La Veillée du Porteur de Lanterne
Lire le chapitre 30: The Silver Casket
La pluie avait cessé, mais le vent gardait cette odeur de sel et de terre retournée. Yann poussa la porte de la chapelle de Menéham — elle céda sans résistance, comme si quelqu'un les attendait depuis cent ans.
L'intérieur sentait la poussière, le bois pourri et l'encens ancien. Des bancs effondrés s'alignaient sous une voûte à moitié effondrée. La lumière de la lanterne de Julien dansait sur les murs nus, effleurant des fresques écaillées où l'on devinait encore des saints et des barques.
— L'autel, murmura Anne-Marie.
Il était là, massif, en granit brut, couvert de mousse et de toiles d'araignée. Mais à sa base, Yann distingua une ligne nette, trop régulière. Une pierre plus claire, taillée différemment.
Il s'agenouilla. Julien posa sa lanterne à terre et sortit un pied-de-biche de son sac. Le granit résista — puis céda dans un grincement sec. Sous l'autel, un creux.
Et dans le creux, un coffret d'argent terni.
Il était petit, guère plus grand qu'un missel, mais lourd. Le métal avait été ciselé — des algues, des étoiles, une ancre. Yann passa les doigts sur le couvercle. Une serrure simple, mais intacte. Julien tendit une pince. Un craquement. Le couvercle s'ouvrit.
L'or.
Il remplissait le coffret jusqu'au bord — des pièces anciennes, des lingots, des bijoux. Leur éclat ricocha sur les visages des trois compagnons, les éclairant comme un soleil artificiel. Anne-Marie recula d'un pas, la main sur la bouche.
— Mon Dieu.
Yann souleva les pièces. Sous l'or, un cahier de cuir, relié d'un ruban de soie violine. Il l'ouvrit. L'encre avait pâli, mais l'écriture — élégante, féminine, d'une régularité maniaque — restait lisible.
Les premières pages dataient de septembre 1902. Il lut à voix haute, d'une voix qui tremblait un peu :
— « Je m'appelle Éléonore de Kermadec. Si ce journal est trouvé, je serai morte. Mais j'aurai tenté l'évasion. »
Julien se figea.
— Éléonore... Ma mère portait ce nom.
Yann continua. Les pages racontaient une jeunesse dorée entre Lamballe et Paris. Une famille en déclin, des dettes écrasantes. Et puis — à la date du 12 octobre 1902 — ces mots que Yann relut deux fois avant de les prononcer :
— « Le navire Sainte-Anne partira le jeudi. Dubreuil — le capitaine — sait tout. Il m'a promis un passage. Je l'aime. Nous fuirons ensemble à la Martinique. Personne n'en saura rien jusqu'à l'aube. »
Les phrases s'accéléraient, l'écriture devenait plus nerveuse.
— « L'argent n'est pas le vrai trésor. Ma famille m'a fiancée à Le Dem pour payer ses dettes. Mais Dubreuil est prêt à risquer sa carrière, sa vie, pour nous deux. Dans cinq jours, je respirerai un autre air. »
Yann tourna la page. Celle-ci portait une tache sombre — du sang séché, peut-être. L'écriture y était brouillée, rapide, comme griffonnée dans l'urgence :
— « Ils sont venus. Mon père. Kermadec, prêtre. Le Dem. Ils ont compris — je ne sais comment. On m'a enfermée. Dubreuil est en mer avec l'argent. Ils ont décidé... J'ai compris leur plan. Une lampe éteinte au mauvais endroit. La cale, les coffres, les ponts. Ils vont le guider sur les rochers. Le tuer avec son équipage. Et me garder pour le mariage à présent qu'ils ont l'or. »
Des mois plus tard, une dernière entrée, d'une main que l'émotion faisait trembler :
— « Me voilà mariée à un homme dont le visage est un reproche permanent. Mais je garde l'espoir. Chaque nuit, je prie pour la Sainte-Anne — pour eux tous. Si je pouvais un jour rendre justice à ces hommes, à celui que j'aimais... »
La signature : *Éléonore de Kermadec de Kerandraon.*
Julien prit le journal d'une main tremblante.
— Ma mère était sur ce bateau. Ce n'est pas une histoire de dette ou d'héritage. C'est une histoire d'amour trahi.
Anne-Marie s'approcha, les yeux brillants. Elle posa la main sur le coffret d'or.
— Ils ont tué le capitaine et son équipage pour l'empêcher de fuir avec elle. Mais elle a épousé quand même. Il y a eu deux exécutions.
Yann hocha lentement. Les fragments s'assemblaient — la descente des familles liées, les paiements annuels de silence, la certitude de Kermadec qu'il fallait à tout prix protéger ce secret.
— La chapelle était leur confessionnal perpétuel, dit-il. L'or restait ici, à l'abri. Mais le journal... c'était leur épée de Damoclès.
— Elle leur a laissé la preuve, murmura Julien. Pour quoi faire ?
— Une menace. Pour qu'ils n'osent pas la tuer elle aussi.
Un bruit. Dehors — des pas qui crissaient sur les gravats. Plusieurs. Puis la voix de Kermadec, claire, cassante, dans le vent :
— Kerandraon ! Rendons grâce à Dieu de vous avoir égaré en ces lieux.
La porte s'ouvrit dans un grincement. Sur le seuil, le prêtre se découpait contre les dernières lueurs du crépuscule. Derrière lui, deux silhouettes massives — et Le Dem, le vieil homme décharné, les mains croisées sur sa canne.
Kermadec sourit. Un sourire froid, presque amical.
— Vous avez trouvé le cours d'eau. Dommage. Vous ne le boirez jamais.
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