respect et, plus troublant encore, une question sans nom.

— Je vous crois, Lady Helena, dit-il, et sa voix était si basse qu'elle dut se pencher pour l'entendre. Mais peut-être devriez-vous chercher plus près de chez vous.

La phrase resta suspendue en l'air quand Julian se tourna vers Lord Ashworth, s'inclinant avec une politesse parfaite.

— Milord. J'espère que vous me ferez l'honneur de votre présence à Londres. La maison des Aldersgate est un lieu où les bonnes alliances se forgent.

Lord Ashworth le remercia d'un signe de tête absent, les yeux perdus sur la pluie qui ruisselait contre les fenêtres.

Helena ne sortit pas avec Julian quand il prit congé. Elle resta dans la chaleur du cabinet, les poings serrés, tandis que son regard passait du bureau de son père à la vitrine vide.

Chercher plus près de chez elle. Que voulait-il dire ? Son père ? Le majordome ? Un domestique que la dette de la famille aurait transformé en voleur ?

Elle marcha jusqu'à la vitrine. Sa main retomba sur le velours vide, puis glissa le long du cadre en bois. Arrivée au fond, ses doigts heurtèrent quelque chose de froid et de plat. Un petit tiroir secret, laissé ouvert.

Elle le tira. Une lettre s'y trouvait, l'encre fraîche à peine sèche.

Cachetée du sceau de Banque Child.

La même lettre que l'homme avait mentionnée deux jours plus tôt. La lettre qui avait fait pâlir son père.

Helena déplia le papier d'une main tremblante. Les chiffres dansaient devant ses yeux. Une dette massive — bien plus élevée que ce qu'elle imaginait — contractée sous le nom d'une société écran, avec une échéance à la fin du mois.

Le trophée n'était pas le plus grave. Elle venait de comprendre que son père, pour sauver Whitbury, avait décidé de sacrifier la seule chose que la maison possédait encore : son nom. Livré comme caution à la banque, le trophée avait été envoyé à Londres.

Dans les mains de leurs créanciers.

Et Julian Ashford le savait.

Helena leva les yeux vers la fenêtre. La pluie commençait à cesser, mais l'ombre grandissait sur le domaine.

Elle savait maintenant où aller, et ce qu'elle allait trouver à Londres.