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L'Aérostier de Paris

Lire le chapitre 6: The Diplomat's Double

La porte claqua contre le mur de pierre. Étienne se retourna, la main déjà sur la lame qu'il portait à la ceinture. Delafond, adossé à la cheminée éteinte, se figea comme un animal surpris.

Un officier français entra, grande capote grise, bottes boueuses jusqu'aux genoux. Derrière lui, un homme plus âgé, petit, le visage chiffonné par la fatigue, des lunettes cerclées d'acier posées sur un nez mince. Il portait un manteau civil trop propre, comme s'il venait d'un autre monde.

« Vautrin ? » demanda l'officier. Sa voix portait l'autorité de ceux qui n'ont jamais douté d'eux-mêmes.

« Qui veut le savoir ? »

L'officier sortit une carte d'état-major, la déplia d'un geste sec. Le papier craqua dans le silence. « Capitaine Lefèvre, deuxième bureau. Vous êtes attendu pour un vol à l'aube. Destination : Garges. Passager : Aristide Delafond. »

Delafond esquissa un pas en avant, mais Lefèvre ne le regarda pas. Ses yeux restaient fixés sur Étienne.

« Il y a une erreur, capitaine, dit Étienne lentement. M. Delafond est là, devant vous. »

Lefèvre tourna enfin la tête. Il examina Delafond comme on examine un cheval suspect — des oreilles aux sabots.

« Celui-ci ? » Il eut un rire bref, sans joie. « Celui-ci n'est pas Delafond. »

Le silence qui suivit fut épais comme du goudron. Étienne sentit le regard de Delafond sur lui, mais il ne se retourna pas. Il regardait le petit homme aux lunettes, qui se tenait là, les mains croisées derrière le dos, avec une patience d'ecclésiastique.

« Le vrai Delafond, dit Lefèvre en désignant l'homme d'un geste du menton, c'est M. Beaumont. Président de la commission d'armistice de la Défense nationale. Nous avons appris il y a trois heures qu'un agent prussien avait pris son identité pour approcher un pilote de ballon et traverser les lignes. »

Étienne sentit le sol se dérober sous lui. Il se retourna enfin.

Delafond avait reculé de deux pas. Son visage avait changé — pas les traits, mais l'expression. Le masque de diplomate fatigué avait glissé, révélant quelque chose de plus dur en dessous. Ses yeux allèrent de la porte à la fenêtre, calculant.

« Il a menti, dit Étienne.

— Il a menti, confirma Lefèvre. Il est venu à vous avec de faux documents et une fausse identité pour vous faire traverser les lignes prussiennes. Pour qui travaillez-vous ? » demanda-t-il brusquement à Delafond.

Delafond ne répondit pas. Il recula encore, dos au mur. Le coffre où Étienne avait rangé la carte — la fameuse carte des positions d'artillerie que « Delafond » prétendait être un traité de paix — se trouvait à trois mètres de lui.

« Ne bouge pas », dit Lefèvre, mais sa main n'était pas sur son arme. Il regardait Étienne. « Vautrin, vous n'avez rien compris ? Vos rapports de vol confidentiels — dont il a eu connaissance — vous ont été fournis par l'un de nos agents infiltrés pour déterminer si vous étiez un pilote fiable. Nous savions qu'ils vous approcheraient. Nous vous avons laissé jouer le rôle pour les attirer. »

Étienne serra les poings. « Vous vous êtes servi de moi comme d'un appât. »

Lefèvre ne se troubla pas. « Vous êtes aéronaute, Vautrin. Vous savez ce que c'est que d'être un leurre pour le plus grand bien. »

Delafond — le faux Delafond — avait commencé à bouger. Lentement, sans que personne ne le voie vraiment, sa main glissa vers la poche intérieure de sa redingote. Étienne le vit. Leurs yeux se rencontrèrent. Un éclat était apparu dans ceux de l'espion — quelque chose de triomphant.

« La carte, dit Étienne.

— Quelle carte ? demanda Lefèvre.

— Dans le coffre. Il a prétendu que c'était une lettre de paix, mais c'était un plan de positions d'artillerie. »

Lefèvre fronça les sourcils. « Nous n'avons jamais... » Il ne finit pas.

Delafond bougea. Il fut à la porte du coffre avant qu'Étienne ait eu le temps de cligner des yeux, le couvercle ouvert, les documents dans sa main. Il tenait la carte dépliée contre sa poitrine comme un talisman.

« Elle est à moi, dit-il doucement. Cette carte vous aurait fait tuer, Vautrin. Vous m'en remercierez plus tard. »

Et il fila.

Il ne courut pas vers la porte principale — il plongea vers une trappe basse dans le coin de la pièce, celle qui menait aux anciens caves, celle qui communiquait avec les égouts. Étienne savait qu'elle existait ; il n'avait jamais pensé qu'un homme l'emprunterait.

Il y eut le bruit d'un verrou que l'on tire, un grincement de fer rouillé, puis le claquement d'un corps qui tombe dans l'eau.

Lefèvre jura. Il était à la trappe en deux enjambées, mais tout ce qui restait était un trou noir et l'écho d'une course qui s'éloignait.

« Il connaissait les égouts, dit Beaumont calmement. Il savait où se trouvait la trappe. »

Étienne regarda le trou. Son cœur battait fort dans sa gorge. La carte était partie. Le faux Delafond était parti. Tout ce qui restait était un vrai diplomate qu'il n'avait jamais rencontré, un capitaine qui n'avait pas tiré assez vite, et un vol de plus en plus obscur.

Lefèvre se tourna vers lui. Son visage était pâle de rage. « Nous décollons quand même, Vautrin. Vous, moi, et M. Beaumont.

— Beaumont est votre véritable passager ?

— Beaumont est le seul qui porte une lettre de cessez-le-feu réelle, approuvée par la Défense nationale. Nous traversons les lignes prussiennes avant qu'elles ne se referment. » Lefèvre enfonça un doigt vers Étienne. « Et vous — vous ne parlez de cette carte à personne. Officiellement, elle n'a jamais existé. C'est un artefact d'une mission compromise. Compris ? »

Étienne regarda le petit homme aux lunettes. Beaumont ne dit rien, n'avait rien dit de tout ce temps. Il se tenait là, patient, comme un homme qui a appris que les mots portent parfois autant de danger que les balles.

« J'ai besoin de voir les ordres, dit Étienne. — Vous les verrez, dit Lefèvre, dans le panier. En l'air. Si vous n'aimez pas ce que vous lisez, vous êtes libre de sauter. »

La phrase traînait derrière elle une menace que les mots seuls ne portaient pas.

Étienne regarda de nouveau la trappe. La carte. Les positions d'artillerie prussiennes. Le faux diplomate qui filait dans les égouts, emportant avec lui la seule chose qui aurait pu donner un sens à cette mission absurde.

« Vos ballons de fer, dit-il sans se retourner. Vos cartes. Vos vraies lettres et vos fausses identités. » Il se tourna vers eux. Ses yeux étaient fatigués, mais pas encore morts. « Quelqu'un me dira-t-il, dans tout cela, ce qui n'est pas un piège ? »

Lefèvre et Beaumont ne répondirent pas.

Dehors, la nuit commençait à pâlir vers le gris d'aube. Le vol était inévitable.