La Septième Heure de Waterloo
Lire le chapitre 24: The Missing Piece
Le réveil fut brutal, comme toujours. La paille humide, l'odeur de poudre et de cheval, le grondement lointain des canons. Harrow ouvrit les yeux dans la même cellule adjacente au quartier général de Wellington, le nom de Marchand encore brûlant sur ses lèvres comme une braise mal éteinte.
Il se leva d'un bond, les articulations encore douloureuses de la mort précédente. Le temps pressait. Bastian avait sacrifié sa vie pour lui donner ce seul indice—un nom. Une femme. Une témoin.
La porte s'ouvrit sans qu'il ait à frapper. Un officier d'état-major, jeune et nerveux, le toisa avec méfiance. "Le Duc vous demande, capitaine."
Wellington était penché sur une carte, la lumière grise de l'aube sculptant ses traits fatigués. Il leva les yeux quand Harrow entra. "Vous semblez différent, ce matin. Plus déterminé."
"Je dois trouver quelqu'un, monseigneur. Une femme nommée Marchand. Élise Marchand."
Le Duc plissa les yeux. "Le nom ne m'est pas inconnu. La sœur d'un certain capitaine Marchand, mort à Quatre Bras avant-hier. Brave homme. Mais que lui voulez-vous ?"
"Elle est en danger. Elle a vu quelque chose—quelque chose qui pourrait changer le cours de cette bataille." Harrow pesa ses mots. "Et de l'histoire elle-même."
Wellington l'observa longuement, puis hocha lentement la tête. "Le capitaine Marchand servait sous mes ordres. Sa sœur logeait chez des fermiers près de la chapelle Saint-Antoine, à une lieue d'ici. Mais si elle est témoin de quelque chose, d'autres ont pu le comprendre avant vous."
Harrow sortit sans prendre congé. Il emprunta un cheval dans les lignes arrière, ignorant les regards interrogateurs des soldats. La bataille grondait déjà à l'est, mais son combat se jouait ailleurs.
La ferme était vide. Portes ouvertes, chaise renversée, traces de lutte dans la boue séchée. Quelqu'un l'avait enlevée avant lui. Il examina le sol—des empreintes de bottes françaises, et plus loin, un mouchoir taché de sang, encore humide. On l'avait emmenée vers l'ouest, vers le petit bois où se dressait la chapelle.
Il poussa sa monture au galop, le cœur martelant ses côtes. La chapelle était un bâtiment de pierre trapu, à demi effondré, son toit percé par un boulet d'une campagne précédente. Un cheval attaché à l'extérieur, sellé, prêt à partir. Des voix étouffées à l'intérieur.
Harrow mit pied à terre, tira son pistolet et s'approcha par le côté aveugle du bâtiment. Par une fissure dans le mur, il vit la scène : une jeune femme brune, ligotée à un pilier, les vêtements déchirés, le visage marqué de coups. Un homme en uniforme français se tenait devant elle, lui parlant à voix basse, l'air presque doux. Inquisiteur, pas tortionnaire. Professionnel.
"—personne ne te trouvera ici. Le capitaine Moreau a été très clair. Tu parleras, ou tu pourriras dans cette chapelle comme ton frère pourrit dans sa tombe."
La femme cracha. "Mon frère est mort en soldat. Vous êtes des assassins."
"Nous sommes des patriotes. Votre frère avait compris que Certaines vérités doivent rester enfouies."
Harrow n'attendit pas la suite. Il fit feu, la balle sifflant à un pouce de la tête du Français avant de se loger dans la pierre. L'homme pivota, dégainant son sabre avec une rapidité surnaturelle.
Il était sur Harrow en trois enjambées. Le premier coup faucha l'air, le second força Harrow à parer avec le canon encore fumant de son pistolet. L'acier grinca contre le fer. Le Français était fort, mais Harrow avait l'avantage du désespoir—et deux décennies de combat rapproché.
Il feinta vers la gauche, encaissa un coup d'épaule qui lui arracha un cri, et plongea vers sa botte. Le couteau de tranchée fendit l'air, trouvant la gorge du Français. L'homme tomba, les yeux écarquillés, sans un bruit.
Harrow se releva en titubant, se précipita vers la jeune femme. "Élise? Je suis venu vous aider. Le docteur Bastian—"
Elle le regarda avec crainte, mais quelque chose dans son visage sembla la rassurer. "Vous êtes le capitaine dont mon frère parlait. L'Anglais qui savait."
"Bastian vous a contactée ?" Il trancha ses liens.
"Il est venu hier. Il disait que des hommes cherchaient à me faire taire avant que je ne parle de ce que j'ai vu à Quatre Bras. Le duel entre les deux officiers—" Elle frissonna.
La détonation claqua dans son dos sans avertissement. Harrow vit la tache rouge s'épanouir sur la poitrine d'Élise au même moment où il entendit le bruit. Elle bascula en avant, et il la rattrapa, s'effondrant avec elle sur la pierre froide.
Le cavalier en manteau gris se tenait dans l'embrasure de la porte, son pistolet encore fumant, son visage inexpressif sous le chapeau. Il y eut un long moment où leurs regards se croisèrent. Puis l'homme tourna les talons et disparut dans la lumière du matin.
Harrow voulut le poursuivre, mais le corps d'Élise l'immobilisait. Elle haletait, des bulles de sang aux lèvres. "Écoutez-moi," souffla-t-elle. "Je n'ai pas eu le temps de tout dire à Bastian. C'est plus grand que vous ne le pensez."
Ses doigts chercherent dans sa poche, en tirèrent un papier plié et ensanglanté qu'elle pressa dans la main d'Harrow. "La vérité est prisonnière. Il faut la libérer."
"Qui ? Que dois-je chercher ?"
Ses yeux se révulsèrent, mais elle trouva la force de murmurer : "Le bateau des prisonniers, à Anvers. Il s'y trouve."
Elle n'eut pas le temps d'en dire plus. Harrow resta un long moment à genoux, tenant sa main refroidissante, les canons de Waterloo tonnant à l'horizon comme un glas. Il ouvrit alors le papier ensanglanté.
Des mots écrits d'une main féminine, tremblante.
*"L'homme au masque de fer est celui que vous cherchez."*
Harrow le relut trois fois, le cerveau en ébullition. Le masque de fer. Une légende de prisonnier français—mais aussi un nom que les historiens de son époque connaissaient bien pour d'autres raisons. Il y avait un prisonnier politique célèbre détenu à Anvers, un homme dont l'existence même était un secret d'État.
La cavalerie française approchait—il entendait les sabots marteler la route. Le gris avait prévenu ses hommes. Mais Harrow ne pouvait plus rester. La bataille pouvait se perdre sans lui, l'histoire pouvait se dérouler autrement. Rien de tout cela n'avait plus d'importance.
Ce qui importait, c'était un nom. Un prisonnier. Et la vérité qui pouvait briser le cycle.
Il replia le papier, le glissa dans sa poche, et courut vers son cheval.
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