La Septième Heure de Waterloo
Lire le chapitre 14: The Mole in the Ranks
Le cottage était en ruine, mais la cave tenait encore. Harrow s'y glissa à l'aube, pendant que le grondement lointain de l'artillerie française annonçait l'imminence du déluge. Il étala sa carte sur une pierre plate, sortit son calepin, et commença à écrire.
Il n'avait pas besoin de feindre grand-chose. La sueur sur son front était réelle. L'angoisse aussi. Seulement, ce qu'il épelait sur le papier n'était pas un itinéraire authentique, mais une fiction soigneusement tissée. Une sente de braconnier, disait-il, qui contournait la Hougoumont par l'ouest et débouchait derrière les lignes françaises, à hauteur de Plancenoit. Trois hommes — un capitaine d'état-major, un sergent du 95ᵉ, un chirurgien — pouvaient s'y faufiler sans être vus.
Il ajouta un dernier détail : le rendez-vous était fixé à dix heures, à la ferme abandonnée de la Croix-Rouge, à un quart de lieue au sud du mont Saint-Jean.
Il laissa le carnet ouvert sur la table de la cave, bien en évidence, puis sortit par l'arrière. Il prit soin de laisser des traces dans la boue, des empreintes qui racontaient un départ précipité vers le sud.
Maintenant, il n'y avait plus qu'à attendre.
Il s'installa dans les fourrés d'aubépine à deux cents mètres de la ferme. La pluie avait cessé à l'aube, mais le sol dégoulinait encore. L'air sentait la poudre et la terre remuée. Autour de lui, le paysage de Waterloo s'éveillait à son destin — les sillons jaunes des routes, les masures blanches éclatées çà et là, les canons alignés comme des rangées de quilles. Il connaissait chaque repli de ce terrain, chaque haie, chaque fossé. Il les avait étudiés toute sa vie. Mais le connaître en cartes ne suffisait plus.
Il pensa à Valmont. Au texte de l'exécution, à ce peloton qui l'attendait, un peloton qui n'aurait jamais dû être là. À la lettre forgée, signée d'un officier britannique inexistant.
Quelqu'un, à l'intérieur du commandement allié, tendait la corde.
À dix heures pile, un cavalier parut sur le chemin de terre. Uniforme gris-vert, sans épaulettes. Un officier français en tenue de campagne, silencieux et discret. Il tira son cheval devant la ferme, mit pied à terre, et entra sans hésiter.
Harrow compta jusqu'à soixante. Puis il se leva, le pistolet armé dans la main droite, et s'approcha de la porte arrière.
La ferme était vide. La cave aussi.
Le piège était vide.
— Vous cherchez quelqu'un ?
La voix venait du fenil, au-dessus. Harrow leva les yeux. Un homme se tenait dans l'ombre de la poutre, une carabine à la main, le canon dirigé vers sa poitrine.
— Capitaine Harrow. Vous êtes plus rapide que je ne le pensais. Mais je suis plus malin que vous ne le croyez.
L'officier descendit l'échelle en bois, sans quitter Harrow des yeux. C'était un homme d'une quarantaine d'années, le visage taillé à la serpe, les cheveux poivre et sel sous son shako. Il portait un régiment d'artillerie, d'après ses boutons.
— Vous avez laissé un appât trop appétissant pour qu'on n'en soupçonne pas la nature, dit l'officier. Un itinéraire secret noté à la hâte, laissé ouvert, une cave qui sentait encore la fumée du matin ? Un bon traître vérifie ses flancs.
— Et qu'êtes-vous ? demanda Harrow. Français ?
L'officier rit doucement.
— Je suis ce qui se doit.
— Vous parlez français sans accent. Vos bottes sont anglaises. Mais votre épaule gauche pend comme celle d'un homme habitué à charger une pièce de huit.
L'officier cessa de sourire.
— Vous êtes un observateur, capitaine.
— C'est mon métier. En temps normal.
L'officier baissa d'un centimètre le canon de sa carabine.
— Vous croyez me connaître. Vous croyez comprendre ce qui se passe ici. Mais vous n'avez pas la moindre idée de l'ordre des choses.
— Expliquez-moi.
— Je n'ai pas à vous expliquer. Vous êtes une anomalie. Vous ajustez les lignes. Vous déplacez des pièces. Vous pensez agir en héros.
— Que faites-vous, alors ?
L'officier le regarda, un silence entre eux chargé de poudre. Puis il dit lentement :
— Je surveille.
