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La Saison des Courses

Lire le chapitre 9: The Dowager's Snuffbox

La salle de bal de Lady Pemberton étouffait sous les chandelles, mais ce n'était pas la chaleur qui faisait perler la sueur au front d'Helena. La dowager comtesse de Whitbury était là, assise dans un fauteuil doré près de la cheminée, sa tabatière d'argent ouverte dans une main. Elle pinçait une prise de tabac entre le pouce et l'index, les yeux mi-clos, observant la foule comme un faucon surveille des souris.

Helena serra son éventail. Elle avait passé trois heures à choisir sa robe — un sarcenet bleu nuit qui accentuait ses épaules — et pourtant, à cet instant précis, elle aurait troqué toute sa garde-robe contre une seule minute d'audience avec la vieille femme.

— Vous ressemblez à une jument avant le départ, murmura une voix derrière elle.

Julian Hartwell. Naturellement.

Helena ne se retourna pas. — Et vous ressemblez à un homme qui suit une piste qu'on ne lui a pas demandé de suivre.

— Je suis invité, tout comme vous.

Elle pivota enfin. Il portait un habit de soirée noir impeccable, sa cravate nouée avec une précision militaire. Dans sa main, il tenait un écrin de velours bleu.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Un cadeau. Pour la dowager.

Helena rit, un son sec. — Vous croyez qu'elle se laisse acheter avec des babioles ? La femme qui a refusé trois propositions de mariage de ducs parce qu'aucun ne savait juger un cheval ?

— Ce n'est pas une babiole. C'est la tabatière de ma mère.

Le rire d'Helena mourut dans sa gorge. Elle regarda l'écrin, puis le visage de Julian. Il n'y avait aucune trace de moquerie dans ses yeux. C'était pire — il était sérieux.

— Votre mère est décédée il y a dix ans, dit-elle lentement. Vous portez sa tabatière à un bal pour impressionner une comtesse ?

— Ma mère était une joueuse invétérée. Elle a perdu cette tabatière trois fois au whist, et l'a récupérée à chaque fois en pariant sur des chevaux qu'on lui disait perdants. La dowager connaissait ma mère. Elle sait ce que cette tabatière représente : une femme qui ne reculait jamais devant un risque calculé.

Helena examina l'écrin. Le velours était usé aux coins, comme s'il avait été ouvert et refermé des centaines de fois.

— Pourquoi me le montrer ? Vous auriez pu attendre qu'elle soit seule, faire votre cour en toute discrétion.

— Parce que vous avez besoin de cette introduction plus que moi, et que je vous la dois.

Le mot « doit » resta suspendu entre eux comme un défi. Helena voulut protester, mais Julian avait déjà ouvert l'écrin. La tabatière était en or filigrane, ornée d'un cheval cabré en émail noir, les sabots avant frappant l'air. C'était le genre d'objet qui racontait une histoire avant même qu'on ne parle.

— Prenez-la, dit-il.

Helena hésita. Accepter signifiait une trêve. Refuser signifiait perdre sa seule chance ce soir, car la dowager avait déjà repoussé trois personnes qui tentaient de l'approcher.

Elle tendit la main.

La tabatière était plus lourde qu'elle ne l'avait imaginé.

Julian ne la lâcha pas tout de suite. Ses doigts effleurèrent les siens. — Une chose, dit-il, la voix basse. Si quelqu'un vous demande d'où elle vient, dites qu'elle appartenait à votre tante, qui l'a gagnée aux cartes contre une duchesse.

— Pourquoi mentir ?

— Parce que si la dowager apprend qu'elle est à moi, elle voudra savoir pourquoi je ne l'ai pas offerte moi-même. Et elle découvrira ce que vous lui cachez.

Helena ouvrit la bouche pour répondre, mais Julian s'était déjà éloigné, disparaissant dans la foule comme un spectre dans la fumée de bougie. Elle resta là, la tabatière dans la main, le cœur battant.

Elle traversa la salle. La dowager combattait maintenant une jeune femme décolletée qui tentait de lui parler d'une course de charité. La vieille comtesse écoutait avec une expression de politesse glaciale, sa tabatière personnelle — un objet plus simple, en écaille — refermée d'un claquement sec.

Helena attendit que la jeune femme s'éloigne, défaite, avant de s'avancer.

— Lady Whitbury, dit-elle en inclinant la tête.

La dowager la dévisagea. Ses yeux étaient d'un bleu délavé, mais rien chez elle n'était fané. — Lady Ashworth. On m'a dit que vous passiez la saison à chercher des ennemis plutôt que des amis.

— On m'a dit que vous passiez la vôtre à juger les gens sur une seule rencontre. Je suppose que nous avons toutes deux entendu des mensonges.

Un éclair de quelque chose — amusement ? — traversa le regard de la vieille femme. Elle tapota le bras de son fauteuil. — Asseyez-vous. Vous me faites mal au cou à force de vous regarder debout.

Helena s'assit sur le bord de la chaise qu'on lui indiqua. Elle posa la tabatière de Julian sur ses genoux, l'ouvrant d'un geste qu'elle espérait naturel.

La dowager se pencha. Ses doigts noueux se tendirent vers l'objet. — L'or filigrane. Le cheval en émail noir. C'est la tabatière de Mariah Hartwell.

Helena sentit son sang se glacer. Julian avait dit que la dowager connaissait sa mère — il n'avait pas mentionné qu'elle la reconnaîtrait au premier regard.

— Elle me vient de ma tante, qui l'a gagnée aux cartes.

