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La Saison des Courses

Lire le chapitre 7: The Season Begins

La salle de bal de la maison Greystone étincelait d’un luxe que Londres savait dispenser sans parcimonie : des lustres en cristal, des murs tendus de soie dorée, et une foule si dense que l’air lui-même semblait se consumer de conversations. Helena s’y tenait droite comme une pique, le sourire figé de circonstance, les gants blancs immaculés, l’esprit ailleurs — au trot de sa jument Favorite, aux écuries d’Ashworth Downs, à l’échéance de trois semaines qui lui martelait la poitrine comme un galop de chasse.

Lady Greystone, leur hôtesse, une veuve aux joues roses et au regard perçant, s’approcha d’elle avec la malice d’un général plaçant ses pièces.

— Lady Helena, quelle joie ! Votre réputation en matière d’équitation vous précède, mais ce soir, nous dansons. Et puisque vous êtes déjà accompagnée de votre charmant fiancé — où est-il donc, ce Lord Eastman ? — je me suis dit que vous ne refuseriez pas une polonaise avec un autre cavalier tout aussi… intéressant.

Helena chercha des yeux le faux fiancé. Lord Eastman, vieil ami de son père, avait accepté de jouer ce rôle pour la saison, mais son arthrite l’avait retenu à l’écart, perdu dans la conversation des vieux pairs. Avant qu’elle ne puisse décliner, une voix grave et trop familière s’éleva derrière elle.

— Je serais honoré, madame.

Julian Hartley s’inclina devant Lady Greystone, puis offrit sa main gantée à Helena. Il n’avait rien du dandy : son habit noir était sobre, son sourire mesuré, mais ses yeux gris brillaient d’un amusement qu’elle connaissait trop bien.

— Vous ne m’avez pas laissé le choix, murmura-t-elle entre ses dents, lui prenant la main comme on saisit une épine.

— Le choix n’est jamais notre fort lorsque nous partageons un objectif, répondit-il en l’entraînant vers le centre de la pièce.

La musique les saisit. La polonaise avait ce rythme martial, scandé, qui forçait la précision. Helena dansait bien — sa mère lui avait fait apprendre à Londres, jadis — et elle savait que Julian, à la manière des hommes de sa classe, avait reçu la même éducation. Ils tournèrent ensemble, dos droit, regards croisés.

— Votre fiancé se fait discret, glissa-t-il, assez bas pour que la rumeur des autres couples les protège.

— Sa discrétion est un gage de sa force. Lord Eastman n’a pas besoin de parade.

— Lord Eastman, oui. Ce vieux renard boiteux qui a vendu ses chevaux il y a dix ans parce qu’il craignait le scandale des courses.

Helena serra la mâchoire.

— Vous avez enquêté.

— Il suffit d’écouter les bonnes personnes. Savez-vous qu’il n’a jamais mis les pieds à Londres pendant un mois de mai ? Il préfère les eaux de Bath.

— Vous êtes insupportable.

Il la fit pivoter avec une précision qui la surprit — il dansait comme il montait, le corps en équilibre, l’attention totale sur les appuis.

— Et vous, Lady Helena, êtes une menteuse intrépide. Je vous admire, vraiment. Mais si vous voulez convaincre la comtesse douairière, vous devrez faire mieux qu’un fiancé de papier.

Elle chercha du regard la silhouette de la comtesse. Elle l’aperçut au fond de la salle, assise dans un fauteuil doré, ses cheveux argentés retenus par un ruban noir. Elle regardait la piste avec une attention peu commune pour une femme de son âge. Elle semblait suivre leur danse, un sourire mince aux lèvres, comme une joueuse observant ses cartes.

— Elle nous observe, chuchota Helena.

— Elle observe tout le monde, corrigea Julian. C’est ce qui la rend redoutable. Whitbury n’est pas une affaire de pur-sang, Lady Helena. C’est une affaire de contrôle. Elle a laissé entendre qu’elle n’avancerait pas son crédit à un éleveur qui ne pourrait même pas aligner un jockey digne de ce nom.