Le mot avait un écho. Harrow cligna des yeux. Ce n'était pas un soldat français. C'était quelque chose d'autre. Une pièce d'un échiquier plus vaste.
— Le nom. Donnez-moi un nom.
L'officier sourit de nouveau, mais cette fois ce fut froid.
— Vous aurez un nom. Mais pas de ma bouche. Vous l'aurez de la bouche d'un autre.
Il allait continuer quand un coup de feu claqua. L'officier français eut un sursaut, le corps traversé par une balle qui l'avait frappé dans le dos. Il s'effondra, la carabine lui échappant des mains, roulant dans la poussière de la ferme. Son sang — un sang rouge vif et banal — tacha la paille.
Harrow le rejoignit en deux enjambées. L'officier respirait encore, les yeux déjà vitreux.
— Le nom, souffla Harrow en lui saisissant le col.
Le moribond tourna la tête. Ses lèvres remuèrent à peine.
— Whitworth. Major Thomas Whitworth. Aide-de-camp du général Cooke. Il est... il est l'un des vôtres.
Il toussa, du sang mêlé de salive.
— Il est l'un des miens aussi, dit-il encore.
Et plus rien.
Harrow relâcha le col. Le bruit des mouches montait déjà dans l'air, la ferme puait la paille et la mort. Il se releva lentement.
— Ce n'était pas sa balle ? dit une voix derrière lui, à quelques pas seulement.
Harrow pivota. Un homme se tenait sur le seuil, un pistolet fumant à la main, un long manteau de cavalerie sur les épaules. Il était grand, mince, les cheveux blonds dressés en crinière sous son bicorne. Ses yeux gris-bleu étaient fixés sur Harrow avec une intensité d'orfèvre.
— Thomas Whitworth, se présenta-t-il. Mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ?
Le pistolet était pointé sur la poitrine de Harrow. Il n'y avait pas de menace théâtrale dans son geste. Seulement une certitude professionnelle.
— Vous avez tendu un piège à ma taupe française, et vous avez réussi. Mais un piège fonctionne deux fois. Vous avez été surveillé depuis votre réveil, capitaine. Depuis la première heure de cette journée.
Harrow fit un pas en arrière. La carabine du mort gisait entre eux.
— Vous parlerez à mes supérieurs de cette chasse ? demanda Whitworth d'un ton presque doux. Ou préférez-vous que je m'occupe de la question maintenant ?
Harrow mesura la distance, la vitesse du temps, la position du soleil.
— Vous êtes un Anglais, dit-il. Vous servez Wellington. Et vous travaillez pour quelqu'un d'autre.
Whitworth hocha la tête.
— Il y a beaucoup de vérité dans ce que vous venez de dire. Ce n'est pas une raison pour ne pas vous achever.
Il arma le chien.
— Mais les hommes comme vous sont si rares, si instructifs. Nous avons tant à apprendre de vos échecs.
Harrow se jeta sur le côté une demi-seconde avant le coup de feu. La balle passa en sifflant, rasant sa tempe. Le canon s'éleva de nouveau.
Whitworth ne visait pas. Il le fit exprès.
Mais avant qu'il puisse tirer une seconde fois, Harrow avait saisi la carabine du mort et l'avait levée.
Le coup déchira la poitrine de Whitworth, l'envoyant contre le chambranle. Il résista, la main crispée sur la porte, les yeux écarquillés de surprise. Il glissa à terre, la bouche ouverte.
— Le message, dit-il en crachant le sang. Vous portez la montre. Vous portez le sceau. Votre mort est déjà écrite bien au-delà de cette colline.
Harrow s'approcha, à bout portant.
— Comment savez-vous... ?
Whitworth rit, un gargouillis au fond de sa gorge.
— Parce que je l'ai vu de mes yeux. Je l'ai lu dans un rapport signé de votre main. Daté du vingt-neuf juin 2015.
Ses yeux se révulsèrent. Il tomba en arrière, et tout s'éteignit.
Harrow resta là, debout, le souffle court, les mains tremblantes.
Un rapport. Daté du 29 juin 2015. Signé de sa main.
Mais cette bataille n'aurait jamais dû être menée en 1815.
Quelque part, dans un avenir qu'il ne connaissait pas encore, quelqu'un d'autre menait cette même guerre sur ce même terrain.
Et il commençait à croire que, quoi qu'il fît ici, cette autre guerre, il l'avait peut-être déjà perdue.
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