— Votre tante est une menteuse, ou vous l'êtes. Cette tabatière a été faite sur commande pour Mariah, après qu'elle a gagné le Whitbury Stakes de 1789 avec un hongre qu'elle avait élevé elle-même. Je l'ai vue sur sa cheminée des douzaines de fois.

Le regard de la dowager se fit aigu. — Pourquoi un Hartwell vous donne-t-il un objet de famille, Lady Ashworth ? Et ne me dites pas que vous l'avez volé. Vous avez de meilleurs talents que le vol.

Helena ouvrit la bouche, mais aucun mensonge plausible ne vint. La tabatière glissa de ses doigts moites.

Elle tomba sur le tapis persan avec un bruit mat.

Helena se baissa immédiatement, Julian à ses côtés comme s'il avait attendu ce moment précis. Ils se cognaient presque, leurs mains se cherchant dans les plis du tapis.

— Vous saviez qu'elle la reconnaîtrait, souffla Helena.

— Bien sûr.

— C'était un piège.

Julian trouva la tabatière, la ramassa, mais ne la rendit pas. Il la tint serrée contre sa poitrine, se relevant avec une grâce dédaigneuse. Il se pencha vers l'oreille d'Helena, son souffle chaud contre sa tempe.

— Je sais que vous avez menti à propos d'Eastman. Il n'existe pas, n'est-ce pas ? Un fiancé fantôme pour vous donner du crédit auprès de la dowager. Vous parlez de lui comme un jockey parle d'un cheval qu'il n'a jamais monté — avec trop de détails, sans aucune véritable connaissance.

Helena se figea.

Il continua, la voix à peine audible : — Ne mentez pas davantage. La dowager vous testera. Elle sait que je suis ici, et elle sait que vous êtes avec moi. Si vous voulez survivre à cette soirée, vous allez devoir jouer mon jeu.

Il se redressa, offrit la tabatière à la dowager avec un sourire désarmant. — Lady Whitbury, pardonnez ma maladresse. Lady Ashworth et moi tentions de vous offrir cette tabatière ensemble, comme un symbole de notre... réconciliation naissante.

La dowager prit l'objet, l'examina longuement. Puis elle leva les yeux vers Helena, et quelque chose dans son regard changea.

— Une réconciliation ? dit-elle lentement. Voilà qui est intéressant. Je croyais que vous étiez fiancée à un certain Lord Eastman.

Le silence s'étira comme une corde d'arc. Helena sentait le regard de la dowager peser sur elle, mesurant chaque battement de cil. Autour d'eux, la salle de bal continuait son bourdonnement lumineux, mais pour Helena, le monde s'était réduit à cette vieille femme et à l'objet qu'elle tenait entre ses doigts.

Elle mentait mal, et elle le savait.

— Lord Eastman, répéta-t-elle, la bouche sèche. Je crains que... notre arrangement ait pris fin.

La dowager haussa un sourcil. — Arrangement. Un mot intéressant pour une fiancée.

Julian intervint, sa voix coulant comme du miel : — Lady Ashworth et moi avons eu nos désaccords, mais j'espère que nous avons dépassé cela. La tabatière de ma mère est un symbole de bonne foi.

La dowager la retourna, fit glisser le couvercle d'un pouce expert. L'intérieur était gravé d'une inscription qu'Helena n'avait pas remarquée : *À celle qui sait attendre.*

— Mariah savait attendre, dit la dowager, presque rêveuse. Elle savait aussi que la patience n'est rien sans opportunité. Et l'opportunité, ma chère, ne se crée pas — elle se saisit.

Elle rendit la tabatière à Julian, puis se tourna vers Helena avec une expression que celle-ci ne put déchiffrer.

— Lady Ashworth, vous êtes soit une imbécile qui se noie dans ses propres mensonges, soit une femme qui joue un jeu plus profond que je ne l'avais cru. J'ai passé soixante ans à distinguer ces deux sortes de créatures. Et vous, ma chère, êtes résolument la seconde.

Helena retint son souffle.

— Cela ne veut pas dire que je vous aiderai, continua la dowager. Mais cela veut dire que je vous regarderai. Le Whitbury Stakes approche, et j'entends choisir mes alliés avec soin.

Elle se pencha et tapota la main d'Helena de son index ridé.

— Venez demain matin. Nous parlerons chevaux. Parlons vrai, pour une fois. Et laissez le fiancé fantôme à la porte.

Helena n'osa pas regarder Julian. Elle sentait sa présence à côté d'elle, tendue, calculatrice, et elle comprit soudain qu'elle avait joué son jeu — mais qu'elle venait peut-être de gagner une main qu'il n'avait pas anticipée.

Elle releva le menton. — J'y serai, Lady Whitbury.

La dowager referma sa propre tabatière d'écaille avec un claquement satisfait.

— J'espère bien, ma chère. Parce que si vous n'y êtes pas, je saurai que vous n'êtes qu'une menteuse de plus, et la réputation des Ashworth ne survivra pas à un autre mensonge.

Helena sentit le poids de la menace — une menace qui visait sa famille, son domaine, tout ce qu'elle avait construit sur les cendres de la dette de son père.

Julian se pencha à nouveau vers elle, cette fois assez près pour que nul autre n'entende :

— Vous venez de vous engager dans une partie que vous ne comprenez pas. La dowager ne choisit ses protégés que lorsque tous les autres ont été éliminés.

Il marqua une pause, puis ajouta, avec une douceur qui la fit frissonner :

— Et je ne compte pas me laisser éliminer.