Helena sentit un raidissement intérieur. Ned Stokes, son jockey, était le meilleur du comté. S’il fallait en venir à sa loyauté, elle tiendrait.

— Vous savez beaucoup de choses, monsieur Hartley, pour un homme qui prétend ne faire que passer à Londres.

Il l’amena dans un dernier tour, la tenant plus près qu’il n’était nécessaire, et son souffle effleura sa tempe.

— Je suis un homme d’affaires. J’écoute, je calcule, et je récupère ce qui est mis en gage. C’est ce qui fait de moi un allié plus précieux que tous vos lords de province.

— Un allié qui a prévenu la Banque Child de la valeur de votre trophée. Vous ne pouvez pas le nier. Votre lettre leur a donné la clé.

Il cessa de sourire. Leurs mains se séparèrent à la fin de la mesure, mais il la retint par le bras, juste une seconde.

— Ce que vous ne comprenez pas, c’est que j’ai aussi écris pour les prévenir que je comptais récupérer ce trophée. Pas pour eux. Pour moi. Et si vous voulez le récupérer avant vos trois semaines, vous aurez besoin de moi plus que jamais.

— Je n’ai besoin de personne.

— Votre père disait la même chose. Regardez où cela mène.

Il la relâcha. La musique s’arrêta. Helena fit une révérence sèche, le cœur battant sous sa poitrine, et remonta les rangs de la foule pour rejoindre Lady Greystone, qui la saisit sans attendre par la main.

— Mon cher ange, je vous ai vu. Vous avez dansé avec cet inconnu — ce Hartley, je crois ? — et vous aviez l’air d’un chat face à un chien. Votre fiancé, Lord Eastman, est un homme charmant mais si âgé. Dois-je comprendre, entre nous, que certains arrangements… ne sont pas aussi solides qu’ils paraissent ?

Helena se figea. Le regard de Lady Greystone était inquisiteur, presque joyeux de son trouble.

— Je vous assure, madame, que Lord Eastman et moi sommes engagés depuis peu. Il est seulement discret.

— Discret ? On dit à Newmarket qu’il n’a jamais possédé un cheval de sa vie. On dit même qu’il a une peur maladive de l’écurie. Pour un homme qui doit épouser la fille des Ashworth, c’est un choix étrange.

Helena sentit le sol se dérober. Elle n’avait pas de réponse prête, et Lady Greystone le savait.

— Vous êtes jeune, reprit la veuve avec une feinte bienveillance. Les histoires de cœur ne regardent pas les autres. Mais en haut lieu, elles regardent tout le monde. La comtesse douairière, elle, déteste les faux-semblants. Et moi, je déteste qu’on me trompe dans ma propre maison.

Elle pencha la tête, un sourire de prédateur sous ses boucles grises.

— Je vais vous donner un conseil, ma chère. Si vous avez besoin du crédit de lady Whitbury, ne construisez pas votre stratégie sur un mensonge qui s’effondrera à la première course. Les murs de Londres sont fins. On entend tout. On répète tout.

Helena garda le silence. Elle regarda au-delà de la veuve, vers Julian, qui discutait à présent avec un groupe de gentlemen près des portes vitrées. Il lui lança un regard bref, un signe de tête presque imperceptible, puis disparut dans la nuit.

Lady Greystone se pencha.

— Et si vous avez besoin d’une femme qui vous dise la vérité, venez me voir. Ce sera ma contribution à la saison.

Elle s’éloigna en riant, laissant Helena plantée au milieu de la lumière dorée, les mains tremblantes sous ses gants.

Elle venait de comprendre une chose. Londres n’était pas un échiquier. C’était une gueule d’ogre, et chaque pas qu’elle faisait était observé, pesé, répété. La comtesse ne s’amusait pas de sa rivalité avec Julian — elle s’amusait de son mensonge. Et si elle voulait Whitbury, il lui faudrait bientôt déposer les cartes sur la table.

Dans son poing, elle serra la montre de sa mère, qu’elle avait glissée dans son réticule en quittant Ashworth Downs. Elle n’était peut-être plus capable de protéger sa vérité. Mais elle pouvait encore la monnayer.